Lectures analytiques question de l'Homme

 

Objet d'étude : QUESTION DE L'HOMME...

Obscurantisme et intolérance 

 

Cette année, le corpus choisi nous permettra de réfléchir à ce qu'est l'obscurantisme (du XVI° au XXI° siècle) et à ses conséquences : intolérance, barbarie...

 Obscurantisme : Opposition à la diffusion de l'instruction, de la culture, au progrès des sciences, à la raison, en particulier dans le peuple.

Deux films à mettre en lien

  • La Reine Margot, film de Patrice Chéreau (1994)
  • Timbuktu, film d'Abderrahmane Sissako (2014)

Les textes en analyse :

  • Montaigne,   Essais, Des cannibales (1580)
  • Montesquieu, Lettres persanes,Lettre LXXXV, 1721
  • Diderot , Encyclopédie,  article "intolérance", 1751
  • Voltaire, Candide, Ch.6 : Comment on fit un bel auto-da-fé pour empêcher les tremblements de terre, et comment Candide fut fessé, 1759
  • Voltaire, Traité sur la tolérance, Prière à Dieu ,Ch XXIII, 1763

 

Documents complémentaires

  • Levi-strauss, Race et Histoire (extraits)

Lecture cursive : 

  • Amin Maalouf, Léon L'Africain (1986)

 

Histoire et histoire littéraire : XVI & XVIII°

  • Renaissance, Humanisme et Lumières

Histoire des arts :

  •  (A voir)

 


 

 

CONTEXTES

I.  XV-XVI° siécle : Renaissance, Humanisme et guerres de religion...

Cette période correspond à de grands bouleversements en Europe.

Notamment en raison de la découverte de l'imprimerie par Gutenberg. C'est entre 1452 et 1454 qu'est imprimé en série le 1° livre : une Bible. Cette découverte va accélérer la diffusion de la connaissance. Auparavant les livres étaient recopiés et enluminés par les moines, ce qui évidemment était trés long. Par ailleurs les publications étaient sous le contrôle de l'église.

Avant l'imprimerie ....(Extrait du film Le Nom de la Rose d'après le roman d'U. Eco)

Avec l'invention de l'imprimerie...

 

Pour aller un peu plus loin : https://www.reseau-canope.fr/tdc/tous-les-numeros/la-renaissance-a-venise/videos/article/la-renaissance-et-linvention-de-limprimerie.html

 


La Prise de Constantinople par les Ottomans marque la chute de l'Empire byzantin (1453).Elle provoque la fuite de nombreux savants notamment vers l'Italie 

 

Avec la prise de Grenade et la fin de la Reconquista espagnole 1492,  l’Islam disparaît d’Europe occidentale après la chute de Grenade. Mais elle a apporté énormément de richesses à l'Europe

 

https://www.youtube.com/watch?v=32UMS3Eb6BM

 

C'est aussi l'époque des Grandes découvertes...nouvelles contrées, nouveaux peuples, et donc confrontation à des cultures différentes.

 

Enfin, avec les guerres d'Italie, la France de François 1er (re)découvre la Renaissance italienne (Quattrocento).

 


Un siècle de conflits religieux
Plusieurs conceptions de la religion s'opposent à cette période.

Chez les catholiques, le courant évangélique  apparaît avec Erasme, Rabelais, Marguerite de Navarre, Lefèvre d'Etaples qui traduit la Bible en français (1530), entre autres. La vie dissolue des papes au Vatican, l'oubli du message délivré par les textes sacrés, les pressions exercées sur le pouvoir royal, provoque une indignation chez ces lettrés qui estiment que l'accès aux textes des Evangiles doit être individuel, afin d'éviter toutes les dérives d'un message manipulé. Il s'agit donc de revenir aux textes initiaux  

Née de la même constatation, la Réforme protestante  se développe en Allemagne, au début du XVIème siècle, sous l'impulsion d'un moine, Luther (1483-1546) , dont les thèses, qui attaquent le comportement d'une  partie du clergé, la méconnaissance des textes, seront reprises en France par Calvin (1509-1564) en 1532.   
Calvin, lui, prône une austérité extrême : quoi que fasse l'homme, il reste pécheur et seuls la grâce de Dieu peut le sauver selon la théorie de la Prédestination. Son ouvrage principal, L'Institution chrétienne  (1541), décrit ainsi cette théorie : "Nous appelons Prédestination le conseil éternel de Dieu par lequel il a determiné ce qu'il voulait faire de chaque homme. Car il ne les crée pas tous pareil en condition, mais il ordonne les uns à la vie éternelle, les autres à l'éternelle damnation".

L'Eglise catholique, très puissante, puisque représentante de la première religion en Europe combat ces deux branches dissidentes, en censurant les œuvres jugées scandaleuses, en excommuniant les réfractaires, pourchassant les hérétiques.

  • Ces conflits déboucheront sur les  guerres de religion entre catholiques et protestants pendant la 2° moitié du XVI° (Voir ci-dessous)

  •  

  La Renaissance :

C'est autour du XVe  siècle  en  Italie  et  aux Pays-Bas que se manifeste l'esprit de la Renaissance..(Attention ce terme date du XIX°).   

Des découvertes scientifiques ont bouleversé la vision du monde : la terre est ronde et c'est elle qui tourne autour du soleil et non l'inverse. ce qui remet en cause la vision chrétienen du monde qui mettait la terre au centre de l'univers.

Parmi les inventions techniques, l’imprimerie révolutionne  la production  du livre et permet une diffusion plus large des idées. 

           Parallèlement,  la  prise  de  Constantinople,  en  1453,   par  les  Turcs, entraîne  la fuite de savants byzantins  qui arrivent à Venise puis en Italie avec leur savoir et leurs  manuscrits, ouvrant  ainsi  un intérêt  nouveau  pour l’Antiquité grecque.

Erasme de rotterdam1 723x1024Un siècle  et demi plus  tard, avec  les  guerres  d’Italie, la France  découvre,  émerveillée,  les  trésors  artistiques et culturels du quattrocento, sous François 1er.

Parallèlement, un autre  foyer artistique et culturel important se  développe dans  le  nord  de  l’Europe, plus  précisément dans  une région  très  riche  économiquement, les  Flandres.  Ceux qu’on  appelle  les primitifs flamands, peintres de renom comme Van Eyck ou Bruegel l’ancien, renouvellent l’art pictural au XVe siècle. Et Érasme (ci contre), né en 1469 à Rotterdam, qu’on dit être le premier humaniste européen, développe une réflexion politique et religieuse originale, en parcourant l’Europe.

Avec la Renaissance se déploie un mouvement intellectuel et littéraire : l'Humanisme.

L' humanisme est un mouvement de pensée européen pendant la Renaissance, qui se caractérise par un retour aux textes antiques, comme modèle de vie, d'écriture et de pensée. Le terme est formé sur le latin : au XVIe siècle, l'humaniste, "l'umanista" s'occupe d' humanitésstudia humanitatis en latin : il enseigne les langues, les littératures et les cultures latines et grecques. Plus largement, le terme humanitas est pris dans le sens cicéronien et représente « la culture qui, parachevant les qualités naturelles de l'homme, le rend digne de ce nom ».

  L'Humanisme, sans pour autant s'opposer à la religion, remet "l'homme au centre du monde", fait confiance à la connaissance, à l'observation scientifique, à la raison. Cette nouvelle position remet en cause la vision du monde telle qu'elle était véhiculée jusque là par la seule église catholique romaine. 

 Les savants et érudits de l'époque vont réapprendre le grec ancien, l'hébreu et redécouvrir les philosophes de l’Antiquité (notamment Platon) que l’Eglise avait rejeté. ils vont également relire les textes sacrés (Ancien et Nouveau Testament) dans leurs langues d'origine et ne plus se fier uniquement aux traductions et interprétations de l'église romaine.

Ce renouveau a pour conséquence le protestantisme (1517 avec Luther) qui propose une nouvelle manière de percevoir et de vivre la foi chrétienne, plus personnelle, plus proche de la bible. Il en découlera les guerres de religion.

Quant aux grandes découvertes,elles obligent la civilisation européenne à se confronter à d'autres civilisations, d'autres mondes, d'autres peuples aux moeurs trés différentes . Et également à se poser la question : qu'est-ce que l' homme ? (voir la controverse de Valladolid)

 Les humanistes  défendent la tolérance envers ces « nouveaux hommes ». Pour la première fois, l’esclavagisme, le colonialisme, le racisme et l’intolérance sont combattus (Les Essais, Montaigne).  

 

VitruvrLe  mouvement  humaniste met l’homme au cœur de ses préoccupations et s’attache à développer toutes  ses capacités, d’où l’importance accordée à l’éducationLes  humanistes repensent la place de l’homme dans le monde et veulent en faire un être autonome, capable de réflexions, et ce grâce à une éducation repensée. Ce mouvement de retour à l’Antiquité s’accompagne d’un travail sur la langue nationale : le français s’enrichit d’un vocabulaire savant créé à partir du latin et du grec. Les poètes français revendiquent un renouvellement de la langue française dans la Deffence et illustration de la langue françoyse de Joachim du Bellay.

La Renaissance est aussi  une  période  très  riche  artistiquement, les  normes  esthétiques sont renouvelées dans tous les domaines  et la poésie rivalise avec les arts pour célébrer  la beauté, avec Ronsard par exemple.

 L’humanisme est affaibli dans la seconde partie de XVI ème siècle avec les guerres de religion qui opposent catholiques et protestants dans toute l’Europe. La tolérance et la soif de connaissances sont alors mises en péril par la violence, l'intolérance et la barbarie de cette période.

Néanmoins, l'humanisme perdure: on le retrouve au XX° chez Camus...Mais c'est un humanisme sans dieu.  

 

Humanisme xvi siecleHumanisme xvi siecle (404.47 Ko) (cliquez sur le lien pour voir la carte en grand)

Humanisme xvi siecle

cliquez sur la carte


 

 Les guerres de religion

130821 f13wc arebours saint barthelemy sn635

La deuxième moitié du XVI° siècle va être marquée par les guerres de religion qui opposent catholiques et protestants. Il y aura huit guerres entre 1562 et 1598. Elles s’achèvent avec l’édit de Nantes (30 avril 1598) qui établit une dualité confessionnelle. Pendant la fin du règne d’Henri IV, assassiné en 1610, le roi fait respecter l’édit, ce qui protège les protestants.L'épisode le plus tristement célèbre est le massacre de la Saint Barthélémy,dans la nuit du 23 au 24 aout 1572.

 

 

 

 


 

 

 

Protestants

 

 

Catholiques

Calvinistes

Luthériens

La Doctrine

Le Salut

L’homme est libre de choisir entre
 le Bien et le Mal. Il obtient la grâce
 par la foi et les actes (dons,
pénitences, processions, etc.)

L’homme n’est pas libre de choisir. Il obtient la grâce par la foi seule et la prédestination.
(Dieu a déjà décidé)

L’homme obtient la grâce
par la foi seule.

Les sacrements

7 sacrements :
l’eucharistie, le baptême, la confirmation, la pénitence, le mariage, l’ordre et l’extrême-onction

2 sacrements :
Le baptême et la Cène.

3 sacrements : Le baptême, la Cène et la pénitence.

Culte de qui ?

Culte de la Vierge et de ses Saints.

Culte du Christ uniquement.

L’Eglise

Organisation de l’Eglise

L’autorité du pape est absolue. Le clergé est très hiérarchisé.

L’autorité du pape est rejetée. Les églises locales sont dirigées par les Anciens et les pasteurs.

du pape est rejetée. C’est une Eglise d’Etat soumise à  son prince.

Encadrement

Le prêtre est distinct des fidèles par ses vœux et ne peut se marier.

Le pasteur est élu par la communauté et peut se marier.

Le Culte

Lieu de culte

L’église est le lieu de culte, le centre est l’autel et les images abondent.

Le temple est le lieu de culte, le centre est la chaire et les images ne sont pas permises.

Le rite majeur

La messe dite en latin (jusqu’en 1960) est centrée sur la communion.

Simplicité du culte : la Bible est lue, commentée, et les psaumes sont chantés en langue « vulgaire ».

La communion

Les fidèles partagent l’hostie (le pain) : le Christ est présent corporellement dans le pain.

Les fidèles partagent le pain et le vin : le Christ est présent spirituellement dans le pain.

Les fidèles partagent le pain et le vin : le Christ est présent spirituellement parmi les fidèles.

 
 



 

ETUDE DES TEXTES

TEXTE N°1 

Montaigne, Les Essais, Des Cannibales, 1580

 

Michel de montaigneBiographie de Michel de Montaigne (1533-1592) 

Michel de Montaigne (1533-1592) : Il incarne l'Humanisme: diplomate pendant les guerres de religion, parlementaire,maire de Bordeaux, proche du roi Henri IV, il s'est aussi consacré à la méditation et à l'introspection.

Dans son oeuvre majeure Les Essais (1595) Montaigne se dépeint lui-même, comme un sujet observé, sans artifice, pour révéler son "moi" dans son entière nudité, pour se comprendre et comprendre le monde.C'est une démarche tout à fait nouvelle. Il laisse libre cours à ses pensées souvent imprégnées de pessimisme, telles qu'elles se présentent à lui. Son étonnement philosophique commence avec sa devise "Que sais-je ?". Son influence sur la littérature française est très importante.En pleine guerre de religions, il affiche sa tolérance et son aversion pour les luttes fratricides entre catholiques et protestants, considérant que la complexité des situations ne peut se régler ainsi. S'il croit en Dieu, il considère que l'homme  doit être dégagé des croyances et des préjugés qui l'accompagnent ("Apologie de Raymond Sebond").

"Les hommes sont tourmentés par les opinions qu'ils ont des choses, non par les choses mêmes."
Michel de Montaigne - 1533-1592 - Essais

"Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage."
Michel de Montaigne - 1533-1592 - Essais

"L'impression de certitude est un témoignage certain de folie et d'incertitude extrême. C'est mettre ses conjectures à bien haut prix que d'en faire cuire un homme tout vif."
Michel de Montaigne - 1533-1592

 

Créer un explee sur Montaigne et les Essais

 

Les Essais

 

 

ANALYSE DU TEXTE

Dans ses Essais, édités pour la première fois en 1580, Montaigne évoque assez précisément les trois premières guerres de Religion (1562-1563 ; 1567-1568 ; 1568-1570) auxquelles il participe dans les rangs de l'armée royale dans le Sud-Ouest. Le massacre de la Saint-Barthélemy (1572) le porte à se retirer dans son domaine périgourdin et le plonge dans un silence sur les affaires publiques. 

 

« Les cannibales font des guerres contre les nations qui sont au-delà de leurs montagnes, plus loin sur la terre ferme, guerre où ils vont tout nu, n'ayant d'autres armes que des arcs ou des épées de bois, aiguisées par un bout à la façon des fers de nos épieux. C'est chose étonnante que la fermeté de leurs combats, qui ne finissent jamais que par meurtre et effusion de sang ; car, de déroutes et d'effroi, ils ne savent que c'est. Chacun rapporte pour son trophée la tête de l'ennemi qu'il a tué, et l'attache à l'entrée de son logis. Après avoir longtemps bien traité leurs prisonniers, et avec tous les agréments auxquels ils peuvent penser,   celui qui en est le maître fait une grande assemblée des gens de sa connaissance ; il attache une corde à l'un des bras du prisonnier, par le bout de laquelle il le tient éloigné de quelques pas, de peur d'être blessé par lui, et donne au plus cher de ses amis l'autre bras à tenir de même ; et eux deux, en présence de toute l'assemblée, l'assomment à coups d'épée. Cela fait, ils le rôtissent et en mangent en commun et en envoient aussi des morceaux   à ceux de leurs amis qui sont absents. Ce n'est pas, comme on pense, pour s'en nourrir, ainsi que faisaient anciennement les Scythes[1] ; c'est pour représenter une extrême vengeance. Pour preuve qu'il en est bien ainsi, voici un fait : s'étant aperçu que les Portugais qui s'étaient alliés à leurs adversaires, usaient contre eux, quand ils les prenaient, d'une autre sorte de mort qui consistait à les enterrer jusqu'à la ceinture et à leur tirait sur le reste du corps force coups de traits, puis à les pendre, ils pensèrent que ces gens-ci, de l'ancien monde, et qui avaient semé la connaissance de beaucoup de vices dans leur voisinage et qui était beaucoup plus grand maître qu’eux en toute sorte de méchanceté, n'adoptaient pas sans cause cette sorte de vengeance et qu'elle devait être plus pénible que la  leur. Alors ils commencèrent à abandonner leur manière ancienne pour suivre celle-ci. Je ne suis pas sachez que nous soulignions l'horreur barbare qu'il y a dans une telle action, mais plutôt du fait que, jugeant bien de leur faute, nous soyons si aveugles à l'égard des nôtres".

  Je pense qu'il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu'à le manger mort, à déchirer par des tortures et des supplices un corps ayant encore toute sa sensibilité, à le faire rôtir petit à petit, le faire mordre et tuer par les chiens et les pourceaux (comme nous l'avons non seulement lu, mais vu de fraîche date, non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens, et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de le rôtir et manger après qu'il est trépassé. Chrysippe et Zénon, chefs de l’école  stoïque   ont bien pensé qu'il n'y avait aucun mal de se servir de notre charogne à quoi que ce fut pour notre besoin, et d'en tirer de la nourriture  comme le firent nos ancêtres, étant assiégés par César en la ville d’ Alésia ; ils se résolurent à lutter contre la faim due à ce siège en utilisant les corps des vieillards, des femmes et d'autres personnes inutiles au combat. “ Les Gascons, dit-on, en faisant usage de pareils aliments , prolongèrent leur vie. ” .

(…) Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie.

 

 Michel de Montaigne (1533-1592), Essais, « Des cannibales », Livre I, chapitre XXI,  (1580) (traduit en Français moderne  par André Lanly chez Honoré Champion)

 

 

[1] Peuples nomades, d'origine indo-européenne, ayant vécu entre le VIIe siècle et le III° siècle av. J.-C. dans les steppes eurasiennes, une vaste zone allant de l'Ukraine à l'Altaï, en passant par le Kazakhstan. [2] Tortures.[3] Des stoïciens, c’est-à-dire des philosophes grecs anciens (IV° siècle avant J.C.) qui voulaient vivre en accord avec la nature et la raison pour atteindre la sagesse et le bonheur.

 


Préparation :

  1. D’après Montaigne, quels sont les plus cruels : les Amérindiens ou les Européens ?
  2. Selon Montaigne, les cannibales restent innocents après leur rencontre avec les Européens ? Leur sont-ils donc moralement supérieurs ?
  3. Afin de montrer la prise de position de Montaigne, repérer et commenter l'emploi, à deux reprises du pronom personnel « je »
  4. «… Il y a plus de barbarie a mangé un homme vivant qu'à le manger mort » comparer et commenter les deux usages du verbe " manger'

Correction des questions preparatoires au texte de montaigneCorrection des questions preparatoires au texte de montaigne (264.17 Ko)

 

LECTURE ANALYTIQUE

 

Introduction

Michel de Montaigne est un philosophe et écrivain humaniste né en 1533. Parlementaire, Maire de Bordeaux, il n’ignore pas les événements majeurs qui  remettent en question la place de l'homme depuis la fin du XV° siècle : la théorie de l’héliocentrisme[1] de Copernic, les découvertes du Nouveau Monde (à partir de 1492) qui  contraignent  l'homme blanc à se questionner sur ce qu’est l'humanité…Et  les guerres de religion qui déchirent la France à partir de 1562 (1562-1598). 

A partir de 1572, Montaigne   rédige ses Essais (1580 ) qu’il ne cessera d’enrichir jusqu’à sa mort. C’est une forme nouvelle de littérature dans laquelle l'auteur emploie la première personne et s'interroge sur lui-même et sur le monde.

 L’extrait que nous avons à expliquer  se situe au chapitre XXXI du livre I (1595),intitulé « Des Cannibales » . L’auteur nous informe des mœurs cannibales et compare nos pratiques avec celles de ces « sauvages etnous conduit vers une réflexion sur notre propre barbarie.  Nous tenterons   de montrer comment se manifeste ici l'humanisme de Montaigne  en   montrant en quoi la structure de l'argumention permet  de dépasser les préjugés (I), de montrer un intérêt pour l’humanité(II) et  de dénoncer la barbarie des Européens (III).(Ce qui est souligné, c’est à dire plan et problématique,  dépendent de la problématique que vous donnera l’examinateur)   

 

 I. Une argumentation qui permet de dépasser les préjugés

 Montaigne commence par donner des informations, dire ce qu’il sait (pour l’avoir lu)  sur les mœurs des Indiens du Brésil (cannibales). Il utile pour cela le présent : et donne une description assez précise de la façon dont ces cannibales traitent leurs prisonniers : « Après avoir longtemps bien traité leurs prisonniers » … « il attache une corde à l'un des bras du prisonnier »… « Cela fait, ils le rôtissent et en mangent en commun »

Il   pousse ainsi le lecteur à porter deux jugements :

  1. Sur l’exécution des prisonniers = barbare mais moins que ce que nous sommes capables de faire. D’ailleurs , les « sauvages » finissent par imiter les Portugais qu’ils considèrent comme des maitres en matière de barbarie. » les enterrer jusqu'à la ceinture…   tirer … les pendre », « la connaissance de beaucoup de vices » « beaucoup plus grand maître qu’eux en toute sorte de méchanceté »
  2. Sur le cannibalisme = acte banal, anodin (même s’il est insolite) que les européens eux-mêmes ont pratiqué (justifié par les exemples historiques) : « Chrysippe et Zénon…   ont bien pensé qu'il n'y avait aucun mal de se servir de notre charogne …comme le firent nos ancêtres, étant assiégés par César … “ Les Gascons, dit-on, en faisant usage de pareils aliments , prolongèrent leur vie. ” .(Arguments d’autorité pris dans l’histoire et qui valident les propos de Montaigne)

 

 

II.   Montrer un intérêt pour l’humanité  

 a) Les mots qu'utilise Montaigne interroge sur la place que chacun de nous donne  à l'autre :  le barbare, c'est toujours l'autre. C'est le « sauvage » , puis le « portugais » et enfin « nous »

La comparaison entre les sauvages et nous, n'est pas à notre avantage : «jugeant bien de leur faute, nous soyons si aveugles à l'égard des nôtres ». Il faut donc revoir le sens du mot barbare

  1. Montaigne a le souci d'informer son lecteur. Il fait d'abord l'éloge des qualités des sauvages : « tout nus », « Arcs », « épées de bois »… Bien qu'ils soient très peu équipés, ils sont très courageux et ne connaissent pas la peur.
  • Ils traitent leurs prisonniers le mieux possible : « longtemps bien traité leurs prisonniers, et avec tous les agréments »Il ne s'agit pas de vengeance individuelle mais d'un acte collectif ritualisé : l’exécution se déroule toujours de la même manière et respecte différentes étapes :

 - hébergement « longtemps » du prisonnier ;

- Rituel collectif ; réunit les présents et les absents.en mangent en commun et en envoient aussi des morceaux   à ceux de leurs amis qui sont absents »

- Fonction symbolique du rituel : il faut de la communauté face aux tribus adverses

« pour manifester une très grande vengeance »

  • III. Dénonciation de la barbarie des Européens

a) A travers la critique des Portugais, ce sont tous les Européens qui sont concernés : il y a responsabilité collective qui se manifeste par l'emploi du pronom personnel pluriel « nous les surpassons en toutes sortes de barbarie »

Montaigne cherche davantage à persuader qu'à convaincre :

- il provoque le dégoût, la répulsion l'horreur : pour montrer la cruauté des Européens

b) Les colons sont ceux qui corrompent les indigènes, qui ont la connaissance de « beaucoup de vices »,  ils sont  : « plus grands maîtres …en  toutes sortes de méchanceté », et donc pris en exemple par les indigènes pour les raffinements de la torture. 

 c) Massacrer, torturer ne sont pas des pratiques exotiques lointaines, anciennes… C'est l'occasion pour Montaigne d’évoquer les guerres de religion : « nous l'avons non seulement lu mais vu de fraîche date , non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et des concitoyens et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion » ;  ainsi, si les cannibales font des guerres « contre les nations qui sont au-delà de leurs montagnes » nous, nous faisons la guerre « entre des voisins et des concitoyens »

Les cannibales tuent de façon ritualisée « pour manifester une très grande vengeance » alors que nous nous tuons « sous prétexte de piété et de religion » ce qui est absurde, choquant et inacceptable

 Conclusion :

Ainsi nous avons vu que l’auteur   loin de se contenter   d’adhérer à l’étonnement indigné des Européens face aux mœurs de cannibales   parvient,  par son argumentation, à nous donner sa propre définition de la barbarie et à nous montrer la nôtre, pire  en fin de compte que celle des cannibales.

Montaigne part du scandale du cannibalisme (pratique qui choque ses contemporains) pour finalement condamner les traitements barbares infligés par les Portugais (par les Européens en général) aux Indiens. À la fin du texte l'indignation que les lecteurs ressentaient pour le cannibalisme se reporte  sur la cruauté des colonisateurs. Au final ce que demande Montaigne c’est : et si les barbares c'étaient nous ? « Nous les (cannibales) pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie. »

Humaniste, Montaigne considère que « chaque homme porte en lui  l’humaine condition » qu’il soit Indien du Brésil ou protestant…Ouverture : Mettre en lien avec un autre texte du corpus, ou un film… les Essais sont à l'origine du mythe du bon sauvage

 

 


[1] C’est la terre qui tourne autour du soleil(Héliocentrisme) et non l’inverse (Géocentrisme)comme on le croyait jusque là.

 

Carte XMIND du texte

Proposition de lecture analytique

 

Questions possibles à l'entretien oral :

  • Qu'est-ce qu'un essai ?
  • Donnez des exemples d'argumentation directe
  • Qu'est-ce que l'Humanisme ?
  • Que savez-vous de Montaigne ?
  • Qu'est-ce qui fait de montagne un auteur humaniste ? Confiance dans les capacités de l'être humain, retour aux grands textes de l'Antiquité, libre diffusion du savoir (imprimerie et langue vulgaire), remise encore des croyances religieuses de la lumière de la raison.
    • Quel rôle a joué la découverte de l'Amérique dans la naissance de l'humanisme ? Découverte d'un nouveau continent qui obligé d'Européens à s'interroger : les amérindiens sont-ils des hommes comme nous ? (Controverse de Valladolid) qu'est-ce qu'un homme ? Qu'est-ce que la nature ? Qu'est-ce que la civilisation ?
    •  En quoi la pensée de Montaigne est-elle moderne ? Tolérance, ouverture refus des préjugés, recherche du bonheur, relativisme (voir Lévi-Strauss)





 

II. Le XVIII°, le siècle des Lumières : Lutte conte l'obscurantisme et l'intolérance.

 

L’Europe du XVIIIe siècle est dominée par les monarchies absolues.

En France, ce régime politique s’est renforcé sous Louis XIV.  

Les idées nouvelles s’échangent dans les salons et les cafés qui apparaissent dans les grandes villes : 

En France, au XVIIIe siècle, des écrivains, guidés par leur raison, critiquent le manque de libertés individuelles telles que la liberté de culte ou d’expression, le fanatisme et l’intolérance de l’Église catholique, les profondes inégalités qui caractérisent la société d’ordres. Enfin, ils remettent en question le pouvoir absolu du roi et l’idée que celui-ci détient son pouvoir de Dieu.

Ces hommes, influencés par des penseurs anglais comme John Locke, sont appelés les philosophes des Lumières. Les plus illustres sont Voltaire, Montesquieu, Rousseau, Diderot et D’Alembert. S’engageant dans un combat contre les autorités religieuses et politiques, ils s’exposent à la colère de ces dernières : Voltaire est embastillé sur lettre de cachet.

Cependant, les idées des Lumières se diffusent et sont accueillies avec succès en France dans les salons et les cafésle premier café ouvre à Marseille, le plus célèbre est le café Procope à Paris. Dans les salons de femmes de la noblesse ou de la bourgeoisie comme Madame Geoffrin se réunissent philosophes et érudits. Les idées y sont débattues, échangées, on y lit des ouvrages.Les nouvelles idées  s’exportent dans toute l’Europe grâce aux voyages des philosophes, à leurs divers ouvrages et surtout grâce à l’Encyclopédie.Il ne faut cependant pas oublier que les philosophes sont poursuivis pour leurs idées: ils sont emprisonnés (Diderot à Vincennes, Voltaire à la Bastille) ou doivent s’exiler tandis que leurs livres sont interdits ou parfois brûlés. 

 

 


Lumières : Courant de pensée européen au XVIIIe siècle pour lequel le progrès est lié à la raison, la liberté, la tolérance.
Tolérance : fait d’accepter des idées politiques ou religieuses différentes des siennes.

 

 


Les philosophes du XVIII°

 
 

Plusieurs films permettent de comprendre "l'Esprit des Lumières" :

Ridicule de P. Lecomte (1996)

 
 

 

Beaumarchais, L'insolent (1996)
 
 

Le Libertin (comédie mais passage interessant sur Diderot et l'encyclopédie)Film entier

TEXTE N°2

Montesquieu, Lettres persanesLettre LXXXV, 1721

Biographie de Montesquieu : 

Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu (1689-1755 ) d'une famille de magistrats de bonne noblesse   près de Bordeaux. Ses parents ont choisi un mendiant pour être son parrain pour que toute sa vie il se souvienne que les pauvres sont ses frères.
Après ses études de droit, il devient conseiller auprès du parlement de Bordeaux en 1714. En 1716, il hérite de la fortune de son oncle, de la charge du président à mortier (bonnet de velours) du parlement et du nom de Montesquieu.
Délaissant sa charge dès qu'il le peut, Montesquieu s'intéresse au monde et aux plaisirs. Il se passionne pour les sciences et mène des expériences (anatomie, botanique, physique...) puis oriente sa curiosité vers les hommes et l'humanité à travers la littérature et la philosophie. Dans les Lettres persanes , qu'il publie anonymement en 1721 en Hollande, il dépeint admirablement, sur un ton humoristique et satirique, la société française à travers le regard de visiteurs perses.

Après son élection à l'Académie française (1727), Montesquieu réalise un long voyage à travers l'Europe (Hongrie, Italie, Hollande, Angleterre), de 1728 à 1731, où il observe attentivement la géographie, l'économie, la politique, les moeurs des pays qu'il visite. De retour au château de la Brède, il accumule de nombreux documents et témoignages pour préparer l'oeuvre de sa vie,  l'Esprit des lois  (1748) qui rencontre un énorme succès.   Il envisage trois types de gouvernement : la république, la monarchie et le despotisme. Il y défend le principe de séparation des pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire.  L'Esprit des lois  inspirera les auteurs de la Constitution des Etats-Unis de 1787 et ceux de la Constitution française de 1791.

Très critique envers l'absolutisme et ses travers sociaux, Montesquieu qui croit à la nécessité des réformes souhaite pour la France une monarchie constitutionnelle à l'anglaise. (Sorce "la toupie.org)

 

Creer un Explee pour présenter Montesquieu et Les Lettres persanes

 

Les Lettres persanes

Publiées anonymement à Amsterdam en  1721 , Les Lettres persanes  suivent une double mode : celle de l'Orient et celle du roman par lettres. Les Lettres permettent' une réflexion philosophique sur la relativité des coutumes et la recherche d'un ordre universel bâti sur la raison.  Deux Persans, Usbek et Rica,  entreprennent un long voyage  entre 1712 et 1720, qui les conduit d'Ispahan (Perse) à Paris. Ils écrivent à ceux restés en Perse et reçoivent eux-mêmes des lettres.  Ainsi la forme épistolaire par l'échange des lettres multiplie les points de vue, relativise les jugements émis par les personnages ET permet à Montesquieu (1689-1755) d’unir la fiction romanesque et la satire des mœurs et des institutions de son temps..  On a souvent au XVIII°, ce regard étranger ou naif d'un étranger (cf.Candide). C'est déjà le cas au XVI°   dans le chapitre Des Cannibales des Essais de Montaigne    

 Le "regard persan" favorise ainsi l'ironie à l'égard de coutumes décrites d'un autre point de vue , le vocabulaire persan appliqué à des valeurs occidentales ridiculise leur ethnocentrisme. A la surprise manifestée par les Persans répond d'ailleurs un autre étonnement : celui des Parisiens, condensé par la formule célèbre de la lettre XXX « Comment peut-on être Persan ? »Ainsi, dans cette lettre LXXXV, sous le masque du shah de Perse,  Soliman, qui aurait voulu faire expulser tous les Arméniens de son royaume, ou les obliger à se faire Mahométans, se cachent, en effet, Louis XIV et la politique menée contre les Protestants.

 

           USBEK à MIRZA, à ISPAHAN


       S’il faut raisonner sans prévention, je ne sais pas, Mirza, s’il n’est pas bon que dans un État, il y ait plusieurs religions. On remarque que ceux qui vivent dans des religions tolérées se rendent ordinairement plus utiles à leur patrie que ceux qui vivent dans la religion dominante ; parce que, éloignés des honneurs, ne pouvant se distinguer que par leur opulence et leurs richesses, ils sont portés à acquérir par leur travail et à embrasser les emplois de la société les plus pénibles.
       D’ailleurs, comme toutes les religions contiennent des préceptes utiles à la société, il est bon qu’elles soient observées avec zèle. Or qu’y a-t-il de plus capable d’animer ce zèle que leur multiplicité ? 
       Ce sont des rivales qui ne se pardonnent rien. La jalousie descend jusqu’aux particuliers : chacun se tient sur ses gardes et craint de faire des choses qui deshonoreraient son parti et l’exposeraient aux mépris et aux censures impardonnables du parti contraire.

       Aussi a-t-on toujours remarqué qu’une secte nouvelle introduite dans un État était le moyen le plus sûr pour corriger tous les abus de l’ancienne.
       On a beau dire qu’il n’est pas de l’intérêt du prince de souffrir plusieurs religions dans son État. Quand toutes les sectes du monde viendraient s’y rassembler, cela ne lui porterait aucun préjudice, parce qu’il n ‘y en a aucune qui ne prescrive l’obéissance et ne prêche la soumission.
       J’avoue que les histoires sont remplies de guerres de religion. Mais qu’on y prenne bien garde : ce n’est point la multiplicité des religions qui a produit ces guerres, c’est l’esprit d’intolérance, qui animait celle qui se croyait la dominante ; c’est cet esprit de prosélytisme que les Juifs ont pris des Égyptiens, et qui, d’eux, est passé,comme une maladie épidémique et populaire , aux Mahométans et aux Chrétiens ;c’est, enfin, cet esprit de vertige, dont les progrès ne peuvent être regardés que comme une éclipse entière de la raison humaine. Car, enfin, quand il n’y aurait pas de l’inhumanité à affliger la conscience des autres ; quand il n’en résulterait aucun des mauvais effets qui en germent à milliers : il faudrait être fou pour s’en aviser. Celui qui veut me faire changer de religion ne le fait sans doute que parce qu’il ne changerait pas la sienne, quand on voudrait l’y forcer : il trouve donc étrange que je ne fasse pas une chose qu’il ne ferait pas lui-même peut-être pour l’empire du monde.

      
                                           

De Paris, le 25 de la lune de Gemmadi 1, 1715

LECTURE ANALYTIQUE

 Montesquieu (17…-17…) avocat puis conseiller au Parlement de Bordeaux, fait  paraître, anonymement à Amsterdam, ses Lettres persanes, en 1721. C’est un roman épistolaire fictif dans lequel l’auteur imagine un échange entre deux Persans, Usbek et Rica,  qui voyagent entre 1712 et 1720  d'Ispahan (Perse) à Paris et leurs amis restés en Perse. L’intérêt du livre est de permettre une critique des mœurs et du système politique français à travers le regard de deux étrangers.

En 1721, louis XIV est mort depuis six ans mais sa Révocation de l’Edit de Nantes en 1685 a permis que se poursuivent les persécutions religieuses contre les protestants  et les juifs.   Montesquieu imagine alors de déplacer l’édit en Perse : il en fait un édit envisagé par le shah Soliman pour débarrasser son royaume des Arméniens, en les expulsant ou en les obligeant à se faire « Mahométans », mais auquel il renoncera en en envisageant les conséquences désastreuses.

Dans la lettre LXXXV, Montesquieu, lui-même marié à  la fille d’une riche famille calviniste, argumente en faveur de la tolérance religieuse.   Nous montrerons comment il fait un plaidoyer efficace en faveur de la pluralité des religions d’une part grâce à une argumentation convaincante et d’autre part

I.               Une argumentation  au service de la tolérance 

La tolérance religieuse fait partie des combats des hommes des Lumières. Voltaire, Diderot…l’ont fait aussi . Ils s’appuient sur la Raison, maitre mot du XVIII°. Et c’est à la raison que s’adresse cette argumentation directe.

Montesquieu ouvre son propos par une courte  introduction qui fait appel à l’esprit critique en posant une hypothèse qui invite à se libérer de tout préjugé,   : « S’il faut raisonner sans prévention… ».

Par ailleurs, les précautions pour amener la thèse sont flagrantes : Montesquieu utilise une forme d’interrogation indirecte à double négation : « je ne sais pas, Mirza, s’il n’est pas bon que dans un État, il y ait plusieurs religions ». Donc, il parvient à présenter sa thèse de manière atténuée :  tout en disant la même chose : « Il faut qu’il y ait plusieurs religions dans un état ». Puis il déroulent ensuite ses 3 arguments : économique, moral et politique

 

Montesquieu

II. Un combat des Lumières

 La dénonciation l’intolérance

Si le texte défend l’idée de tolérance religieuse, il est aussi très critique face à l’intolérance qui conduit les hommes à la folie, à l’absence de raison.

Ainsi,A la ligne…. « J’avoue que les histoires sont remplies de guerres de religion » l’auteur concède la banalité, la récurrence de cette intolérance mais pour aussitôt en montrer la cause réelle : « ce n’est point la multiplicité des religions qui a produit ces guerres, c’est l’esprit d’intolérance » En refusant cette multiplicité pour éviter les conflits, on se trompe donc d’ennemi.  Pour donner plus de poids à son propos, Montesquieu va s’appuyer sur des exemples pris dans l’Histoire, donc des arguments d’autorité : Les « Egyptiens »,d’abord qui avaient asservi le peuple juif, jusqu’à la fuite de Moïse. Les juifs,   ont eux-mêmes contribué à la persécution des chrétiens depuis   la crucifixion de Jésus. Enfin, il fait allusion aux croisades et à l’Inquisition en évoquant les conflits entre « Mahométans » et « Chrétiens ». Cette attitude qu’on retrouve au cours de l’histoire est pour lui « une éclipse entière de la raison humaine ». La métaphore permet ici de montrer que l’on passe de la lumière de la tolérance aux ténèbres de l’obscurantisme comme l’éclipse de soleil cache la lumière. 

Le dernier paragraphe est donc un appel à la Raison si importante au XVIII° pour montrer la contradiction, la folie, l’absurdité  qui pousse à vouloir convertir l’autre contre son gré. Le « car » qui ouvre le paragraphe est d’ailleurs un appel à cette raison. Par ailleurs l’anaphore de « quand » permet de renforcer l’absurdité de cette attitude. En effet, même si l’on met de côté 2 arguments : l’inhumanité et les effets désastreux d’une telle pratique  : « … quand il n’y aurait pas de l’inhumanité à affliger   la conscience des autres ; quand il n’en résulterait aucun des mauvais effets qui en germent à milliers… » , il en reste un troisième ! Pas des moindre : ne pas faire à autrui ce que nous n’accepterions pas qu’il nous fasse : «  Celui qui veut me faire changer de religion/ ne le fait sans doute que /parce qu’il ne changerait pas la sienne, quand on voudrait l’y forcer ». Puis Montesquieu revient au « je » mais ce n’est plus seulement le « je »d’Usbek comme au début de la lettre. Ici, c’est aussi le « j e » du lecteur qui ne voudrait pas non plus être victime de l’intolérance religieuse : « il trouve donc étrange que je ne fasse pas (indicatif présent) une chose qu’il ne ferait (conditionnel)pas lui-même peut-être pour l’empire du monde ».C’est donc une morale de la réciprocité qui ici sert d’argument contre l’intolérance. 

 


 

TEXTE complémentaire

Biographie de Denis Diderot et Encyclopédie

Né à Langres et fils d'un maître coutelier, Denis Diderot suit ses études chez les Jésuites,  et devient maître ès Art en 1732. Il mène jusqu'à son mariage, en 1743, une vie de bohême qui lui fait perdre la foi. Pendant cette période, il fait la connaissance de Jean-Jacques Rousseau. Dans ses Pensées Philosophiques (1746), Diderot plaide pour une religion naturelle. Se montrant trop libéral par rapport à la religion et aux "mystères", il est condamné par l'Eglise. En 1747, il est chargé par le libraire Le Breton de diriger avec d'Alembert les travaux de l'Encyclopédie.

La  Lettre sur les aveugles et à l'usage de ceux qui voient (1749) provoque son incarcération au château de Vincennes pendant trois mois. Pour Denis Diderot, le seul critère auquel répond la connaissance est l'expérience.  
Après sa libération, Diderot se consacre entièrement et pendant plus de vingt ans à la réalisation de l'Encyclopédie, véritable travail d'éditeur, qui lui assure la notoriété. Le premier volume est publié en 1751 et le dernier en 1772.

En parallèle à l'Encyclopédie, Diderot poursuit son oeuvre littéraire tout en menant une vie éclectique et tumultueuse. Ses romans, ses critiques et ses essais philosophiques, dont une grande partie ne sera publiée qu'après sa mort, montrent le souci de définir la véritable nature de l'homme et sa place dans le monde. Diderot propose une morale universelle assise, non pas sur Dieu, mais sur les sentiments naturels de l'homme et sur la raison. (Source: La Toupie.org)
 

DIDEROT ET L’ENCYCLOPEDIE
Diderot réalisa un ouvrage considérable pour l'époque, la création de l'Encyclopédie. C'est par le libraire Le Breton que tout commence. Il confie à Denis Diderot une responsabilité énorme en lui demandant de traduire un Dictionnaire des arts et sciences, la Cyclopædia de l'éditeur anglais Chambers. C'est ainsi que naît le projet de l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. 
A l'époque, pas d'accès à Internet et encore moins de dictionnaire pour se documenter. Le défi était donc de taille : donner de l'information accessible à tous. Diderot fait appel à un mathématicien, d'Alembert, pour l'aider dans cette lourde tâche. Imaginez vous qu'il fallut plus de 24 années pour la finir. Prévue en dix volumes, l'Encyclopédie atteindra, à son achèvement, 28 volumes, 17 de discours et 11 de planches. 

Dans le Prospectus de lancement de l'Encyclopédie, Diderot parle de ses rédacteurs puisque c'est grâce à leur travail si l'Encyclopédie est née. Ils seront plus de 160, connus et méconnus, à avoir participer son élaboration. On retrouvera Rousseau qui écrivit des articles de musique ; Voltaire avec ses articles de littérature et d'histoire ….
Dès la parution du fameux Prospectus de lancement, les ennuis commencent pour l'Encyclopédie.   un arrêt du Conseil du roi interdira et condamnera les deux premiers tomes déjà parus. Puis l'ordre du roi de détruire les sept volumes de l'Encyclopédie. Les manuscrits conservés par Diderot sont saisis, les autres cachés chez Malesherbes sont sauvés. Diderot refuse de s'exiler et poursuit clandestinement ses travaux. Un grand nombre de ses collaborateurs le laisse tomber. Il faudra attendre très longtemps pour que les dix derniers volumes soient imprimés secrètement. Diderot mettra au point les derniers volumes de planches qui seront publiés de 1767 à 1772.

Source : http://www.denis-diderot.com/homme.html

Encyclopedie diderotObjectifs de l’Encyclopedie

Mettre le savoir à la portée de tous. 
La multiplication des illustrations participe de cette volonté.
Diderot l’annonçait dans le Prospectus :
« Un coup d’oeil sur l’objet ou sur sa représentation en dit plus long qu’une page de discours. »
L’iconographie se développe d’autant plus qu’après l’interdiction de l’Encyclopédie autorisation est donnée de publier un recueil de planches. L’image devient alors prioritaire, elle n’est plus illustration au service d’un texte, c’est au contraire le texte qui explique l’image.

À travers leur oeuvre, les encyclopédistes ont fait passer leur idéal philosophique :
•    diffuser auprès du plus grand nombre un savoir libre de tout préjugé, de toute superstition,
•    mesurer les connaissances à l’aune de la raison,
•    enfin, fournir un matériel pour, comme Diderot le proclame dans l’article « Encyclopédie », « changer la façon commune de penser ».

 

 

 

Pour aller plus loin...

 

Diderot , Encyclopédie,  article "intolérance", 1751

L’Encyclopédie dont le sous-titre est Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers est une œuvre collective dirigée par Diderot et d’Alembert qui a pour ambition de rendre le savoir accessible à tous, de valoriser les métiers de l’artisanat, de diffuser la connaissance des sciences et les idées des Lumières. Cet ouvrage de 28 volumes, réalisé par quelques 150 auteurs entre 1751 et 1772, connaît un véritable succès auprès de la noblesse éclairée et de la bourgeoisie mais est aussi victime de la censure royale à cause des idées critiques qu’elle véhicule sur la monarchie absolue de droit divin, le manque de libertés et la religion à laquelle chacun doit se soumettre aveuglément. 

 INTOLÉRANCE, s. f : (Morale). Il est impie d’exposer la religion aux imputations odieuses de tyrannie, de dureté, d’injustice, d’insociabilité, même dans le dessein d’y ramener ceux qui s’en seraient malheureusement écartés. L’esprit ne peut acquiescer qu’à ce qui lui paraît vrai ; le cœur ne peut aimer que ce qui lui semble bon. La violence fera de l’homme un hypocrite, s’il est faible ; un martyr, s’il est courageux. Faible et courageux, il sentira l’injustice de la persécution et s’en indignera. L’instruction, la persuasion et la prière, voilà les seuls moyens légitimes d’étendre la religion. Tout moyen qui excite la haine, l’indignation et le mépris, est impie. Tout moyen qui réveille les passions et qui tient à des vues intéressées, est impie. Tout moyen qui relâche les liens naturels et éloigne les pères des enfants, les frères des frères, les sœurs des sœurs, est impie. Tout moyen qui tendrait à soulever les hommes, à armer les nations et tremper la terre de sang, est impie. Il est impie de vouloir imposer des lois à la conscience, règle universelle des actions. Il faut l’éclairer et non la contraindre. Les hommes qui se trompent de bonne foi sont à plaindre, jamais à punir. Il ne faut tourmenter ni les hommes de bonne foi ni les hommes de mauvaise foi, mais en abandonner le jugement à Dieu. Si l’on rompt le lien avec celui qu’on appelle impie, on rompra le lien avec celui qu’on appellera avare, impudique, ambitieux, colère, vicieux. On conseillera une rupture aux autres, et trois ou quatre intolérants suffiront pour déchirer toute la société. Si l’on peut arracher un cheveu à celui qui pense autrement que nous, on pourra disposer de sa tête, parce qu’il n’y a point de limites à l’injustice. Ce sera ou l’intérêt, ou le fanatisme, ou le moment, ou la circonstance qui décidera du plus ou du moins de mal qu’on se permettra. Si un prince infidèle demandait aux missionnaires d’une religion intolérante comment elle en use avec ceux qui n’y croient point, il faudrait ou qu’ils avouassent une chose odieuse, ou qu’ils mentissent, ou qu’ils gardassent un honteux silence. Qu’est-ce que le Christ a recommandé à ses disciples en les envoyant chez les nations ? Est-ce de tuer ou de mourir ? Est-ce de persécuter ou de souffrir ? Saint Paul écrivait aux Thessaloniciens : "Si quelqu’un vient vous annoncer un autre Christ, vous proposer un autre esprit, vous prêcher un autre évangile, vous le souffrirez. " Intolérants, est-ce ainsi que vous en usez même avec celui qui n’annonce rien, ne propose rien, ne prêche rien ? Il écrivait encore : ne traitez point en ennemi celui qui n’a pas les mêmes sentiments que vous, mais avertissez-le en frère. Intolérants, est-ce là ce que vous faites ?


 

TEXTE N°3

VoltaireCandide, Ch.6 : Comment on fit un bel auto-da-fé pour empêcher les tremblements de terre, et comment Candide fut fessé, 1759

 

Biographie de Voltaire (1694 - 1778)

François-Marie Arouet est issu d'un milieu bourgeois, son père était notaire. Il fait de brillantes études chez les jésuites.   Une altercation avec le chevalier Rohan-Chabot le conduit à  la Bastille, puis le contraint à un exil de trois ans en Angleterre. Au contact des philosophes d'Outre-Manche où la liberté d'expression était alors plus grande qu'en France, il s'engage dans une philosophie réformatrice de la justice et de la société

De retour en France, Voltaire poursuit sa carrière littéraire avec pour objectif la recherche de la vérité et de la faire connaître pour transformer la société. Au château de Cirey, en Champagne, il écrit des tragédies ("Zaïre", "La mort de César"…)  . Il critique la guerre ,les dogmes chrétiens et le régime politique en France, basé sur le droit divin, dans les Lettres philosophiques (1734). 

 Son conte,"Zadig" l'oblige à s'exiler à Potsdam sur l'invitation de Frédéric II de Prusse, puis à Genève. Voltaire s'installe définitivement à Ferney, près de la frontière Suisse, où il reçoit toute l'élite intellectuelle de l'époque tout en ayant une production littéraire abondante.

En 1759, Voltaire publie "Candide", une de ses oeuvres romanesques les plus célèbres et les plus achevées. S'indignant devant l'intolérance, les guerres et les injustices qui pèsent sur l'humanité, il y dénonce la pensée providentialiste et la métaphysique de Leibniz. Avec ses pamphlets mordants, Voltaire est un brillant polémiste. Il combat inlassablement pour la liberté, la justice et le triomphe de la raison (affaires Calas, Sirven, chevalier de la Barre...). En 1778, il retourne enfin à Paris etmeurt peu de temps après. 

Esprit universel ayant marqué le 
siècle des "Lumières", défenseur acharné de la liberté individuelle et de la tolérance, Voltaire  laisse une oeuvre considérable. A cause de la censure, la plupart de ses écrits étaient interdits. Ils étaient publiés de manière anonyme, imprimés à l'étranger et introduits clandestinement en France. 

Voltaire : réaliser une vidéo sur biographie de Voltaire avec explee 

 

Voltaire, Candide, 1759

 

 

 

 

Comment on fit un bel auto-da-fé pour empêcher les tremblements de terre, et comment Candide fut fessé.

    Après le tremblement de terre qui avait détruit les trois quarts de Lisbonne, les sages du pays n'avaient pas trouvé un moyen plus efficace pour prévenir une ruine totale que de donner au peuple un bel auto-da-fé; il était décidé par l'université de Coïmbre que le spectacle de quelques personnes brûlées à petit feu, en grande cérémonie, est un secret infaillible pour empêcher la terre de trembler.
    On avait en conséq

uence saisi un Biscayen convaincu d'avoir épousé sa commère, et deux Portugais qui en mangeant un poulet en avaient arraché le lard: on vint lier après le dîner le docteur Pangloss et son disciple Candide, l'un pour avoir parlé, et l'autre pour avoir écouté avec un air d'approbation: tous deux furent menés séparément dans des appartements d'une extrême fraîcheur, dans lesquels on n'était jamais incommodé du soleil: huit jours après ils furent tous deux revêtus d'un san-benito, et on orna leurs têtes de mitres de papier: la mitre et le san-benito de Candide étaient peints de flammes renversées, et de diables qui n'avaient ni queues ni griffes; mais les diables de Pangloss portaient griffes et les flammes étaient droites. Ils marchèrent en procession ainsi vêtus, et entendirent un sermon très pathétique, suivi d'une belle musique en faux-bourdon. Candide fut fessé en cadence, pendant qu'on chantait; le Biscayen et les deux hommes qui n'avaient point voulu manger de lard furent brûlés, et Pangloss fut pendu, quoique ce ne soit pas la coutume. 
    Le même jour, la terre trembla de nouveau avec un fracas épouvantable.

Candide, épouvanté, interdit, éperdu, tout sanglant, tout palpitant, se disait à lui-même : "Si c'est ici le meilleur des mondes possibles, que sont donc les autres ? Passe encore si je n'étais que fessé, je l'ai été chez les Bulgares ; mais, ô mon cher Pangloss ! le plus grand des philosophes, faut-il vous avoir vu pendre, sans que je sache pourquoi ! O mon cher anabaptiste ! le meilleur des hommes, faut-il que vous ayez été noyé dans le port ! ô mademoiselle Cunégonde ! la perle des filles, faut-il qu'on vous ait fendu le ventre ! "
   Il s'en retournait, se soutenant à peine, prêché, fessé, absous et béni, lorsqu'une vieille l'aborda, et lui dit : "Mon fils, prenez courage, suivez-moi."

 


LECTURE ANALYTIQUE

 

Voltaire candide chapitre vi

Carte XMIND du texte : cliquez sur la carte

 

 

Questions possibles à l'entretien oral :

  • Que signifie "Candide" ?
  • Qu'est-ce qu'un conte philosophique ?
  •  

 


 

Texte complémentaire : Poème de Voltaire sur le tremblement de terre de Lisbonne

 

Lecture : https://vimeo.com/9099782

 

O malheureux mortels ! ô terre déplorable !

O de tous les mortels assemblage effroyable !
D’inutiles douleurs, éternel entretien !
Philosophes trompés qui criez : « Tout est bien » ;
Accourez, contemplez ces ruines affreuses,
Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,
Ces femmes, ces enfants l’un sur l’autre entassés,
Sous ces marbres rompus ces membres dispersés ;
Cent mille infortunés que la terre dévore,
Qui, sanglants, déchirés, et palpitants encore,
Enterrés sous leurs toits, terminent sans secours
Dans l’horreur des tourments leurs lamentables jours !

 

lire la suiteDesastre lisbonne poemeDesastre lisbonne poeme (111.09 Ko)

 

 

Tremblement terre à Lisbonne en 1755

Leibniz et le meilleur des mondes...

 




 

 Inquisition et protestantisme

 

TEXTE N°5

Voltaire, Traité sur la tolérancePrière à Dieu, 1763.

 

Ce n'est plus aux hommes que je m'adresse; c'est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes, et de tous les temps: s'il est permis à de faibles créatures perdues dans l'immensité, et imperceptibles au reste de l'univers, d'oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un coeur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d'une vie pénible et passagère; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi, que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil; que ceux qui couvrent leur robe d'une toile blanche pour dire qu'il faut t'aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire; qu'il soit égal de t'adorer dans un jargon formé d'une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau; que ceux dont l'habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d'un petit tas de la boue de ce monde et qui possèdent quelques fragments arrondis d'un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu'ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie: car tu sais qu'il n'y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s'enorgueillir.


 

LECTURE ANALYTIQUE

Voltaire traite sur la tole rance prie re a dieu 1764

cliquez sur la carte

Carte XMIND du texte

 

 

Questions possibles à l'entretien oral :




 

III. De La reine Margot à Timbuktu...

Esthétisme et expression de la violence au cinéma

LA REINE MARGOT, P. Chereau, 1994

La reine margot afficheSynopsis : 1572. La guerre de religions entre catholiques et protestants fait rage. Afin de réconcilier les Français, Catherine de Médicis décide de marier sa fille, la catholique Marguerite de Valois, la « reine Margot », avec le protestant Henri de Navarre, le futur roi Henri IV. Au cours de la nuit de la Saint-Barthélemy, alors que le sang coule à flots dans les rues de Paris, Margot sauce du massacre le seigneur de La Môle. Tous deux vont vivre une passion qui fera basculer leurs destinées…

 

 

 

Esthétique de la violence

Le film de Chéreau est placé sous le signe de l'extrême violence, mais le réalisateur l'a rendue regardable par le traitement esthétique qu'il lui donne. Le film de Chéreau repose sur un paradoxe : il montre presque continuellement des scènes d'une extrême violence et il est en même temps d'une remarquable beauté visuelle. De là le reproche qu'on a pu adresser au réalisateur d'une esthétisation de la violence. De fait, si la violence est montrée sans détour dans le film (le sang y coule à flot, les corps sont violentés, ils jonchent les rues, sont entassés dans un charnier etc., elle est aussi d'une certaine manière déréalisée et sublimée : dans la séquence de la saint-Barthélémy, on assiste à une sorte de chorégraphie du massacre : les épieux s'enfoncent dans les corps dans un vaste mouvement synchronisés, une femme est égorgée dans la rue et s'agite comme si elle dansait, des corps désarticulés jonchent les allées et font penser à des nus sculptés (des gisants notamment). Dans la cour du Louvre, durant le duel entre Coconas et La Mole, ou durant la longue séquence où Margot cherche La Mole, ou encore dans le charnier, des lumières grises uniformisent les corps dénudés étendus au sol, et ces couleurs blafardes rappellent certains tableaux de massacre ou de catastrophes (en particulier les mourants du Radeau de la Méduse de Géricault ou les victimes de La Liberté guidant le peuple de Delacroix). Une telle esthétisation est nécessaire, pour Chéreau, si l'on veut intégrer ces massacres à une oeuvre de fiction.

La fin de la séquence de la saint Barthélémy donne à voir l'issue du massacre : les rues sont jonchées de cadavres et font presque une haie d'honneur à Margot qui marche difficilement à la recherche de La Mole. Ce plan-séquence très théâtral, souligné par une musique moderne (du Serbe Goran Bregovic) qui fait pourtant penser à un Requiem, donne sa tonalité tragique et pathétique à la scène.

La scène suivante - celle du charnier - présente des corps dénudés rassemblés et transportés pour être jetés dans une fosse. Ces images font encore référence à la peinture ou à la sculpture (un des figurants a les bras en croix, comme une figure christique) mais font aussi penser à d'autres massacres du XXe siècle : celles des cadavres des déportés jetés dans des charniers lors de l'ouverture des camps de concentration e 1945, mais aussi, plus proche de nous et de la date de réalisation du film : celles des charniers en Serbie et en Bosnie.

Source : http://plume-et-calame.fr/index.php?post/2014/11/23/Séquence-2%2C-séance-7-%3A-analyse-filmique-de-La-Reine-Margot

 

 

 

Un film...Une époque

Vidéo à installer + questionnaire



 

Timbuktu

TIMBUKTU,Abderrahmane Sissako, 2015
 Le film s’inspire de la prise du Mali par les djihadistes. Selon toute vraisemblance, l’action se déroule entre l’été 2012 et le début de l’année 2013, période durant laquelle une coalition de groupes salafistes (AQMI, Ansar Eddine…) s’empare du Nord-Mali. Ces forces y ont supplanté le MNLA, mouvement insurrectionnel touareg qui avait pris la ville de Tombouctou en avril. Ces quelques mois auront permis aux islamistes radicaux d’imposer la charia, de brûler les mausolées des saints et des manuscrits précieux, de faire régner la terreur et de se livrer aux pires exactions au nom de la foi.

À l’écart de cette cité assiégée, la jeune Toya vit paisiblement avec ses parents. Une existence qui bascule le jour où son père ira se venger du pêcheur qui a tué sa vache surnommée GPS et subira la justice expéditive des religieux extrémistes.

Dans ce film, le réalisateur, Abderrahmane Sissako, qui se position plus en témoin des l’histoire, qu’en accusateur, met en lumière l’opposition entre deux Islam : celui de la tolérance contre celui de la violence perpétrée au nom d’Allah.

 

 

Questionnaire et étude

Le retour du religieux et des guerres

https://www.youtube.com/watch?v=Pi03SKst4UE

Ce qu'il faut savoir (à minima) pour cet objet d'étude :

Evidemment, bien maitriser les textes...Mais aussi :

Pouvoir situer et expliquer ce qu'est :

  • La Renaissance
  • L'Humanisme
  • Les guerres de religion
  • L'esprit des Lumières
  • L'Encyclopédie et ses intentions.

Pouvoir définir des mots comme :

  • Tolérance
  • Intolérance
  • obscurantisme
  • Inquisition
  • Huguenots
  • Ancien régime
  • Monarchie absolue de droit divin

Pouvoir situer chronologiquement :

  • Montaigne
  • Montesquieu
  • Diderot
  • Voltaire

Connaitre et reconnaitre :

  • Apologue
  • Conte philosophique
  • Roman épistolaire
  • Les procédés de l'ironie,
  • La satire
  • L'apologue
  • Les caractéristiques du conte philosophique
  • Argumentation indirecte/directe

Etre capable de faire des liens entre tous les documenst du corpus :

y compris les docs iconographiques ou cinématographiques

Carte de liens entre les éléments du corpus 

(A venir)

Exposition de la BNF sur les religions

http://expositions.bnf.fr/parole/

 

Bnf livres de parole

×