TIMBUKTU

Timbuktu à l’entretien d’oral…

 

“Écrasons l’infâme” s’écriait Voltaire, au XVIII°, à propos du fanatisme et de l’intolérance.  Mais l’infâme ressurgit dans notre actualité, sous la forme des attentats islamistes, en France et ailleurs.

 Bien que les fanatismes aient connu diverses formes dans l’Histoire, tous les fanatismes se ressemblent.

 FANATISME : Dévouement absolu et exclusif à une cause qui pousse à l'intolérance religieuse ou politique et conduit à des actes de violence.

 Lire l’article « Fanatisme » du dictionnaire philosophique portatif de Voltaire  (docs complémenaires)

 

1. Le réalisateur :

Abderrahmane Sissako.

Né en Mauritanie en 1961, élevé au Mali et en France, formé au cinéma en Union soviétique, installé à Paris…

Sissako est le réalisateur de quatre longs-métrages depuis1989.– La Vie sur terre (1998), En attendant le bonheur (2002), Bamako (2006) et Timbuktu (2014) qui a remporté pas moins de sept César.

 

2. La genèse du film

  Timbuktu   Sissako donne lui-même l’idée originelle du film : Durant l’été 2012, quelques médias occidentaux rapportent un événement particulièrement atroce survenu dans le nord du Mali. Le Monde (daté 3 août) notait ceci : «Il y a eu d'abord l'interdiction de l'alcool, la fermeture des bars, l'obligation signifiée aux femmes de se voiler. Le stade suivant a été le pillage des maisons des chrétiens et la destruction de mausolées et de lieux saints historiques de l'islam à Tombouctou. Puis des réfugiés ont fait état de châtiments physiques pour violation de la loi islamique.

 Dimanche 29 juillet, à l’aube, les salafistes qui règnent sur le nord du Mali depuis avril ont franchi un palier particulièrement révoltant dans l’application forcenée de la charia : un couple a été lapidé pour avoir eu des enfants hors mariage. L’homme et la femme, parents d’un bébé de 6 mois, ont été amenés dans un lieu à 20 km de la petite ville d’Aguelhok. Enterrés jusqu’au cou, ils sont morts rapidement sous les jets de pierres, après avoir poussé quelques cris, selon les témoins qui ont fait le récit de l’exécution publique par téléphone à l’AFP et au New York Times. Cette zone désertique du nord du Mali, plus grande que la France, est fermée aux journalistes depuis que les groupes armés salafistes, le groupe malien Ansar Eddine et Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), ont pris Tombouctou et Gao. Une situation extrêmement dangereuse est en train de s’installer dans le nord du Mali. »

Insoutenables, les images de cette lapidation furent postées sur You Tube. En les découvrant, Abderrahmane Sissako décida de mettre en chantier ce qui serait plus tard Timbuktu, son nouveau film. Rencontré à Paris il y a quelques jours, le cinéaste mauritanien n’a pas oublié : « C’était un crime, une barbarie inacceptable. Rendez-vous compte : il s’agissait d’un couple qui n’avait rien d’autre que son amour pour se défendre. Il fallait absolument réagir. »

 

 Interview Sissako  

 

3. Situation historique

Nous sommes à Tombouctou, au Mali : l’action se déroule entre l’été 2012 et le début de l’année 2013

c'est une période pendant laquelle des groupes salafistes  (AQMI, Ansar Eddine…) se sont emparés du Nord-Mali et de la « Perle du désert », Tombouctou.  Ils seront  chassés par les armées française et malienne en janvier 2013. Ces quelques mois auront permis aux islamistes radicaux d’imposer la charia, de brûler les mausolées des saints et des manuscrits précieux, de faire régner la terreur et de se livrer aux pires exactions au nom de la foi.

 

 

 

3. Pourquoi ce film

"Dans certaines circonstances pour les artistes, il existe un devoir de témoigner. C'est ce que j'ai fait", Abderrahmane Sissako

Comment raconter ces villes qui tombent sous le joug de djihadistes détruisant tout souffle de liberté? Comment montrer d'autres images que celles qui tournent sur les chaînes d'info? À ces questions,  Sissako répond : « À mes yeux, le rôle du cinéma n'est pas de dire les choses mais de les faire vivre. De créer une émotion qui n'a de sens que si le spectateur s'en empare ». 

« Mon film raconte trois choses : les interdits, la justice, le rapport à la femme. L’interdit de la musique ? Les djihadistes traquent la musique alors même qu’ils l’aiment. Ils sont en totale contradiction avec eux-mêmes. S’agissant du football, il suffit de les entendre parler des mérites comparés de Messi et de Zidane pour le comprendre. Restait à le visualiser. »

Sissako a choisi la fiction pour exprimer son point de vue, et   délivrer un message universel sur la lutte contre l’obscurantisme et la barbarie. Timbuktu  est un film humaniste et poétique. 

Pas plus qu'un livre, un simple film ne peut changer la face du monde. Mais il peut oeuvrer durablement dans les consciences pour y graver, avec des couleurs ineffaçables, la mécanique implacable de l'absurdité humaine.

La grande force de Timbuktu,   est d'associer la beauté d'une Afrique éternelle à la stupidité d'une idéologie, venue semer la mort au nom du djihad .

Avec Timbuktu le spectateur découvre en même temps,  la vie pauvre mais heureuse des différentes ethnies maliennes et   la mécanique incontrôlable d'islamistes pillards, qui ridiculisent leur propre cause par l'excès dans lequel il tombe.

La frustration de ces guerriers est la source de toutes les dérives, leur absence totale de vie intérieure fait de leur religion une persécution, leur accoutrement, mélange de califat et de Paris-Dakar, les discrédite au premier coup d'oeil.  

Nous recevons tellement d'images atroces des guerres qui ravagent le Mali, la Libye, la Syrie, Irak… que ces drames deviennent abstraits : on nous en montre tellement que nous ne percevons plus  la dimension réelle de la douleur subie par les innombrables victimes.  

La violence ainsi désincarnée banalise le mal.

La force de Timbuktu c'est de nous faire entrer directement dans les destinées humaines brisées par une idéologie débile qui nous menacent tous.

 

Dans Timbuktu,   les asservis (les victimes) sont montrés avec grandeur, comme des icônes, et les oppresseurs sont, eux, des figures presque banales, ridicules souvent.

L'un d'entre eux, Abdelkrim, est un homme en conflit avec les interdits qu'il est chargé de faire respecter et avec les désirs qu'il est censé condamner. Il se cache pour fumer, il convoite une femme mariée qu'il courtise comme un adolescent maladroit et ridicule.

Faire des fanatiques des histrions de comédie, c'est leur infliger une gifle magistrale.

 

L'organisation de l'Etat islamique utilise les images des combattants (notamment français) comme outils de propagande qu‘ils font circuler sur les réseaux sociaux.

Dans Timbuktu, le pouvoir de ces images est brisé :les guerriers ne sont que des pantins

Chaque plan ruine l'entreprise de terreur des djihadistes. Sans, pourtant, mésestimer leur pouvoir. Quand l'horreur surgit (la lapidation), elle est repoussée par une scène étonnanteAbdelkrim, envoûté peut-être par une magicienne de la ville, dépose les armes et se met à danser, à faire l'oiseau.

Aux barbares obnubilés par des sacrilèges minuscules (un ourlet de pantalon trop court ou trop long), le film oppose une vision plus vaste. Une interrogation sur l'humanité et la violence.

  Frédéric Strauss (Télérama)

 

 

4. Le règne de la bêtise

  Les djihadistes  sont-ils, au départ, davantage débiles qu'assassins ? Les deux vont de pair…

Sissako montre les djihadistes du Sahel tels qu'ils sont : incapables de faire démarrer une motocyclette ou de tourner proprement une vidéo de propagande, inaptes à la discussion spirituelle sur les fondements de l'islam, mais largement assez lâches pour harceler des femmes sans défense, pour procéder à une lapidation, pour fouetter une chanteuse à la voix d'or, et fumer en douce

 

Le fanatisme comme registre terrifiant de la bêtise.

Sissako utilise l'humour pour montrer la bêtise : Les nouveaux juges de paix de l'islam, à qui la folie religieuse tient à la fois lieu d'horizon intellectuel et de mode relationnel, sont de pauvres types qui font le contraire de ce qu'ils prêchent

  • ils entrent dans la mosquée en armes, pataugas et baskets
  • l’ex-rappeur belge incapable de réciter sa leçon pour une vidéo de propagande, l'un d'eux, un ex-rappeur belge, finit par avouer ne pas être convaincu de ce qu'il professe.qui ramène au gag tous ses essais de vidéo propagande ;
  • l’homme au mégaphone qui tourne en ville, égrenant tant et si bien les interdits qu’il ne sait plus quoi interdire ;
  • le croyant qui clope en cachette ;
  • le groupe de djihadistes français qui s’écharpent sur Zidane ou Messi mais qui interdit la pratique du foot !

 

Abderrahmane Sissako a compris que diaboliser les fous d'Allah était aussi inutile que contre-productif. Ces clowns sanglants sont d'abord grotesques, et le choc de leur folie avec l'islam pratiqué depuis des siècles par les habitants de Tombouctou relève de l'imposture pure et simple. Comme leur dit l'imam de la ville: «Où est la clémence? Où est le pardon? Où est Dieu dans tout ça?»

«Si je ne faisais pas le jihad sur moi-même, avoue pourtant ce même imam, je serais le premier d'entre vous.»

Sous l’humour, l’horreur   vous saute à la gorge lorsqu’on fouette au sang une jeune femme surprise à chanter, lorsqu’on lapide un couple coupable d’on ne sait quoi, lorsqu’on tue avec le sentiment du devoir un père de famille innocent.

 

5. La révolte

Face à ce concentré d’idiotie et de terreur rayonne la beauté de ceux qu’on écrase et qui résistent par l’esprit :

  • Kidane et Satima, ce couple touareg à la dignité et à la grâce éclatantes, qui regarde la tête haute ses oppresseurs,
  • La femme de Kidane, miracle de noblesse et de courage, qui rejoint son mari dans la mort, au nez et à la barbe des fanatiques.
  • Cette femme qui est punie d’avoir chanté et qui chante quand on la fouette…

Cette femme qui refuse de porter des gants pour vendre son poisson,  devient une allégorie de la liberté : parce qu'elle a refusé de se soumettre à leur pouvoir et de couvrir ses mains. Elle les tend   aux djihadistes pour qu'ils les lui coupent tout de suite plutôt que de les couvrir.

  • cette possédée vaudou qui insulte les empêcheurs de tourner en rond,
  • ces adolescents qui jouent un match de foot sans ballon,  comme un défi sublime à l'union  de la terreur et de la bêtise.
  • cet imam qui rappelle courageusement les valeurs de tolérance de l’islam.
  • L'image du bonheur est   aussi l'image d'une résistance. Comme celle de ce groupe d'amis qui, dans la nuit, chantent et font de la musique. La scène prend une valeur exemplaire : gratter une guitare, c'est braver l'interdit de la loi islamique. Fredonner une chanson, c'est un cri d'indépendance.

 

Les extrémistes religieux ont rendu la population de Tombouctou héroïque, nous dit Sissako.

La résistance est silencieuse.  

Empreint d’une langueur poétique, le film de Sissako est une vibrante déclaration à ceux qui résistent pacifiquement à l’oppression avec toute la dignité qui est la leur.

 

 

6. Résumé du film

Une gazelle s'enfuit, poursuivie par des djihadistes dans une jeep. Des masques africains traditionnels se brisent sous les balles. Dès les premières images, Sissako,   parle dans un langage visuel, symbolique et universel.

Alors que Tombouctou est tombé aux mains des djihadistes, le berger Kidane s’efforce de mener une existence préservée sous la tente dans le désert avec sa femme et sa fille. Il incarne le bonheur, l'harmonie — presque trop parfaitement. Mais autour d'eux, les autres tentes ont disparu : la terreur a fait le vide.

 Puis son sort bascule le jour où, après la mort d'une de ses vaches près du fleuve, il tue accidentellement un pêcheur… Abderrahmane Sissako raconte l'enfer quotidien d'une population prise en otage par des terroristes au nom de la religion. Dans cette ville où tout est interdit – chanter, faire de la musique, du sport, fumer –, les femmes sont voilées et mariées de force tandis que les exactions se multiplient : lapidations, coups de fouet, punitions et arrestations…

 

Bande annonce Timbuktu

 

 

7. Esthétique

Le film pose la même question que les textes : comment dire la monstruosité d'un comportement, d'une croyance fanatique qui conduit à la violence, au carnage.

 

En art,  comment   saisir la monstruosité ? Comment la restituer ? Comment la transmettre sans l’adoucir ?  Quelques exemples réussis…

  • la loi dans Antigone (Sophocle),
  • la guerre dans Les Désastres de la guerre (Goya)
  • ou Guernica (Picasso),
  • le génocide dans Shoah (Claude Lanzmann)  
  • S21 (Rithy Panh) sur le génocide cambodgien.

 

Dans Timbuktu, Sissako y parvient en superposant deux réalités :

 La mainmise des islamistes sur la ville telle un « grand éteignoir » puisque sous leur pouvoir la vie s’éteint : plus d’amour, plus de musique, plus de jeux …

Et  parallèlement le destin d’une lumineuse famille touareg vivant à ses abords, dont l’homme sera condamné à mort pour avoir tué accidentellement un pêcheur. Et voilà tout.

 

 Intelligence de la représentation des bourreaux, moins diabolisés (ce qui reviendrait à dire divinisés) que remis à leur place d’hommes. Grotesques, cyniques, hypocrites. Sourds et aveugles au mal qu’ils commettent. Comme les personnages de Candide

Les bourreaux sont laids parce qu’ils ne savent rien faire d’autre qu’insulter et détruire la beauté du monde et des hommes.

Les victimes sont belles parce qu’elles sont la protestation vivante, incarnée, contre cet assèchement délibéré, sans doute désespéré, de la vie.

La séquence d’ouverture  dit tout de ces deux mondes, de ces deux réalités qui se juxtaposent : Travelling latéral sur une gazelle qui vole silencieusement au-dessus de la terre, puis le son éclate sur ses poursuivants armés qui vocifèrent et la visent depuis des trucks lourdement équipés.

Dans un film qui tend à ce point vers la douceur et l’équilibre, les brutes s’excluent d’elles-mêmes du paysage.

Eclatant, Timbuktu l'est par la splendeur de ses cadrages et par la dignité absolue de ses martyrs, figures à la fois somptueusement poétiques et magnifiquement réelles.

 

8. Fiction et réalité

Ni page d'histoire, ni reportage, Timbuktu a la sobriété et l'éclat d'un conte africain. Sobre parce qu'il n'a pas besoin d'aligner les mains coupées pour convaincre le spectateur. En fait de flagellation et de lapidation, on ne verra d'ailleurs que deux scènes - brèves, mais d'une violence inouïe.

Timbuktu ne devient jamais un film-dossier ou un documentaire : La fidélité au réel qu’impliquent ces deux genres n’est pas l’objectif de Sissako. `

  • Il n’est pas question de reposer les fondements de la situation, d’exposer les tenants et les aboutissants, de présenter les différents acteurs. Jamais n’est spécifié le nom des groupes présents à l’écran.
  • Même la ville de Tombouctou semble irréelle, réduite à un village anonyme, en plein milieux du désert.

  C’est à l’art, par sa force universalisante, de rendre compte de la complexité du monde. C’est là le cœur de ce film : l’art, sous toutes ses formes, est omniprésent et sert de contrepoint à la violence, la couvre d’un voile pudique sans atténuer sa force. Ainsi, au lieu de filmer frontalement une lapidation, Sissako coupe sa scène et intercale l’image d’un homme en train de danser, de façon presque mystique. De l’exécution, on n’entend alors que les sons, au loin, des pierres lancées contre les condamnés.

Une autre fois, une femme punie par le fouet pour avoir écouté de la musique, fredonne quelques paroles pendant la sentence.

 

8. Le lien avec l’actualité

Les fanatiques ont interdit les jeux et traquent les ballons.

Ils ont interdit la musique.

Ils ont interdit l’alcool, les fêtes et   toute forme de réjouissances.

Ces trois supposés « péchés » sont ceux que les assassins du 13 novembre ont châtiés par le massacre. Ils s’en sont pris au football et, par là même, à toute forme de jeu, quand trois d’entre eux ont attaqué le Stade de France.

D’autres ont exécuté des femmes et des hommes parce qu’ils étaient aux terrasses des bars et dans les salles des restaurants d’un des quartiers les plus cosmopolites de Paris.

D’autres enfin ont commis le carnage du Bataclan, durant un concert : « Des centaines d’idolâtres dans une fête de la perversité », dans la langue de Daech...

Haine des plaisirs, haine des sens et donc, naturellement, haine des arts…et de la vie.

 

9. Le lien avec les textes

  • L’utilisation de l'humour pour dire l'horreur : montrer l'absurdité, la stupidité des bourreaux. Les sages de Coïmbre qui décident de l'autodafé dans le texte de Voltaire sont aussi ridicules et stupides, hypocrites et cruels que les  djihadistes de Timbuktu.
  • La résistance : dans les textes du corpus, les écrivains philosophes (Voltaire, Diderot) dénoncent des pratiques barbares, l'intolérance qui mène au fanatisme… Tout comme le fait Sissako dans le film.
  • L’interrogation sur l'humanité et la violence : refus de ce qui est différent dans les Essais (texte des cannibales) de Montaigne, les tortures infligées par l'inquisition dans Candide
  • le film pose la même question que les textes : comment dire la monstruosité d'un comportement, d'une croyance fanatique qui conduit à la violence, au carnage.
  •  Le massacre de la Saint-Barthélemy au XVIe siècle ( les guerres de religion), produit du fanatisme et dont il est question dans les Essais (Texte des Cannibales) de Montaigne, dans les Lettres persanes de Montesquieu, dans l'article « intolérance » de Voltaire…
  •  L'intolérance d'une manière générale en lien avec tous les textes du corpus.
  • L’art ( littéraire  et cinématographique)   pour dénoncer le mal et se mettre au service de la tolérance
  • Les exécutions arrivent après des accusations qui n’ont de procès que le nom.
  • le réalisateur nous place   au coeur de l’obscurantisme, dans une succession de scènes-choc où se confrontent des djihadistes de chair et de sang très humains, trop humains, et les habitants victimes des nouvelles règles, mais aussi porteurs d’espoir lorsqu’ils tentent de résister avec dignité à l’iniquité et à l’absurde.

10. Séquençage du film

Min

Lieu de l’action

Description

 0:00

désert

Un pick-up orné du drapeau noir des djihadistes poursuit une gazelle ; ils tirent à l’arme automatique. Plus tard, les mêmes hommes s’exercent au tir sur des masques et des sculptures dogons.

 

2:39

désert

Des combattants armés livrent un otage occidental aux djihadistes.

 

 4:25

Tombouctou

Dans les rues, des djihadistes énumèrent dans un porte-voix la liste des interdits. Des hommes armés, affublés d’une chasuble« police islamique », patrouillent dans la ville pour faire respecter l’ordre nouveau.

5:55

mosquée

Des djihadistes pénètrent dans le lieu de culte chaussés et en armes pour avertir l’imam qu’ils sont les nouveaux maîtres des lieux.

 7:15

rivière

Le jeune berger Issan mène ses vaches s’abreuver ; le pêcheur Amadou le met en garde qu’elles ne s’approchent pas de ses filets.

8:29

tente de Kidane dans le désert

Kidane bavarde avec sa femme Satima et sa fille Toya ; il pense faire don de veau de sa vache préférée, GPS, à son berger Issan.

9:40

désert

Au puits, des hommes remplissent des bidons d’eau. L’un d’entre eux va ensuite en livrer à Amadou, au bord de la rivière, puis à Satima dans sa tente.

8 11:00

Tombouctou

Au marché, un djihadiste cherche à contraindre une vendeuse de poisson de mettre des gants ; celle-ci résiste, et va même jusqu’à lui proposer de lui couper les mains. Elle se fait arrêter.

11:46

désert

Le djihadiste Abdelkrim apprend à conduire le pick-up Toyota avec Omar, le jeune homme qui lui sert de chauffeur.

 

 12:40

tente de Kidane

 

Kidane prend congé de sa femme et de sa fille avant de s’absenter pour aller à la ville.

 14:30

mosquée

L’imam débat avec le chef djihadiste Abou Hassan de la nature du djihad et des dangers que ses hommes font peser sur la population

 47:40

désert

Kidane est arrêté et emmené à la prison de Tombouctou.

 

48:55

tente de Kidane

 

Satima et Toya attendent Kidane. La fille propose à la mère de se rapprocher du réseau au cas où il passerait un appel.

 

49:35 

prison

Kidane fait prévenir sa famille par téléphone par un de ses gardiens.

 

 51:33 

Tombouctou

Dans une maison, de jeunes gens qui ignorent être surveillés par la police islamique jouent de la musique et chantent. Les djihadistes finissent par investir la pièce pour les arrêter.

 53:41 

prison

Le chef djihadiste Abou Hassan avertit Kidane que la charia va être appliquée : il sera condamné à mort et exécuté, à moins que la famille de la victime ne lui pardonne en échange du « prix du sang », fixé à 40 vaches. Kidane accepte la sentence avec résignation, mais s’inquiète du sort de sa fille, qu’il souhaite revoir avant de mourir.

  1:00:59 

tente de Kidane

 

La vie quotidienne se poursuit autour des chèvres et des vaches pour la famille de Kidane, malgré l’angoisse du sort qui l’attend.

  1:01:58 

Tombouctou

Le tribunal condamne un musicien et la chanteuse à 40 coups de fouet pour avoir joué, et 40 autres pour s’être trouvés homme et femme dans la même pièce. Plus tard, on assiste à l’exécution de la sentence sur le terrain de football. La femme se met à chanter pour accompagner les coups.

 

  1:04:05 

désert

Abdelkrim fume en cachette derrière une dune. Omar se moque de lui.

 

  1:05:24 

Tombouctou

Les trois djihadistes sont chez Zabou, adepte des pratiques vaudou, qui pense avoir ressenti le tremblement de terre de Haïti le 12 janvier 2010. Plus loin, la police islamique arrête une jeune femme qui affirmait être au téléphone avec son frère.

  1:07:27

hors de la

ville / Tombouctou

La jeune femme et son amant sont enterrés et lapidés par un groupe d’hommes. Un des djihadistes s’abandonne à la danse chez Zabou.

  1:10:22

Tombouctou

En l’absence de son père, le djihadiste Abou Jaafar demande la main de Safia, une jeune fille croisée dans la rue. Face au refus de la mère, il brandit la menace du mariage forcé.

 1:12:44

désert

Abdelkrim continue ses leçons de conduite avec Omar.

 

   1:13:38

tente de Kidane

 

Toya cherche désespérément du réseau téléphonique, tandis qu’Issan rêve des 40 vaches nécessaires pour sauver Kidane.

  1:14:32

tribunal

Kidane est extrait de sa cellule et conduit dans la salle du tribunal. La famille d’Amadou refuse de lui pardonner son geste. Pendant la séance, Satima tente par téléphone d’intercéder en sa faveur auprès d’Abdelkrim. Omar lui fait comprendre que c’en est terminé.

  1:19:13

mosquée

Sur la plainte de la mère, l’imam cherche à remettre en cause le mariage forcé de Safia avec Abou Jaafar. Les chefs djihadistes lui font comprendre qu’ils sont désormais source de toute légalité, y compris religieuse.

  1:22:45 

prison

Aux portes de la ville, Kidane est sur le point d’être exécuté, lorsque sa femme Satima, venue sur la moto du porteur d’eau, se précipite vers lui. Ils sont tous deux abattus par les djihadistes, qui prennent ensuite en chasse le motard. En parallèle, on assiste aux courses du porteur d’eau en fuite, de Toya et d’Issan dans les dunes, et d’une gazelle rappelant celle des premières images du film.

 

 

. Dieu est-il cruel ? Fanatisme, guerre, massacre ... Reportage COMPLET Arte

https://www.youtube.com/watch?v=tRvk9xclqU4

 


Expliquez-nous... le salafisme

Le Salafisme (source France Info)

Le salafisme vient du mot salaf, qui signifie "ancêtre" et qui désigne les premiers musulmans. Le salafisme, ce sont plusieurs mouvements qui veulent un retour à l’islam tel qu’il était pratiqué, selon eux, à l’époque du prophète, au XIIe siècle  Dans leur esprit, pour revenir à cette religion, il faut l’épurer de tout ce qui l’a altéré, de tout ce qui l’a fait changer au cours de l’histoire, par exemple le chiisme. Les salafistes sont des sunnites, qui représentent, eux, 85% des musulmans.   
L’idéologie salafiste apparait au XVIIIe siècle, avec un homme qui s’appelait Mohammed Abd al-Wahhab. Il sera l’un des fondateurs du futur état saoudien avec le prince Ibn Saoud. D’ailleurs, quand on parle de l’Arabie Saoudite on parle souvent du royaume wahhabite.  

Les salafistes ne sont pas un groupe homogène. Il y d’abord les salafistes qu’on appelle "quiétistes", ce sont les plus nombreux, ils sont non violents. Ensuite, il y a ceux qui vont s’intéresser à la politique, notamment en Egypte où ils concurrencent les Frères musulmans.

Et puis, il y a une mouvance djihadiste, minoritaire, mais très médiatisée, qui est apparue avec la guerre en Afghanistan dans les années 80.  Les djihadistes venaient alors d’Arabie Saoudite. C’est la naissance d’Al-Qaïda avec Oussama Ben Laden qui était de nationalité saoudienne. 

L’image montre la rupture qui s'installe, jour après jour,  entre une vie lente, dictée par la nature, derrière les dunes, sous la tente ou dans une maison, à bord d’une barque ou d’une moto, il y a des hommes, des femmes et des enfants dont l’existence se voit soudainement perturbée par l’instauration d’un nouvel ordre par un groupe de djihadistes chargés de faire respecter une loi qu’eux-mêmes ont bien du mal à respecter.

 Abdelkrim, est un homme en conflit avec les interdits qu'il est chargé de faire respecter et avec les désirs qu'il est censé condamner. Il se cache pour fumer, il convoite une femme mariée.

L’image montre l'opposition entre deux univers :  Les lignes des regards disent beaucoup sur ce qui se passe : regard de l'homme sur la femme du haut vers le bas, paysage serein mais atmosphère tendue. 

"Timbuktu" est ainsi la vision d’un conflit à travers les gestes du quotidien et les échanges verbaux


 

Mali 2012

[Vidéo exclusive] La vie quotidienne au nord Mali controlé par des islamistes

Expliquez nous...Daech (source France info)

Expliquez-nous ... Daech

 

Cette femme est condamnée à être fouettée pour avoir chanté: « À travers elle, je montre que le mal ne peut pas triompher. Sous les coups, les cris se transforment en un chant que rien ne peut arrêter »(Sissako) Agenouillée, vêtue de la tenue traditionnelle imposée, le plan la place entre deux hommes armés. Et malgré sa position soumise et la torture à laquelle elle est condamnée, cette femme incarne la force. 


 

 

Sissako dit à propos de cette scène :

« Résister coûte que coûte. Cette femme n'a peur de personne, elle n'est pas armée mais fait face. Une image forte inspirée de faits réels mais que j'ai voulu traiter ici par le biais de la fiction ». 


 

 

Les jeunes du village malien tombé aux mains d’un groupe islamiste jouent au football sans ballon, parce que les fanatiques ont interdit les jeux et traquent les ballons.

 « Dans Timbuktu, j'ai imaginé ce match de football sans ballon comme un ballet, pour tenter de matérialiser l'interdit ». 

 Authentique acte de résistance, ce ballet sans ballon, un des points d’orgue du récit, témoigne de la supériorité de l’esprit libre sur ceux qui pensent pouvoir le restreindre. Les djihadistes sont en quelque sorte humiliés par l’expressivité poétique d’une résistance sans violence et pourtant d’une  grande force.

Le génie de cette séquence ne provient pas de l’idée mais de la façon dont elle se diffuse : la partie devient une sorte de danse, sans règles autre que celle de la cohérence du sport, si libre, si fluide. Car dans un monde irréel, le seul échappatoire semble être aussi l’irréel.

 

Le seul personnage absolument libre du film, Zabou, la « folle du village » qui se balade dans ce dédale de sables accompagné de son coq, jouit d’une liberté absolue de parole et de gestes, tant elle échappe aux règles et aux lois du monde réel. Son personnage ambivalent oscille entre celui d'une reine et celui d’une folle. C'est par son invulnérabilité qu'elle représente l'âme du village et la voie vers la liberté. Zabou qui ne semble pas avoir de dieu devient le miroir de l'absurdité de la situation.
Dans une scène très forte qui met face à face l’humain et la machine, la résistance et l’oppression, on la voit,  bras tendus, l’originale de la ville, une femme haute en couleur, fait barrage de son corps à l’ennemi dans son pick-up. 
Rappel  de la mythique image de l’homme chinois bravant un char sur la place Tian'anmen. Car si l’histoire se passe en Afrique, les actes et leurs résonances sont universelles.

 

 

Le tribunal

  La direction que j'ai donnée à ceux qui jouent les djihadistes,dit Sissako, c’est : "Ne pensez pas que ces gens-là gesticulent, hurlent ou filent des coups de pieds. 

Tout est tranquille." Y compris dans cette parodie de tribunal, où les armes sont toujours à portée de main. Je tenais à montrer ces djihadistes comme des bras cassés, car l'humour constitue un élément essentiel de mon film. Je n'ai jamais été dans un camp de concentration mais je suis sûr, qu'un jour, des rires ont dû s'échapper de ces lieux de mort, comme des rayons de vie. Ce qui se produit toujours au coeur des tragédies les plus inhumaines.  

 

La scène de lapidation qui a donné naissance au film y fait l’objet d’une leçon de morale du regard, avec un montage parallèle très sec qui déplace l’attention sur un djihadiste qui, soudain, se met à danser. A peine quelques secondes d’une violence inouïe qui, pendant longtemps, hanteront les spectateurs du film.

« C’était évidemment une scène très délicate à tourner et à monter. J’appartiens à un cinéma qui refuse de faire de la violence quelque chose de spectaculaire. Lorsque la violence devient un spectacle, elle se banalise. Il fallait donc à la fois prendre du recul, créer de la distance, mais aussi dénoncer. »

… J’ai alors imaginé que la danse allait me donner la distance nécessaire pour montrer la lapidation. Ce montage très sec est pour moi une manière de dire : “Non, il ne faut pas voir ça. Je vous le montre mais ne regardez pas.” Après le premier coup, on peut fermer les yeux mais on ne peut que voir. »

 

Que penser des djihadistes, grands donneurs de leçon en matière religieuse, qui ne respectent pas les règles de lieux saints en y pénétrant en armes et en chaussures ?

"Où est Dieu dans tout ça ?" : la question de l’Imam local à un des djihadistes résume bien le sentiment commun face à l’investissement de la ville par ces hommes armées prônant de nouvelles mœurs.

L’éloquente séquence du témoignage enregistré qui tourne au fiasco devant l’impossibilité pour la jeune recrue de mettre de la conviction dans des propos dont il semble lui-même peu convaincu.

ces jeunes recrues, effrayées de la réalité du terrain, en proie à des doutes existentiels sur leur volonté ? De ce point de vue, la séquence montrant ce jeune rappeur face à une caméra, incapable d’exprimer sereinement sa profession de foi, est troublante.

 

ces trois islamistes qui discutent football bien qu’ils viennent pourtant d’en interdire le jeu.

 

 


 

 

TIMBUKTU

Emission Radio - France Culture

Ce documentaire radio, carnet de bord sonore d'Arnaud Contreras, retrace 3 semaines à l’Est de la Mauritanie, au coeur de l’équipe de tournage du film d’Abderrahmane Sissako “Timbuktu, Le Chagrin Des Oiseaux”.

Il donne la parole au réalisateur, à des figurants et comédiens de cette fiction qui ont vécu l’occupation jihadiste au Nord du Mali.
Anciens rebelles, fonctionnaires, réfugiés, tous témoignent de cette période sombre, de la vie aujourd’hui au Sahel, de l’importance de ce film.

http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-abderrahmane-sissako-timbuktu-nord-mali-le-film-des-evenements-2014-04-22


 

Abderrahmane Sissako : « Lorsque la violence devient un spectacle, elle se banalise »
LE MONDE | 09.12.2014 à 09h08 • Mis à jour le 09.12.2014 à 09h33 |
Propos recueillis par Franck Nouchi

Durant l’été 2012, quelques médias occidentaux firent état d’un événement particulièrement atroce survenu dans le nord du Mali. Dans un éditorial titré « La loi salafiste menace le Sahel », Le Monde (daté 3 août) notait ceci : « Dimanche 29 juillet, à l’aube, les salafistes qui règnent sur le nord du Mali depuis avril ont franchi un palier particulièrement révoltant dans l’application forcenée de la charia : un couple a été lapidé pour avoir eu des enfants hors mariage. L’homme et la femme, parents d’un bébé de 6 mois, ont été amenés dans un lieu à 20 km de la petite ville d’Aguelhok. Enterrés jusqu’au cou, ils sont morts rapidement sous les jets de pierres, après avoir poussé quelques cris, selon les témoins qui ont fait le récit de l’exécution publique par téléphone à l’AFP et au “New York Times”. Cette zone désertique du nord du Mali, plus grande que la France, est fermée aux journalistes depuis que les groupes armés salafistes, le groupe malien Ansar Eddine et Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), ont pris Tombouctou et Gao. Une situation extrêmement dangereuse est en train de s’installer dans le nord du Mali. »
 
Insoutenables, les images de cette lapidation furent postées sur YouTube. En les découvrant, Abderrahmane Sissako décida de mettre en chantier ce qui serait plus tard Timbuktu, son nouveau film. Rencontré à Paris il y a quelques jours, le cinéaste mauritanien n’a pas oublié : « C’était un crime, une barbarie inacceptable. Rendez-vous compte : il s’agissait d’un couple qui n’avait rien d’autre que son amour pour se défendre. Il fallait absolument réagir. »
« Je me suis senti naïf »

Interview Sissako http://www.dailymotion.com/video/x1uvon4_cannes-2014-interview-d-abderrahmane-sissako-realisateur-de-timbuktu_shortfilms


 Bamako, le précédent long-métrage d’Abderrahmane Sissako, était sorti en 2006. Par le biais d’un procès fictif, il réglait son compte à l’inhumanité du Nord, Banque mondiale et FMI en tête. « Rendez-vous compte, c’était il y a sept ans. On pouvait alors tourner sans problème à Tombouctou. La scène du western – il s’appelait “Death in Timbuktu” −, on l’avait tournée là-bas. On y voyait des étrangers arriver à cheval et se mettre à tirer des coups de feu. Parmi eux, il y avait Danny Glover, Jean-Henri Roger, Elia Suleiman… Tombouctou est une ville de tolérance, une ville de rencontre. C’est cela qu’ont voulu détruire les extrémistes. »

Au départ, Sissako voulait tourner Timbuktu à Tombouctou. Et puis, les événements en ont décidé autrement, un attentat-suicide s’étant produit devant la garnison militaire. « Je me suis senti naïf. Comment avais-je pu penser que tout était fini, que l’on pouvait tourner à Tombouctou avec une équipe étrangère − dont une dizaine de Français ? Je ne voulais pas mettre en danger mon équipe, pas davantage donner aux djihadistes l’opportunité de monter une action spectaculaire. Alors, je me suis dit que cet attentat était un signe, qu’il ne fallait pas insister. Aucun film ne vaut ça. Et c’est ainsi que je suis parti tourner à Oualata, une ville à l’est de la Mauritanie. C’était pour moi un symbole très fort puisque c’est la ville de mes grands-parents paternels. Ils appartiennent à la tribu des Mhajib, ça veut dire les “enturbannés”. Ce film, c’était donc, aussi, pour moi, le retour du petit-fils parmi les siens. »
Oualata est à deux jours de piste de la capitale, Nouakchott. Il faut un guide pour s’y rendre. « Tout a été fait pour que le tournage ne soit pas trop pénible. Afin de nous protéger, l’armée mauritanienne était postée partout, jour et nuit. Plus que les enlèvements, on craignait surtout un attentat-suicide. »

Violence inouïe
La scène de lapidation qui a donné naissance au film y fait l’objet d’une leçon de morale du regard, avec un montage parallèle très sec qui déplace l’attention sur un djihadiste qui, soudain, se met à danser. A peine quelques secondes d’une violence inouïe qui, pendant longtemps, hanteront les spectateurs du film.
 
« C’était évidemment une scène très délicate à tourner et à monter. J’appartiens à un cinéma qui refuse de faire de la violence quelque chose de spectaculaire. Lorsque la violence devient un spectacle, elle se banalise. Il fallait donc à la fois prendre du recul, créer de la distance, mais aussi dénoncer. Au tout début du projet, j’avais pensé faire un documentaire et, pour montrer cette lapidation, j’imaginais insérer un petit film d’animation. Et puis, j’ai abandonné l’idée du documentaire. C’est en parlant avec Hichem Yacoubi, l’un des acteurs que j’avais choisi pour jouer dans mon film, que j’ai compris comment j’allais m’y prendre. En discutant avec lui, j’ai découvert qu’il avait fait quinze ans de danse. J’ai alors imaginé que la danse allait me donner la distance nécessaire pour montrer la lapidation. Ce montage très sec est pour moi une manière de dire : “Non, il ne faut pas voir ça. Je vous le montre mais ne regardez pas.” Après le premier coup, on peut fermer les yeux mais on ne peut que voir. »

Monstruosité et prévenance
Chaque scène du film a été mûrement réfléchie. Tout y fait sens, de l’absurdité de certaines situations (un match de football sans ballon qui se transforme en ballet ) à la sensualité de certains plans (deux collines qui forment comme l’entrecuisse d’une femme) en passant par l’ambiguïté des personnages (les bourreaux entre monstruosité et prévenance) : « Mon film raconte trois choses : les interdits, la justice, le rapport à la femme. L’interdit de la musique ? Les djihadistes traquent la musique alors même qu’ils l’aiment. Ils sont en totale contradiction avec eux-mêmes. S’agissant du football, il suffit de les entendre parler des mérites comparés de Messi et de Zidane pour le comprendre. Restait à le visualiser. »

 

Avec Timbuktu, c’est enfin la première fois que la Mauritanie se retrouve en lice pour l’Oscar du meilleur film étranger. « Lors des projections aux Etats-Unis, l’émotion est la même là-bas qu’à Paris, Nouakchott, Dakar, au Caire ou à Abou Dhabi. Sans doute parce qu’il y a là quelque chose d’universel. D’ailleurs, le film s’appelle Timbuktu et non pas Tombouctou. La prononciation anglophone permet de dépasser l’habituel débat franco-africain. Timbuktu a, je crois, toute légitimité pour concourir aux Oscars. C’est déjà une belle victoire. Après ? On verra bien… Inch Allah ! »

        Franck Nouchi Journaliste au Monde

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