L.A 2 Prêche Paneloux

 
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 Au mois de juin, on constate une recrudescence de l'épidémie. Le père Pasdeloup prononce alors un prêche qui présente la peste comme un châtiment divin et vise à faire revenir les fidèles à une foi plus ferme.

 

Il avait une voix forte, passionnée, qui portait loin, et lorsqu'il attaqua l'assistance  d'une seule phrase véhémente et martelée : « Mes frères, vous êtes dans le malheur, mes frères, vous l'avez mérité », un remous parcourut l'assistance jusqu'au parvis.

Logiquement, ce qui suivit ne semblait pas se raccorder à cet exorde pathétique. C'est la suite du discours qui fit seulement comprendre à nos concitoyens que, par un procédé oratoire habile, le Père avait donné en une seule fois, comme on assène un coup, le thème de son prêche entier. Paneloux, tout de suite après cette phrase, en effet, cita le texte de l'Exode relatif à la peste en Égypte et dit : « La première fois que ce fléau apparaît dans l'histoire, c'est pour frapper les ennemis de Dieu. Pharaon s'oppose aux desseins éternels et la peste le fait alors tomber à genoux. Depuis le début de toute histoire, le fléau de Dieu met à ses pieds les orgueilleux et les aveugles. Méditez cela et tombez à genoux. »

La pluie redoublait au dehors et cette dernière phrase, prononcée au milieu d'un silence absolu, rendu plus profond encore par le crépitement de l'averse sur les vitraux, retentit avec un tel accent que quelques auditeurs, après une seconde d'hésitation, se laissèrent glisser de leur chaise sur le prie-Dieu. D'autres crurent qu'il fallait suivre leur exemple si bien que, de proche en proche, sans un autre bruit que le craquement de quelques chaises, tout l'auditoire se trouva bientôt à genoux. Paneloux se redressa alors, respira profondément et reprit sur un ton de plus en plus accentué : « Si, aujourd'hui, la peste vous regarde, c'est que le moment de réfléchir est venu. Les justes ne peuvent craindre cela, mais les méchants ont raison de trembler. Dans l'immense grange de l'univers, le fléau implacable battra le blé humain jusqu'à ce que la paille soit séparée du grain. Il y aura plus de paille que de grain, plus d'appelés que d'élus, et ce malheur n'a pas été voulu par Dieu. Trop longtemps, ce monde a composé avec le mal, trop longtemps, il s'est reposé sur la miséricorde divine. Il suffisait du repentir, tout était permis. Et pour le repentir, chacun se sentait fort. Le moment venu, on l'éprouverait assurément. D'ici là, le plus facile était de se laisser aller, la miséricorde divine ferait le reste. Eh bien ! Cela ne pouvait durer. Dieu qui, pendant si longtemps, a penché sur les hommes de cette ville son visage de pitié, lassé d'attendre, déçu dans son éternel espoir, vient de détourner son regard. Privés de la lumière de Dieu, nous voici pour longtemps dans les ténèbres de la peste ! »

 


 

 

Introduction (Rappel) :

  • Qqs mots sur Camus
  • Qqs mots sur son œuvre
  • Qqs mots sur La Peste et la lutte contre l’absurde
  • Situation du passage : Dans le passage proposé, situé dans la 2ème partie, alors même que le fléau vient d’être déclaré et que les autorités ecclésiastiques ont organisé une semaine de prière collective, le père Paneloux cherche, à partir de l’épidémie, à éveiller ou ranimer la foi des fidèles réunis dans la cathédrale.  
  • problématique + plan

 

Plan possible :

1) Un sermon théâtralisé

a) Le choix narratif (discours direct/indirect/narrativisé)

b) L’actio

c) Un décor symbolique

 

2) Une rhétorique efficace pour défendre une vision chrétienne du monde

a) Un homme d’autorité

b) Une maîtrise   rhétorique

c) Volonté de frapper les esprits

 

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1) La théâtralisation du sermon :

a) Le choix narratif :

Le chroniqueur anonyme a choisi différents types de discours pour  rendre compte du sermon et cela contribue à lui donner une certaine vivacité et participe à sa théâtralisation.  Discours direct,  discours indirect et  discours indirect libre se mêlent.

Par ailleurs, descriptions ou   commentaires du narrateur viennent enrichir et dynamiser l’extrait.  

 

b) La mise en scène:

Le narrateur accorde une importance particulière à l’actio, c'est-à-dire la déclamation, la façon dont on fait vivre le discours. Sa voix est « forte, passionnée » et  porte loin. Effet impressionnant sur l’auditoire. Le père Paneloux sait modifier l’intensité de la voix pour ménager des effets : les indications font penser à des indications scéniques : « Paneloux se redressa alors, respira profondément et reprit sur un ton de plus en plus accentué ».

Des éléments naturels accroissent. Ainsi, les conditions météorologiques renforcent l’efficacité du prêche. La pluie scande les idées fortes du prêtre : « la pluie redoublait dehors », « retenti ». Elle peut être perçue comme une manifestation  divine. La pluie peut être associé au déluge . Il y a une simultanéité entre la force du discours  … « tombez à genoux. » et en même temps, dehors, « La pluie redoublait au dehors et cette dernière phrase, prononcée au milieu d'un silence absolu, rendu plus profond encore par le crépitement de l'averse sur les vitraux, retentit… ». À croire que Dieu donne un petit coup de main à Paneloux. La volonté de Paneloux et celle de Dieu se rejoignent et les fidèles, impressionnés et terrorisés se retrouvent à genoux ! Ainsi le décor possède  une fonction ou une valeur symbolique, les circonstances, le lieu et le temps impose de ce fait la gravité de la scène et des évènements.

 

 2) Une rhétorique efficace :

a) Un homme d’autorité :

Le père Paneloux développe une rhétorique particulièrement efficace dans le but de convertir les fidèles, ou de réveiller leur foi à partir de son prêche. Si le prêche est efficace, c’est avant tout parce que c’est un discours d’autorité. C’est un discours codifié et adressé à des fidèles. L’orateur y occupe une place dominante à la fois sur le plan matériel puisqu’il est placé en hauteur, sur le plan spirituel puisqu’il représente Dieu et également sur le plan culturel. Le père Paneloux est reconnu comme le détenteur d’un pouvoir, d’un savoir théologique. Il possède un savoir théologique en lien avec dieu et la religion. L’utilisation des modalités impératives comme « Méditez cela et tombez à genou » ou encore l’usage du présent de vérité générale confirme l’autorité de l’homme. Le ton qui se dégage du discours est dogmatique.

 

Jésuite, Paneloux  maîtrise l’art du discours. Dans son sermon on  retrouve là de bien parler des rhétoriqueurs.    Paneloux suit l’organisation du discours rhétorique ( exorde,/narration/confirmation/ péroraison)(voir fiche sur la rhétorique) 

Son discours est organisé en trois étapes :

  1. 1.     L'exorde

Il annonce le thème du prêche. La peste est présentée comme une punition dans une formule courte et frappante. Impressionner l'auditoire : « Mes frères, vous êtes dans le malheur, mes frères, vous l'avez mérité »

  Paneloux fait ensuite référence à un passage de la Bible (de l'exode). Cet argument fonctionne comme un argument d'autorité : l'Égypte a été frappée par la peste à cause de l'attitude de Pharaon. Pour Paneloux, la leçon c'est que les fidèles doivent se soumettre à Dieu.

  Demande de repentir qui se clôt sur une péroraison très forte.

« Privés de la lumière de Dieu, nous voilà pour longtemps dans les ténèbres de la peste ». Le prêche s'achève donc sur une phrase qui veut impressionner, à faire peur pour que les fidèles se tournent vers Dieu. Les exemples arguments confirment la thèse initial : la peste frappe les ennemis de Dieu. Elle distingue les bons et les méchants. Dieu s’est détourné des Oranais car ils se sont détournés de lui.

     Le discours débute par l'anaphore de l’apostrophe aux fidèles « mes frères ».

  • Il personnifie la peste « la peste vous regarde » : effet de renforcement de la menace qui pèse sur la ville et ses habitants
  • le mot « fléau » est employé plusieurs fois ; d'abord dans son sens de « maladie » puis dans une métaphore file où le monde est « une grange », les hommes sont « le blé humain » et son poste qui va trier les bons et les mauvais comme on fait pour le grain : « il y aura plus de paille que de grain, plus d'appelés que d’élus ». Si encore il s'agit d'impressionner l'auditoire.
  • Antithèse dans la dernière phrase : entre « lumière de Dieu » perdue  et la condamnation aux « ténèbres » de la peste.

Le discours de Paneloux peut donc paraître comme convaincant et persuasif. Le narrateur le signal « un procédé oratoire habile », expression dans laquelle on peut voir une légère ironie puisque les images utilisées par Paneloux sont conventionnelles et attendues.

 

c) volonté de frapper les esprits, de provoquer la crainte de Dieu :

A travers ce discours, le père Paneloux développe sa vision du monde, une vision chrétienne fasse au fléau. Effectivement il croit en la création divine et en son créateur. C’est Dieu qui scande le sermon. « Le fléau de Dieu » et « le malheur n’a pas été voulu par Dieu » montre que Dieu est présent. Il croit en une justice divine selon laquelle les bons et les justes seraient sauvés et non les méchants. Le monde s’oppose entre le bien et le mal.

Pour Paneloux la peste est considérée comme un « fléau » envoyé par Dieu pour punir les pêcheurs, « ennemi de Dieu » ; « vous l'avez mérité », « le fléau de Dieu met à ses pieds les orgueilleux et les aveugles ». Pour lui, ce châtiment divin pour les faire réfléchir « méditez cela » et les mener au repentir.

Il demande aux fidèles une attitude de soumission envers Dieu « tombez à genoux »

Ainsi cherche t-il à frapper les esprits en adoptant un raisonnement inductif par exemple « la première fois que ce fléau apparaît dans l’histoire » = Cas particulier.

« Depuis le début de l’histoire, le fléau de Dieu met à ses pieds les orgueilleux et les aveugles » = Cas de généralisation = raisonnement inductif.   Il cherche à culpabiliser les fidèles. Oppositions du « vous » et du « nous ». Paneloux les accuse et les terrifie. Il y a également le lexique de la mort, du malheur qui s’oppose avec celui de la lumière et du divin par antithèses. Il s’agit de faire réagir l’auditoire en le culpabilisant et en le terrifiant. L’effet produit est immédiat, les fidèles ont peur et ils tombent réellement à genou. le narrateur/chroniqueur n’adhère pas à cette vision du monde, on le remarque à trois interventions : « 

  Conclusion (à faire)

Ce discours relève donc du genre démonstratif puisqu'il blâme les hommes et traite de la question du bien du mal


CARTE XMIND L.A 2 

L a 2 la peste 1 preche de panelouxL a 2 la peste 1 preche de paneloux (91.51 Ko)


 

 CARTE XMIND : Rhétorique et genres de l'éloquence

RhethoriqueRhethorique (64.27 Ko)

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