La Peste (O;I)

Un auteur, une époque…  

En 1913, le monde est à la veille de la 1° guerre mondiale  (1914-1918). L’Europe et ses empires coloniaux domine le monde. L’Algérie, colonisée à partir de 1830,  est un département français.
En 1917, la Russie tsariste devient la République Socialiste Soviétique

1918 : L’Europe se relève d’une guerre terrible. L’Allemagne est perdante et lourdement condamnée et humiliée par le Traité de Versailles. L’abomination de cette guerre engendrera   la naissance de mouvements artistiques  et littéraires  féconds: le Surréalisme , l’Expressionnisme…

Les années 30 voit la montée des fascismes en Europe : Mussolini en Italie, Franco en Espagne et Hitler en Allemagne. Nationalismes, antisémitisme et crises diverses annoncent une période noire.

La 2° guerre mondiale éclate en 1939. Elle va mettre le monde à feu et à sang pendant 5 ans. Les hommes vont découvrir l’horreur de la barbarie nazie. En 1945, avec le bombardement d’Hiroshima et de  Nagasaki,  ils découvrent  la puissance inégalée de l’atome. Désormais, l'homme a le pouvoir de s’autodétruire.

 Affaiblie par la guerre, la puissante Europe voit son empire colonial se disloquer. Les décolonisations se succèdent de façon plus ou moins sanglante. Dès 1945, des troubles graves annoncent la guerre d’Algérie  (1954 – 1962).




Albert Camus : Biographie

Albert Camus est un écrivain du XXe siècle. Philosophe, journaliste, il est aussi dramaturge et romancier.

Jeunesse…

Camus est né le 7 novembre 1913 en Algérie, à Mondovi. Il est issu d'une famille très modeste.   L’un de ses instituteurs, Monsieur Germain,  le remarque. Cela changera sa vie.Alors qu’il fait des études de philosophie, il est atteint de tuberculose à 17 ans. Curieusement, cette maladie dont on pense qu'il ne se relèvera pas, lui permettra d’écrire.

 

Premiers engagements

  • En 1933, après l’accession d’Hitler au pouvoir, il adhère à un mouvement antifasciste. Il milite au parti communiste, mais le quitte en 1937.
  • En 1936 il est engagé comme acteur dans la troupe théâtrale de radio Alger.
  • En 1938 il est journaliste à Alger Républicain.
 

Les années de guerre

  • En 1940, il quitte Alger et s’installe dans la région de Lyon où il commence la rédaction de L’Etranger. Il s’engage dans le réseau de résistance « Combat »
  • 1942, il publie L’Etranger et Le Mythe de Sisyphe. Il rencontre le philosophe Jean-Paul Sartre. Et dirige le journal Combat. 
  • 1944 Publication de Caligula, pièce en 4 actes commencée en 1938.

Les années de maturité

  • 1947 : il publie La Peste qui est un très grand succès.
  • 1949 : Les Justes une pièce interprétée par Maria Casarès qui obtient un très grand succès.
  • 1951 il publie L’Homme révolté.  il rompt avec Jean-Paul Sartre
  • 1956 : voyage en Algérie pour proposer une solution de compromis dans le conflit qui nait et mènera à la guerre. La même année il publie La Chute.
  • 1957 : il publie Réflexion sur la guillotine où il prend position contre la peine de mort.
  • La même année, il obtient le Prix Nobel de Littérature qu’il dédie à son ancien  instituteur, Monsieur Germain.

La mort

À partir de 1959, il envisage de prendre la direction d’un théâtre. Mais le 4 janvier 1960, il se tue dans un accident de la route.

 

L’oeuvre de Camus

 À l’intérieur de son œuvre, Camus distingue des cycles. Chaque cycle est constitué d’un essai philosophique, de récits ou romans et de pièces de théâtre.

Camus identifie ainsi clairement un cycle de l’absurde et un cycle de la révolte, étroitement liés l’un à l’autre dans sa pensée.  

L’Envers et l’Endroit est un recueil de cinq essais publié en 1937 chez Charlot (Alger). À partir d’expériences décisives, dont plusieurs sont rattachées à son enfance, Camus médite sur « l’amour de vivre » et « le désespoir de vivre », les deux faces indissociables de l’expérience humaine. L’ouvrage, à dominante autobiographique, insiste sur le personnage de la mère, sur la pauvreté et la beauté violente de l’Algérie. Dans la préface de sa réédition (1958), Camus affirme qu’il est la source de toute son œuvre : il n’a cessé de vouloir le réécrire, ce qu’il fait avec Le Premier Homme.

Noces est un recueil de quatre essais publié en 1939 chez Charlot (Alger). Camus y célèbre avec lyrisme les paysages d’Algérie qu’il préfère (Tipasa, Djémila, Alger) ; il les met en rapport avec ceux de la Toscane, découverts lors d’un voyage en 1937. Ce recueil, qui célèbre les « noces » de l’homme et du monde, est en même temps une méditation sur le tragique de l’existence face à la beauté solaire du monde.

Le cycle de l’absurde

L’Absurde est ce sentiment qui provient de la « confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde » : dans un monde sans Dieu ou qui n’y croit plus, les hommes se désespèrent de ne plus pouvoir donner un sens supérieur à leur existence. Ils tentent d’expliquer leur destinée par la Raison ou la Science mais la mort vient réduire à néant leurs efforts et marque du sceau de l’absurdité toutes leurs actions. « À quoi bon ? » est la phrase qui résonne à chaque fois qu’il faut agir, résister, aimer ou vivre. Sans Dieu ou valeur supérieure pour les justifier, les hommes sont condamnés à vivre sans but qui leur survive dans un monde muet : c’est l’Absurde.

Le Mythe de Sisyphe (1942) est un essai philosophique. Constatant que la question philosophique majeure du siècle est le suicide comme réponse à l’absurde, Camus analyse diverses autres manières de lui faire face (et non de l’annuler comme le font de nombreuses philosophies) : le don juanisme, la comédie, la conquête, la création artistique... L’essai s’achève sur l’étude du personnage de Sisyphe, condamné par les dieux à pousser éternellement un rocher qui retombe sans cesse. Camus en fait le symbole de l’homme moderne qui, conscient de son destin, l’assume en faisant de sa condamnation une affirmation de sa liberté.

L’Étranger (1942) est un récit. Le «héros», Meursault, y est condamné à mort moins pour avoir assassiné un Arabe, sur une plage proche d’Alger, que pour n’avoir pas respecté les conventions sociales : il n’a pas pleuré à l’enterrement de sa mère et a eu, le lendemain, une «aventure amoureuse. Meursault, qui jouit de la vie au présent, peine à exprimer ses sentiments. Ayant accepté l’absurdité de l’existence, il paie de sa vie son refus de jouer la comédie.

Caligula (1944) est une pièce de théâtre. Elle raconte le basculement du jeune empereur romain dans la démesure après la mort de sa sœur adorée, Drusilla. Découvrant que « les hommes meurent et qu’ils ne sont pas heureux », il fait régner la terreur sur son entourage et sur son peuple.

Le Malentendu (1944) est une pièce de théâtre. Une mère et sa fille, Martha, tiennent une auberge dans un pays froid et hostile. Elles assassinent leurs clients de passage pour les détrousser, afin d’aller habiter un jour sur des rivages ensoleillés.  

Le cycle de la Révolte

La révélation de l’absurdité de l’existence peut conduire au suicide, au nihilisme (ne plus croire en rien, s’abandonner au désespoir ou déchaîner sa volonté de puissance) ou au refus de l’injustice et à la révolte. Celle-ci est définie dans L’Homme révolté comme l’acte individuel mais généreux de refuser l’intolérable. En disant non, l’homme définit des valeurs morales qu’il estime valables pour toute la communauté humaine : « Je me révolte donc nous sommes » ; et il constitue cette communauté. Camus restera fidèle à cette conception de la révolte dans tous ses engagements, contre les injustices, le totalitarisme et le meurtre généralisé.

La Peste (1947) est un roman. Se présentant sous la forme d’une chronique du docteur Rieux, il retrace les événements qui se sont déroulés à Oran lors d’une épidémie de peste qui a amené les autorités à mettre la ville en quarantaine. Allégorie de la guerre et du Mal, la peste révèle la lâcheté des uns et le courage des autres. Lucide sur la nature humaine, Camus n’en insiste pas moins sur les valeurs de solidarité et de générosité qui guident désormais les héros ordinaires d’un monde sans Dieu.

Les Justes (1949) est une pièce de théâtre. S’inspirant de faits réels, elle relate l’assassinat du Grand Duc Serge de Russie en 1905 par un groupe de terroristes révolutionnaires. Une première fois Kaliayev renonce à lancer la bombe sur le carrosse du tyran, qui seul concrétise l’oppression, car celui-ci était accompagné de ses deux jeunes neveux. Il débat ensuite avec ses compagnons de la légitimité du meurtre d’enfants innocents au nom de l’efficacité de l’action politique. La fin justifie-t-elle les moyens ? Fidèle jusqu’au bout à l’amour qu’il porte à ses amis et à ses convictions morales, Kaliayev assassine le Grand Duc tout en acceptant, une fois arrêté, d’être exécuté pour son crime.

L’Homme révolté (1951) est un essai philosophique. Placée sous le signe de Prométhée qui se révolte contre les dieux en leur volant le feu pour le donner aux hommes. La révolte est définie comme un refus individuel de l’injustice qui s’effectue au nom de valeurs collectives. L’essai affirme que l’esprit généreux de la révolte a été historiquement trahi dans la révolution, particulièrement dans le système soviétique.  Une longue et douloureuse polémique, avec notamment Breton et Sartre, suivra la publication de l’essai.

 

Un troisième cycle ?

Après les figures de Sisyphe et de Prométhée, Camus remet au premier plan l’amour – qui irriguait toute son œuvre depuis Noces. Ses Carnets abondent en projets philosophiques qu’il ne développe pas et en esquisses théâtrales  

La Chute (1956) est un récit  centré sur la question de la justice et de la culpabilité .

L’Exil et le Royaume (1957) est un recueil de six nouvelles. Les cinq premières nouvelles qui se déroulent en Algérie ou en Europe semblent consacrer la tragédie de l’incommunicabilité des êtres et la solitude à laquelle ils sont condamnés faute de trouver les mots qui unissent et réparent leurs blessures.  

Le Premier Homme est le roman inachevé que Camus était en train d’écrire au moment de sa mort. Il fut publié à titre posthume en 1994. À dominante autobiographique, il raconte la quête du passé que mène Jacques Cormery, transposition romanesque d’Albert Camus : l’histoire de son père, qu’il n’a pas connu, celle de sa famille en Algérie ainsi que sa propre enfance.  

Toute l’œuvre donne finalement à voir l’espoir d’un horizon. La question de l’absurde ouvre certes sur celle du suicide mais surtout sur les raisons de survivre. « Il n’y a pas soleil sans ombre, et il faut connaître la nuit. » La pensée du tragique débouche chez Camus non sur le bonheur mais sur la mer « qui roule ses chiens blancs » et sur « l’Océan de métal bouillant ».

Sur le visage de Sisyphe qui descend vers son fardeau se dessine le sourire de la liberté. L’Homme révolté s’achève sur la pensée de midi : « Nous portons tous en nous nos bagnes, nos crimes et nos ravages. Mais notre tâche n’est pas de les déchaîner à travers le monde ; elle est de les combattre en nous-mêmes et dans les autres. »

Philosophe, il a affirmé que « la liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu’exaltante » et que les lois de l’esprit sont plus fortes que celles de l’histoire ou de ses avatars modernes. Homme enfin, il nous rappelle que, si nous ne sommes jamais totalement innocents et portons chacun notre peste, un homme est « celui qui s’empêche » et fixe des limites devant l’horreur et le mensonge. 


 

LA PESTE

La Peste entre dans  une réflexion sur l’humanisme au XXe  siècle.

Albert Camus se situe au carrefour de grandes questions qui ont tourmenté ses contemporains : l’origine et l’absurdité du mal, la responsabilité de l’homme dans la Cité.  Loin d’être un apologue* simpliste, le roman permet de s’interroger, grâce au détour que permet la fiction,sur les liens entre réel et allégorie, réalisme et poésie.

 


 

Les origines de La Peste

La Peste est publiée en 1947

A l’origine, il y a la lecture de Moby Dick de Melville : la poursuite de la baleine blanche qui pour Camus est l’incarnation mythique de la lutte de l’homme contre le mal.

 Autre source de La Peste : une épidémie de typhus qui a sévi  en Algérie en 1941-1942

 Mais lorsque l'œuvre paraît en 1947, l’analogie entre la peste et l’occupation nazie en France est évidente. Camus dira : « je veux exprimer au moyen de la peste l’étouffement dont nous avons souffert et l’atmosphère de menaces et d'exil où nous avons vécu » Carnets

Mais le vrai sujet de La Peste, ce n’est pas l’Histoire. C'est le drame de la condition humaine confrontée à l’absurdité du destin.

 


 

Le contexte de La Peste

Orphelin d’un père mort au début de la Grande Guerre  , Camus est marqué au plus près par le dénouement tragique de la guerre d’Espagne (1936) et épouvanté par l’essor des totalitarismes qui entraîne la Seconde Guerre mondiale. Révolté par Hiroshima et horrifié par la découverte du génocide des Juifs  , Camus qualifie son siècle de « siècle de la peur » et s’engage sur tous les fronts en tant qu’intellectuel résistant et journaliste  .

Le déchaînement des idéologies, la guerre, l’Occupation, la collaboration, les massacres de masse et les génocides peuvent être représentés par la peste. L’enfermement en est une conséquence. Camus fait ainsi allusion aux catastrophes du siècle. Mais son roman ne se limite pas à cela. 

La deuxième guerre mondiale et ses horreurs a fait prendre conscience à l'homme de l’absurdité du monde. Camus l’exprime dans  L’Etranger, Le Mythe de Sisyphe et Caligula. Mais avec La Peste, Camus passe de l’absurde à la solidarité : le monde n’est pas à comprendre, il est à améliorer.

La Peste annonce une évolution essentielle vers l’humanisme et la fraternité, seules morales acceptables.

 


 

Le genre de l’oeuvre :

 

Un roman entre chronique réaliste et récit mythique

Le genre de la chronique est très ancien. Il existait avant l’utilisation du terme (au MoyenÂge). Il s’agit de relater l’histoire en privilégiant l’ordre chronologique.

D’où son application ensuite aux récits et romans historiques, ou embrassant une période de l’Histoire comme la série des Rougon-Macquart, et par ailleurs aux articles d’actualité attribués à certains journalistes habitués à suivre certains sujets.

La chronique est classiquement différenciée de l’histoire interprétative, en ce qu’elle n’insiste pas nécessairement sur les causes : elle consiste surtout à enregistrer les faits, avec une attention particulière aux témoignages  .

 la chronique moderne – et en particulier celle de Rieux, est laïcisée. Le narrateur Rieux présente son récit comme une« chronique », établissant un pacte de lecture dès les premières lignes.

À la fin du roman, il utilise de nouveau le terme (Folio, p. 273) en le reliant à une attitude de « témoin objectif »,« témoin fidèle » rapportant dans un récit à la troisième personne « les actes, les documents et les rumeurs », impliquant un retrait de soi devant la scène de l’Histoire.

Le protocole de la chronique relève du choix romanesque (fait par Camus) et explique pourquoi La Peste ne peut devenir un mythe à part entière, le roman restant ancré dans un monde à mesure d’homme.


 

Le titre de l’oeuvre

À l'origine le titre était Les Exilés dans la peste. La simplification du choix définitif montre la portée plus abstraite et plus universelle que Camus veut donner à son œuvre. Ce titre rappelle les grandes réflexions des romans de Malraux La Condition humaine (1933) ou de Sartre avec La Nausée (1945)

Dans la mémoire collective, les ravages de la peste appartiennent à l’histoire. Mythologique d’abord, puisque dans Oedipe-Roi, Sophocle évoque la peste de Thèbes.    Selon l’oracle,  la peste est une punition car la ville   n’a pas vengé son roi.

Mais la référence peut aussi être historique :  la peste d'Athènes de 430 dans la guerre du Péloponnèse de Thucydides


 

Intentions de l’oeuvre

Deuxième récit de Camus, sans doute le plus connu après L’Etranger, La Peste paraît le 10 juin 1947 aux éditions Gallimard et connaît un succès immédiat couronné par le Prix des Critiques.

Dès sa conception, la peste représente l’allégorie de la guerre, « la peste brune ». Oran sous le fléau renvoie à la France occupée. L’aspect collectif de l’épidémie va induire des réactions individuelles.

Mais cette attitude dépasse le fléau et se généralise à une lutte contre le mal en général. La confrontation avec « l’abstraction » impose une attitude, fonde une morale de la solidarité qui conduit à résister, comme le déclare Rieux : « Il faut être fou, lâche ou aveugle pour se résigner à la peste». Ce sera une règle de vie. 

La Peste marque donc dans l’œuvre de Camus le passage de l’absurde à la solidarité, de l’individuel au collectif.

Thèmes et personnages illustrent les convictions de l’écrivain et de l’homme, convictions qu’il réaffirmera ensuite, en particulier à Stockholm lorsqu’il recevra le Prix Nobel* : revendication de justice, de liberté, de dignité humaine, goût du bonheur défendu par Rambert et approuvé par Rieux, refus de la terreur et du meurtre, en particulier à travers les confidences de Tarrou. Confronté à la peine de mort, l’ami de Rieux, une des dernières victimes du fléau, décide de ne plus légitimer aucun homicide, même si et peut-être parce qu’il a participé à toutes les luttes de son époque. Car le roman se veut un  témoignage, comme l’affirme le narrateur au début.

Tout comme Camus, Tarrou et tous ceux qui rejoindront les formations sanitaires refuseront d’être des « salauds ».

Une méditation sur la condition humaine

Histoire d’une maladie, maladie de l’Histoire, La Peste est aussi une méditation sur la condition humaine .

Même si les personnages sont mus par un formidable élan de solidarité qui conduit à ne pas désespérer de l’homme, ce récit dont les femmes et les paysages sont singulièrement absents, où le bonheur reste une tension douloureuse à jamais incarnée par le journaliste Rambert, s’achève sur un appel à la vigilance de Rieux qui « savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse».

 

 

Peste

Le mot "peste" vient du latin pestis qui signifie, sans forcément parler de maladie, fléau, source de malheur. Ce mot a donc été utilisé pour désigner de nombreuses épidémies depuis l'Antiquité, même si celles-ci n'étaient pas "la" Peste  comme on la conçoit aujourd'hui.  

La Peste est due à une bactérie appelée Yersinia Pestis. Cet organisme est transporté par les puces des rats, et est transmis par leur morsure. La transmission peut aussi se faire par voie respiratoire interhumaine.


 


 

L’allégorie

L’allégorie est fondamentalement une image, reposant sur le mécanisme de l’analogie*.

Elle transpose une idée, un principe, en lui donnant une forme  concrète.L’allégorie (<alla-ègorein  : « dire autre chose »)est une figure qui  demande un travail d’interprétation,elle joue sur au moins deux sens d’un même texte : le sens littéral, toujours compréhensible,qui voile le sens figuré, à vocation morale ou spirituelle.

Dans un texte, la figure de l’allégorie rend visible une abstraction, souvent à l’aide de personnifications (avec parfois des attributs codés, ex. : la balance de la justice). 

Ici, la maladie est représentée comme un cadavre juché sur un dragon, la faux de la Mort à la main. Les orbites creuses traduisent l’aveuglement du mal qui frappe n’importe où. Elle frappe une ville  entière (représentée métonymiquement par sa rue) : la peste est une épidémie liée à l’histoire et à l’imaginaire du Moyen Âge, comme ici. La vision d’épouvante allie à la transposition allégorique un pathos  très fort.

Dans La Peste , le fléau peut matérialiser le mal historique des idéologies, ou la guerre, (l’occupation) ou la question sans réponse du mal que l’humanité doit subir. La portée peut donc être historique (représentation de l’Histoire récente sous la forme d’une fiction, ce qui peut en plus faire jouer un effet de catharsis  pour ceux qui sortent de la seconde guerre mondiale), morale (que doit-on faire face aux catastrophes ?) ou métaphysique (qu’est-ce qui donne un sens à la vie de l’homme ? Pourquoi est-il si attaché à la conservation de son être ?). 

  Ci-contre :Arnold Böcklin (1827 - 1901), La Peste, 1898 (Symbolisme)

Les allégories célèbres

 Difficile…Il y en a des milliers !

 

Le Printemps

La naissance de Vénus », Sandro Botticelli  

La Justice

Allégorie de la Justice et du droit : Thémis déesse grecque, fille d'Ouranos et de Gaïa  représente la Justice immanente et l'ordre établi Elle est généralement représentée avec une épée ou un glaive à la main, symbole du châtiment, une balance dans l’autre, pour l'équilibre qu'elle maintient, et les yeux bandés en signe d’impartialité. (Dans la mythologie romaine est Justitia.)

La Mort…

La Liberté… (Célèbre tableau de Delacroix)

 

Résumé de La Peste

La Peste évoque, sous la forme d'une chronique  les curieux évènements (fictifs) survenus à Oran au début des années 1940 (l’année exacte n’est pas donnée).

Première partie

Tout commence un jour d'avril 1940 lorsque le docteur Bernard Rieux bute sur un rat mort en sortant de chez lui. Après avoir conduit sa femme à la gare (elle doit quitter la ville pour se faire soigner), Rieux commence ses visites. Les jours suivants, en parlant avec ses patients, ses collègues (le docteur Richard, entre autres) et ses voisins, il réalise que les rats envahissent la ville et viennent mourir au grand jour. Un coup de téléphone d'un ancien patient, Joseph Grand, l'amène à rencontrer un certain Cottard (un représentant commercial, voisin de Grand) : l'homme a essayé de se pendre et panique à l'idée de devoir s'entretenir avec le commissaire de police. Rieux le rassure et reprend sa tournée.

L'hécatombe des rats se poursuit et s'amplifie jusqu'à la fin du mois. Elle cesse alors brutalement, mais Rieux constate que certains patients (dont M. Michel, son concierge) sont atteints d'un mal étrange qui les emporte en quelques jours. Les cas se multiplient, les autorités tardent à réagir et la ville toute entière est en fièvre. L'épidémie prend de l'ampleur et Rieux doit se rendre à l'évidence : la peste décime les Oranais. Il alerte alors le préfet. De timides mesures   sont prises (les autorités ne veulent pas effrayer la population), mais restent insuffisantes.

 

Deuxième partie

La fermeture des portes de la ville marque le début d'un « long temps d'exil » (p.71) qui modifie peu à peu le comportement des habitants. Certains font preuve de solidarité et tentent de lutter contre le fléau, à l'image du docteur Rieux qui se tue à la tâche et refuse de baisser les bras. Jean Tarrou (un rentier aisé dont le narrateur a recueilli le témoignage) se met au service de Rieux et prend part aux formations sanitaires mises en place par la ville. Raymond Rambert, un journaliste parisien séparé de sa compagne, l'imite quand il comprend qu'il ne peut bénéficier des rares mesures d'exception qui lui permettraient de quitter la ville. Joseph Grand, employé à la mairie, accepte aussi de donner de son temps libre pour coordonner les efforts des médecins et des bénévoles D'autres cependant sont plus réticents à apporter leur soutien. Cottard, qui trouve une étrange satisfaction dans le malheur de ses concitoyens, profite même de la situation en faisant de la contrebande. De son côté, le père Paneloux tente de donner un sens au fléau lors d'un prêche à la cathédrale : la peste est pour lui un avertissement de Dieu. Rieux n'y croit pas. Épuisé, le docteur continue stoïquement sa lutte.

 

Troisième partie

Durant l'été, l'épidémie s'amplifie et la mort se banalise : on fait disparaitre les cadavres à la hâte et on abat ceux qui tentent de fuir la ville. La douleur aigüe cède la place à l'abattement et les gens se résignent à vivre au présent, sans espoir et sans mémoire. L'amour déserte le coeur des habitants.

La peste apparait comme un fléau monotone qui ne laisse pas de place à l'héroïsme : « un interminable piétinement qui écras[e] tout sur son passage » .

Quatrième partie

L'automne arrive et les morts se succèdent. Rieux devient indifférent à la souffrance qui s'étale quotidiennement sous ses yeux, mais il n'abandonne pas son combat pour autant. L'agonie, puis le décès d'un innocent (le jeune fils du juge Othon) le révoltent. Le père Paneloux s'efforce d'y voir la volonté de Dieu. Rieux s'emporte, puis s'excuse et reconnait qu'ils doivent travailler ensemble. Mais, quelques jours plus tard, après un prêche empreint de doute, le père Paneloux meurt sans avoir consulté de médecin et sans qu'on puisse affirmer que c'est la peste qui l'a emporté.

Durant cette période, Rieux se confie un peu à ceux qui l'entourent. Il parle de sa femme (dont il reçoit des nouvelles lacunaires par télégramme) à Grand et il discute ouvertement du bonheur égoïste qu'est l'amour avec Rambert, à qui il ne peut reprocher de vouloir quitter la ville. Celui-ci renonce d'ailleurs à son projet : s'il n'y a pas de honte à préférer le bonheur, « il peut y avoir de la honte à être heureux tout seul » (p.208). Cottard n'en éprouve pourtant pas. Il continue à faire des affaires et semble se réjouir de n'être plus le seul à souffrir.

À la Toussaint, peu après la mort du docteur Richard (dont l'optimisme naïf n'a pas suffi à enrayer l'épidémie), Tarrou gagne l'affection de Rieux et lui fait part de ses réflexions : il lui demande s'il croit qu'il est possible d'être « un saint sans Dieu » (p.253). Le docteur rétorque qu'il n'a que faire de l'héroïsme ou de la sainteté et qu'il essaie juste d'être un homme. Les deux hommes échappent quelques instants à la peste et à l'absurdité de leur lutte en prenant un vivifiant bain de mer. À Noël, Grand tombe malade, mais il ne succombe pas. L'hiver semble faire reculer le fléau ; les rats réapparaissent, vivants.

Cinquième partie

À la mi-janvier, l'espoir renait, mais certains meurent encore au milieu de l'allégresse générale : le juge Othon, puis Tarrou, que Rieux avait recueilli chez lui pour tenter de le sauver. Le lendemain, le docteur apprend la mort de sa femme par télégramme. En février, la ville ouvre à nouveau ses portes et Rambert retrouve sa compagne. Cottard, qui a vainement essayé d'échapper à la police (on ignore d'ailleurs toujours le motif de sa culpabilité), se met à tirer sur la foule depuis la fenêtre de son appartement. Il est finalement arrêté sous les yeux de Grand (guéri) et de Rieux.

Le narrateur se dévoile à la fin du récit : il n'est autre que le docteur Rieux lui-même, témoin privilégié de cette lutte des hommes contre le mal. Alors que la ville festoie et s'empresse d'oublier les tragiques évènements qui se sont abattus sur elle, Rieux médite seul du haut d'une terrasse : le bacille de la peste ne disparait jamais complètement, le bonheur des hommes est toujours menacé.

 http://education.francetv.fr/litterature/premiere/video/la-ville-d-oran-dans-la-peste-d-albert-camus


 

Les symboles de La Peste

Peste et occupation

Le moment de l’écriture (fin 1940 – printemps 1942) et de publication (1947) de l'oeuvre invitent à considérer La Peste comme renvoyant à la guerre. La Seconde Guerre mondiale a en effet bouleversé les mentalités et la vie de chacun. Les intellectuels et les écrivains ont donc tenté de comprendre l'évènement et se sont donnés pour tâche de prendre parti, de « s'engager » politiquement (l'engagement signifie moins l'adhésion à un parti politique précis que la défense d'une position politique claire). De vifs débats (auxquels Camus a participé) ont eu lieu dans et hors du domaine littéraire.

Des points de comparaison significatifs entre la peste et la Seconde Guerre mondiale sont établis dans le roman :

• Le contexte de l’histoire (Oran dans les années 1940). Cette date est suffisamment importante dans l'histoire de l'humanité pour que la référence à la guerre soit claire. Oran est rapidement présentée comme une « ville fermée » (elle s'est construite en tournant le dos à la mer et ses portes sont condamnées dès la fin de la première partie) envahie par les rats puis par la maladie (le roman insiste sur le terme « invasion » : p.21, p.72). Cette situation fait ainsi référence à la France occupée par l'armée nazie, qu'on appelait d'ailleurs « la peste brune » (en raison de la couleur des uniformes allemands).

Le narrateur insiste aussi sur la parenté générale entre les deux fléaux :

• « Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent toujours les gens aussi dépourvus » (p.42). Leurs conséquences sont d'ailleurs semblables : séparation des familles et des couples, fin du libre passage, population décimée, nivellement social, méfiance généralisée, etc.

Le texte utilise de nombreux termes du lexique guerrier : « vie de prisonniers » (p.77, p.112), « interminable défaite » (p.131), etc.

Suivant cette interprétation, les efforts du docteur Rieux et de ses amis font référence à la Résistance en France sous l'occupation allemande.

 

De nombreux éléments font référence à la vie quotidienne sous l'occupation.

  • échange difficile voire impossible avec la zone libre
  •  instauration d'un couvre-feu par les autorités
  • fil devant le magasin qui s'allonge à cause de la mise en place du rationnement est mis en place d'un marché noir
  •   évocation des camps de concentration et d'extermination puisque les autorités mettent en place « un camp d'isolement » dans un stade (rafle du Vel' d'Hiv' ?)
  • Certains quartiers sont isolés parce qu'ils sont trop contaminés (le ghetto juif)
  • « les fours crématoires » dans l'avant-dernier chapitre où il est fait mention de « ce peuple abasourdi donc tous les jours une partie, entassés dans la gueule d'un four, s'évaporer en fumée grâce »
  • et pour finir l'époque de la libération : les portes s'ouvrent, on organise de « grandes réjouissances », des trains arrivent pour amener les personnes qui avaient été séparées de leurs familles par la maladie

Peste et punition divine

Dans ses prêches, le père Paneloux compare la situation d'Oran à des évènements similaires de la Bible : le déluge, Sodome et Gomorrhe, les dix plaies d'Égypte et l'histoire de Job (pp.98- 101). Le narrateur fait parfois écho à cette interprétation : il évoque notamment les « pluies diluviennes » qui s'abattent surOran au début de l'épidémie (p.36).

Mais le docteur Rieux réfute le point de vue du père Paneloux : quel Dieu pourrait en effet ôter la vie d'un enfant innocent (le fils du juge Othon) ? Cet argument ébranle Paneloux dans sa foi : après un second prêche hésitant, il tombe malade et meurt rapidement. Sa mort peut symboliser l'échec de sa lecture du fléau.

 

 

Peste et culpabilité humaine ?

Jean Tarrou envisage la peste comme une sorte de péché originel, mais d'un point de vue laïque. Ce personnage se réclame en effet de l'athéisme.

Déçu par la justice, puis par la lutte révolutionnaire parce que l’un et l’autre amènent à justifier l’assassinat au nom d’un idéal supérieur, Tarrou finit par étendre cette culpabilité à l’humanité entière. Pour lui, chaque être humain participe de près ou de loin à des sociétés qui justifient la mise à mort.

Conscient de cette culpabilité originelle, Tarrou estime que la seule chose que l'homme puisse faire pour échapper à la honte d'être un pestiféré, c'est « (...) de refuser tout ce qui, de près ou de loin, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, fait mourir oujustifie qu'on fasse mourir » (p.251). Mais il sait pertinemment que cette position n'est qu'idéale.

 

La peste comme allégorie du Mal

La peste peut aussi être vue comme étant au-dessus des maux particuliers : elle est alors allégorie du Mal en général, car « la souffrance de l'homme dépasse les contingences de l'Histoire »1.

Selon cette lecture, la peste apparait comme un élément constitutif de la condition humaine. L'un des principaux visages de ce fléau, pour le narrateur, est l'absence de solidarité entre les hommes. Rieux (surtout) et ses amis font ainsi figure d'exception : malgré le nivellement social et malgré le désespoir croissant qui pousse à un certain héroïsme, la plupart des Oranais restent méfiants et préfèrent se replier égoïstement sur eux-mêmes plutôt que de participer à la lutte collective. Le narrateur invite d'ailleurs à ne pas exagérer l'importance des formations sanitaires, mais souligne que ce sont ces tentatives, ces efforts modestes qui font la grandeur de l'homme (pp.134-135).

 La peste représente donc le mal physique et métaphysique auquel l'homme est confronté.

La maladie pose le problème de l'origine du mal, châtiment divin pour les 20, fatalité pour les autres, injustice fondamentale de la condition humaine (mort du jeune Othon)

 Camus à développer le sentiment de l'absurde dans l'étranger, le mis de Sisyphe et Caligula. La peste pousse l'absurde à son paroxysme : tous les jours des gens meurent, les cinémas passent sans cesse le même film, l'opéra Orphée et Eurydice est rejoué toutes les semaines.

Certes la lutte s'organise mais le narrateur le tibia dans les dernières pages : la peste reste tapie dans le monde est appelée à revenir. La lutte sera donc à recommencer. C'est ce que dit Tarrou dans sa confession (dans le texte) : la lutte ne cesse jamais.

 


 

Les personnages de la Peste

CARTE XMIND PERSONNAGES 1

Les personnages de la pesteLes personnages principaux de la peste (30.56 Ko)

Personnages secondairesPersonnages secondaires (22.42 Ko)

Les personnages face au Mal

Les personnages sont des « séparés »

  • Rieux et Rambert sont séparés de leurs femmes à cause de la fermeture de la ville.
  • Rambert est séparé de son pays d'origine
  • Grand est séparé de sa femme car elle a quitté
  • Orphée et Eurydice, le juge Othon et son fils sont séparés par la mort.
  • Tarrou est séparé de l'humanité puisqu'en refusant de faire mourir il se condamna l'exil (voir texte trois)
  • le seul qui ne soit pas séparé, c'est Cottard qui se réjouit de l'État de peste qui lui permet de vivre avec les autres, de ne plus se sentir séparé. Il le sera la fin du roman lors de son arrestation.

 

Rieux

  • Personnage modeste et humble tout au long du récit Il parle souvent de son ignorance, ne donne jamais de vérité définitive.
  • Il avoue ne pas connaître la véritable sac efficacité du sérum, ses doutes sur la question de Dieu…
  • Il considère que ce qui est important « c'est de bien faire son métier »
  • La confiance que lui accorde l'ensemble des personnages est un signe de son honnêteté. De sa capacité de compréhension, de son ouverture aux autres.
  • Il comprendra même si lui refuse le certificat de bonne santé qu'il demande (voir lecture un).
  • C'est lui qui recueille les confessions des autres personnages du récit
  • à la fin du roman de son identité en tant que narrateur mais refuse d'être un héros au sens traditionnel du terme.
  • il est le premier à se lancer dans la lutte contre l'épidémie et fait tout pour que l'État de peste soit déclaré.
  • Sa seule ambition est de soigner les malades. « Bien faire son métier » faire son devoir « faire ce qu'il fallait »… Parce que ce faire son métier d'homme.
  • Ainsi « parler pour tous » c'est aussi faire son métier et s'engager dans une solidarité avec ses semblables( //Camus/Rieux)

 

TARROU

  • il développe une morale de la compréhension, de la « sympathie ».
  • Son histoire personnelle l'amenait à refuser « tous ceux qui, de près ou de loin, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, fait mourir ou justifie qu'on fasse mourir ».
  • Son père condamné les accusés à la peine de mort, il s'est lancé dans la lutte politique et aussi pour conséquence de faire mourir les gens.
  • Maintenant il se condamne à un exil en refusant tout type d'engagement politique. Parce que d'une certaine façon pour lui, on ne peut pas changer le monde sans commettre de meurtre… (Dans le texte)
  • mais il est attentif aux autres : dans ses carnets on remarque  que les personnages insignifiants sont en bonne place. Il se lie d'amitié avec Rioeux. Il met en place les formations sanitaires pour aider les victimes.
  • Sa mort à la fin du roman est le signe de l'intensité de son engagement. Il meurt de s'être trop occupé des autres.

 

RAMBERT

Rambert est l’un  des personnages qui semblent le plus évolué au cours du roman. Au début de l'épidémie, il va sortir de la ville à tout prix. Ce n'est pas par lâcheté mais parce qu'il a envie d'être heureux et de ne pas perdre de temps loin de sa femme. De manière surprenante, c'est quand ces démarches semblent fonctionner pour quitter Oran, il décide de rester et de s'associer à la lutte contre le mal. Il comprend Grace à ce qu'il a vu que la peste le concerne lui aussi. Il découvre le sort de la communauté : « il peut y avoir de la honte à être heureux tout seul ». Il veut donc toujours le bonheur, mais collectif cette fois. Sa décision est fondée sur des sentiments d'amour et une exigence de bonheur plus que sur des raisonnement.

 

PANELOUX

il évolue entre ces deux prêches. À sa première apparition : présenté comme un « jésuite érudit militant ». Lui, aborde la question de la peste en temps que croyant. Dans son premier prince, il accuse les hommes et justifie la maladie comme un châtiment divin, une punition collective. Puis, bouleversé par la mort de l'enfant, son temps va changer pour devenir moins accusateur et poser la question du mal. Dans son deuxième prêche, il affronte le problème délicat de la coexistence du mal et de Dieu : « L'amour de Dieu est un amour difficile. Il suppose l'abandon total de soi-même, et le dédain de sa personne. Mais lui seul peut effacer la souffrance et la mort des enfants, lui seul en tout cas la rendre nécessaire, parce qu'il est impossible de la comprendre qu'on ne peut que la vouloir ». Suite à ce presse, tombe malade.

 

GRAND

C’est un personnage modeste, son nom est donc paradoxal. Employée de mairie de la femme a quitté à cause de la pauvreté. Il est parfois ridicule parce qu'il ne trouve pas le bon mot mais c'est un personnage d'une grande humanité puisqu'il est l'un des premiers à proposer son aide. Modeste et humble il se révèle généreux et dévoué. Les lieux faits de lui l'incarnation d'une forme d'olive plus discrète. Il est le modèle des quotidiens, ordinaire  dont la quête est à la fois modeste et admirable.

 

COTTARD

 

Sa présentation dans le roman est assez originale puisqu'il annonce sa mort : « entrez, je suis pendu ». À la fin du roman le lecteur assiste à son arrestation mouvementée.  Entre ces deux moments il se singularise de deux manières :

  •  proche d'un héros de roman d'aventures par le mystère qui l'entoure : on ne sera jamais pour quel crime il craint d'être arrêté
  •  il pratique le marché noir se réjouit de l'État de passe qu'il garantit l'impunité pour son crime. Et pratique le marché noir.

Le plus grave (selon Tarrou) c’est qu’il a accepté dans son cœur ce qui faisait mourir des enfants et des hommes ».

Il incarne le collaborateur, profitant de la situation pour son seul intérêt.

 

 


 

 

Les personnages secondaires :

 

  • –      Assez insignifiants dans la lutte contre la peste. (Viellards au chat et l’Espagnol asthmatique)
  • –      Ces personnages contribuent au réalisme du roman.
  • –      Ils apparaissent dans les carnets de Tarrou qui veut se faire l’historien « de ce qui n’a pas d’histoire ».
  • –      Ils incarnent le recommencement (absurde/Sisyphe) par leurs habitudes.

 

 


 

 

L’Absurde et la Révolte   dans La Peste

La peste qui s'abat sur Oran modifie la vie des gens et les jette dans l'absurde. Le roman fait ainsi écho à L'Étranger et au Mythe de Sisyphe en soulignant plusieurs aspects de l'absurdité de la condition humaine :

• L'absence de Dieu. Le point de vue chrétien est remis en cause à travers l'échec du père Paneloux dont les discours fatalistes semblent inutiles et dérisoires. Son attente est vaine face au silence déraisonnable du monde.

• L'absence de passé et d'avenir. La mort (suivie de l'oubli) étant le seul horizon possible pour les hommes, leur obstination à se remémorer le passé et à planifier l'avenir semble vaine. De même, après quelques temps, les Oranais comprennent qu'ils sont coincés dans le présent : « Impatients de leur présent, ennemis de leur passé  et privés d'avenir, nous ressemblions bien ainsi à ceux que la justice ou la haine humaines font vivre derrière des barreaux » (p.77).

• La raison limitée. Pour l'homme absurde, la raison est le seul moyen qui permette de comprendre le monde, mais il sait pertinemment que cet outil est imparfait et que sa tentative est vaine. Dans La Peste, le narrateur insiste sur l'inutilité des mots et sur l'absurdité des chiffres. Les gens sont réduits à envoyer des télégrammes impersonnels et des lettres sans cesse recommencées dont les mots se vident de leur sens (p.73). 

• La solitude. L'homme absurde est seul face à un monde indifférent à ses plaintes. Dans L'Étranger, Meursault (le protagoniste égocentrique) est incapable de communiquer avec qui que ce soit et se replie sur lui-même. Dans La Peste, les personnages ne découvrent que progressivement la nécessité de vivre ensemble.

 

Sisyphe et La Peste

Sisyphe ou la tâche perpétuelle. Dans La Peste, presque tous les personnages principaux sont condamnés à répéter une action :

  • Rieux semble vivre et revivre constamment la même journée, passant d'un patient à un autre ;
  • Tarrou bute sur les mêmes questions philosophiques ;
  • Grand ne cesse de réécrire la même phrase tous les soirs ;
  • Rambert est condamné à toujours recommencer les démarches qui doivent lui permettre de quitter la ville, mais son départ est toujours postposé ;

Les Oranais recommencent sans cesse les lettres qu'ils envoient à leurs proches ou à leurs conjoints sans savoir si elles arrivent à destination ; chaque jour, la ville compte et ensevelit ses morts sans savoir quand la peste prendra fin.

L’absurde et la Révolte selon Camus

 Sisyphe

Rappel du Mythe de Sisyphe

Coupable d’avoir osé défier les dieux, Sisyphe est condamné à faire rouler un rocher jusqu’au sommet d’une montagne. La tâche étant impossible à accomplir (le rocher finit toujours, tôt ou tard, par rouler au bas de la montagne), Sisyphe effectue un travail éternel et sans espoir.

Pour Camus, ce personnage est l’ultime héros absurde

Dépassement de l’absurde dans La Peste 

Contrairement à L’Étranger, les personnages de La Peste dépassent  la simple acceptation de l’absurdité de l’existence. Rieux reconnait l'absurdité de sa condition, admet la probable vanité de son combat, mais refuse d'arrêter de lutter :

« Il fallait lutter de telle ou telle façon et ne pas se mettre à genoux. Toute la question était d'empêcher le plus d'hommes possible de mourir (...). Il n'y avait pour ça qu'un seul moyen qui était de combattre la peste. Cette vérité n'était pas admirable, elle n'était que conséquente » (p.136).

Il adopte ainsi l'attitude de l'homme révolté que Camus défend dans son essai éponyme et dont voici quelques caractéristiques :

  •  Le refus du suicide. Camus refuse le suicide car il « résout l'absurde ». Or l'absurde doit être maintenu puisqu'il pousse à agir. Se suicider, c'est abdiquer.
  •  La lucidité. L'homme doit accepter en toute lucidité sa condition et ne pas recourir à un hypothétique Dieu pour le consoler ou le sauver. L'être rationnel qu'est Rieux refuse de recourir à des explications métaphysiques (superstition ou religion) pour comprendre le fléau. Il se base sur des certitudes acquises progressivement pour comprendre le mal et mieux le combattre (contrairement à son collègue le docteur Richard, p.234).
  •  L'action au moment présent. Libéré des contraintes d'un improbable futur, l'action de l'homme révolté se fait plus audacieuse. Après avoir compris qu'ils doivent vivre sans savoir s'ils échapperont à la peste, les Oranais acceptent de risquer leur vie pour celle des autres : Grand, Tarrou, Rambert et d'autres suivent Rieux. Par ailleurs, ce dernier privilégie l'action (concrète et réfléchie) à la réflexion théorique (« Ah! Dit Rieux, on ne peut pas en même temps guérir et savoir. Alors guérissons le plus vite possible. C'est le plus pressé », p.209).
  • Solidarité et complicité. L'homme révolté échappe à la solitude (constitutive de l'absurde) en affirmant son appartenance à une communauté et en reconnaissant l'égalité entre les hommes. Rieux s'ouvre peu à peu aux autres et découvre l'amitié. D'emblée, il reconnait que la peste est l'affaire de tous et soigne indifféremment pauvres et riches, hommes et femmes, etc. À la fin, lors de l'arrestation de Cottard, il ne peut s'empêcher de voir en celui-ci une victime de la brutalité policière (p.306).

La Peste marque donc une évolution capitale dans l'oeuvre de Camus : il affirme la possibilité de résister à l'absurdité de la condition humaine par l'action et par la solidarité

 


 

La question morale dans La Peste

Dans la peste, la morale proposée devant le mal, c’est l’engagement dans l’action quotidienne. C’est aussi une morale de l’honnêteté, ce qui signifie pour Camus le refus des attitudes trop voyantes, trop démonstrative.   Le héros camusien revendique son insignifiance : rejet des discours et des attitudes héroïques

 

 Une morale de l’honnêteté

 Rieux est le chroniqueur de la peste. Ce personnage n’est ni un intellectuel ni un écrivain ; il incarne l’homme engagé dans l’action.

 Il refuse le mensonge des mots. Quelle est la meilleure conduite dans une situation d’urgence ? Pour Rieux, c’est l’honnêteté : c’est-à-dire la recherche de la vérité dans les mots, la démolition des formes spectaculaires de l’engagement, une morale de l'action fondée sur une vision pessimiste de la condition humaine.

 


 

Le temps et l’espace dans La Peste

C’est une chronique mais à l’architecture symétrique. Division du livre en 5 parties isole une partie centrale encadrée de 2 volets de longueur égale.

La rapidité des évènements entraine deux conséquences pour le récit :

  •  unité de temps tragique
  •  fin de la peste : tout peut redevenir comme avant, comme si rien ne s’était passé.

Le Temps:

Entre l’apparition des rats et la fin du récit : un an s’est écoulé.(11 mois)

Nous sommes dans une tragédie : la progression du mal joue le rôle de la fatalité extérieure.

 

Le livre se divise en 5 parties. (Elles suivent la courbe ascendante puis descendante de la maladie. Le point culminant se trouve dans la 3° partie)

  • 1° partie : apparition des rats le 16 avril, premières victimes; montée de l’inquiétude. l'État de peste est déclaré en mai
  • 2° partie : la peste s’installe; la lutte s’organise; Paneloux prononce son 1° sermon (Entre mai et Juillet)
  • 3° partie : c’est la plus brève mais correspond à la plus haute intensité du fléau Elle est construite sur 2 thèmes : séparation des amants/incinération des corps (Mois d’aout)
  • 4° partie : c’est la plus tragique avec la mort de l’enfant mais elle s’achève sur la guérison inespérée de Grand (Setembre à décembre)
  • 5° partie : les 1° signes de libération se font sentir; la peste di la ville retrouve son visage passé, les signes de la peste sont effacés. (Janvier et février/Le 10 février Oran est libérée)

 

Le récit est organisé non pas  par les dates chiffrées mais Mais en fonction des événements importants dans la ville :

  • la fermeture des portes
  •  le prêche de Paneloux
  • la mort de l'enfant Othon…

 

La Peste possède donc sa propre temporalité ; c'est comme si les habitants vivaient au rythme du fléau. Chaque partie raconte un laps de temps différent ce qui dessine une structure symétrique mimant la progression puis la disparition progressive de la maladie.  le mois d'août occupe à lui seule une seule partie (la troisième) il a ainsi mis en valeur car c'est le mois où la peste atteint son paroxysme.

Par ailleurs la structure en cinq parties évoque une tragédie classique

 

L’ESPACE :

  • La peste s’infiltre partout.
  • La fermeture de la ville par les autorités produit une unité de lieu tragique.u tragique. Les pers. sont enfermés dans un univers clos impossible à franchir. Pendant la Peste, Oran symbolise une ville occupée.
  • Lieux de passage : une ville où la communication est facile. Mais pendant la Peste, les lieux de rencontre deviennent des lieux morts.
  • La nature : Le soleil, le vent…apportent la mort.
  • Lieux fermés : à la fois  lieux de l’intimité et de l’intimité brisée (quitter l’appart pour mourir ailleurs)ou lieu de mort (mort de l’enfant).
  • L’ailleurs : on ne peut s’échapper du lieu tragique que par le rêve : Paris pour Rambert par exil.

 


 

Pour aller plus loin

La Grande Librairie  sur Camus https://www.youtube.com/watch?v=a8_gBrD-h5U