Ionesco, La Leçon

 Interview trés interessante d'Eugène Ionseco sur l'absurde : Ecoutez-le !

https://www.youtube.com/watch?v=oxsdK2r129s


 

Aurel Barbinta, La Leçon de Ionesco, symbole du totalitarisme, Université de Cluj-Napoca, 2013.

Ionesco a choisi un professeur pour montrer le pouvoir, souvent perverti, que possède la connaissance. S`il s`est arrêté sur l`enseignant, c`est parce qu`il exerce une profession vouée à la transmission du savoir et qu`il est amené à entretenir des rapports d`autorité avec ses élèves. C`est dans l`exercice de son métier que le professeur de La Leçon révèle, par son comportement, comment la connaissance peut être détournée de façon perverse pour devenir un d`asservissement. [...]

Dans une étude consacrée à Ionesco, Marie-Claude Hubert, utilise en ce sens le syntagme de « connaissance paranoïaque » (Hubert), et démontre que le savoir peut à tout instant faire basculer l`être dans la folie et déchaîner, chez celui qui croit le posséder, une soif inextinguible de puissance, au point qu`il se confond avec le « maître absolu » dont parle Hegel et brise l`élève, pauvre fétu entre ses mains, lorsqu`il tente de le lui communiquer. Mais comme il n`a plus alors d`esclave pour le reconnaître en tant que tel, il lui faut impérativement un autre élève qui lui renvoie l`image en miroir de sa maîtrise. Le professeur de La Leçon abuse de son autorité pour réaliser ses désirs: « Si l`on veut trouver un sens à La Leçon, c`est toute la puissance du désir, déclare Ionesco dans Antidotes. L`irrationalité extrêmement puissante du désir: l`instinct est plus fort que la culture. La Leçon, c`est l`histoire d`un viol, et le Professeur a beau continuer à apprendre à l`Élève l`arithmétique et la philologie – la philologie qui mène au crime ! – il se passe autre chose de plus violent ». Il ne peut assouvir sa sexualité que sous sa forme la plus violente, la plus sadique. Après le crime, tout penaud, il redevient l`homme timide du début. Il ne possède en réalité qu`un pouvoir relatif, lié au service que l`élève lui demande : elle a besoin de progresser intellectuellement, il doit lui en donner les moyens. Les ordres qu`il lui donne devraient être soumis à ce but. La répression ne peut logiquement être envisagée que dans la mesure où elle sert à canaliser une énergie qui se disperserait. En ce sens, son pouvoir est celui de toute loi sociale, qui contraint l`individu pour un bien supérieur. Le physique ingrat du professeur ne lui permettrait de pas de séduire l`élève. Pour qu`elle se mette à sa disposition, qu`elle consente à se livrer à lui, il va se servir de son pouvoir. Mais l`arsenal répressif de l`enseignement ne suffirait pas. Subtilement, il va utiliser le flot des paroles qui hypnotise d`autant plus qu`il est confus, voire incompréhensible.

[...] En guise de conclusion, nous pouvons constater que derrière une relation d`autorité aussi innocente que la relation professeur élève se cache toute la violence, l`agressivité passive, la cruauté et la convoitise qui sont inhérentes à toute manifestation du pouvoir. Ainsi l`autorité se trouve complètement démystifiée : d`une part le pédagogue est un monstre aux pulsions purement sexuelles, d`autre part il est grotesque, physiquement comme intellectuellement. Au-delà de l`apologie du totalitarisme, à travers cette relation maître-élève on nous révèle la ridicule et futile existence humaine dans un univers imprévisible, où, dû à leurs limites innées, les personnes sont incapables de communiquer les unes avec les autres. On nous révèle aussi une imminente violation des droits de l`homme.


 

Ionesco sur la leçon: vidéo INA

 


 

 

Extrait La Leçon- Théâtre d el'Horizon (013)

https://www.youtube.com/watch?v=VsdNrI_K3PM


 

La Leçon

Théâtre de l'absurde

Le théâtre de l'absurde, terme formulé par l'écrivain et critique Martin Esslin en 1962, est un type de théâtre apparu dans les années 1950, se caractérisant par une rupture totale par rapport aux genres plus classiques, tels que le drame ou la comédie. Il s’agit d’un genre traitant fréquemment de l’absurdité de l’homme et de la vie en général, celle-ci menant à la mort. L’origine de cette pensée étant sans conteste le traumatisme, la chute de l’humanisme à la sortie de la deuxième guerre mondiale. Ionesco, Adamov, Beckett, Genet, voire Pinter sont parmi les auteurs de ces œuvres qui ont bouleversé les conventions du genre. La particularité de Ionesco et Beckett est qu'ils ont exposé une philosophie dans un langage lui-même absurde qui réduit les personnages au rang de pantins, détruit entre eux toutes possibilités de communication, ôte toute cohérence à l'intrigue et toute logique aux propos tenus sur scène. L'absurdité des situations mais également la déstructuration du langage lui-même ont fait de ce style théâtral un mouvement dramatique à part entière. Ce type de théâtre montre une existence dénuée de signification et met en scène la déraison du monde dans laquelle l'humanité se perd. Il désigne essentiellement le théâtre de Beckett, Ionesco, Arrabal, les premières pièces d'Adamov et de Genet. Sources philosophiques Cette conception trouva appui dans les écrits théoriques d'Antonin Artaud, le Théâtre et son double (1938), et dans la notion brechtienne de l'effet de distanciation (Verfremdungseffekt). L'apparente absurdité de la vie est un thème existentialiste que l'on trouvait chez Sartre et Camus mais ceux-ci utilisaient les outils de la dramaturgie conventionnelle et développaient le thème dans un ordre rationnel. Sans doute influencé par Huis clos (1944) de Sartre, le théâtre de l'absurde ne fut ni un mouvement ni une école et tous les écrivains concernés étaient extrêmement individualistes et formaient un groupe hétérogène. Ce qu'ils avaient en commun, cependant, outre le fait qu'ils n'appartenaient pas à la société bourgeoise française, résidait dans un rejet global du théâtre occidental pour son adhésion à la caractérisation psychologique, à une structure cohérente, une intrigue et la confiance dans la communication par le dialogue. Héritiers d'Alfred Jarry et des surréalistes, Samuel Beckett (En attendant Godot, 1953, Fin de partie, 1957) ou Jean Vauthier (Capitaine Bada, 1950) introduisirent l'absurde au sein même du langage, exprimant ainsi la difficulté à communiquer, à élucider le sens des mots et l'angoisse de ne pas y parvenir. Ils montraient des antihéros aux prises avec leur misère métaphysique, des êtres errant sans repères, prisonniers de forces invisibles dans un univers hostile (Parodie d'Adamov, 1949 ; les Bonnes de Genet, 1947 ; la Cantatrice chauve de Ionesco, 1950). Par des processus de distanciation et de dépersonnalisation, ces pièces, démontent les structures de la conscience, de la logique et du langage.

Origine critique

L'essai de Martin Esslin publié en 1962, où l'expression théâtre de l'absurde devient célèbre, définit ce type de dramaturgie en l'analysant à la lumière des écrits d'Albert Camus, et notamment du Mythe de Sisyphe qui portent sur l'absurdité de l'être. Pour Esslin les principaux dramaturges du mouvement sont Eugène Ionesco, Samuel Beckett, Jean Genet et Arthur Adamov, bien que chacun de ces auteurs ait les préoccupations et des styles très personnels qui dépassent le terme absurde. Géographiquement, le théâtre de l'absurde est à l'origine très clairement situé dans le Paris avant-gardiste, dans les théâtres de poche de la Rive gauche, et même plus précisément du Quartier latin. Cependant, parmi les chefs de file de ce mouvement qui vivent en France, peu sont Français. Caractéristiques refus du réalisme, des personnages et de l’intrigue. Souvent on ne trouve pas de personnalités marquées ni d’intrigue dans le sens « narratif » du terme. le lieu où se déroule l’action n’est jamais cité avec précision (dans « en attendant Godot », on sait que l’action se déroule dans une lande, sans plus de précision). le temps est lui-même tourné à l’absurde par certains moyens (pendule sonnant un nombre improbable de fois ). volonté de créer un spectacle total : utilisation de mime, de clown, d’un maximum d’éléments visuels, soucis du détail dans la mise en scène, jeux de lumières, de sons. la toile de fond de l’action est souvent la satire de la bourgeoisie, de son langage figé et de son petit esprit. la scène se déroule souvent dans un climat de catastrophe mais le comique s’y mêle pour dépasser l’absurde. Le langage mis en scène n’est plus un moyen de communication mais exprime le vide, l’incohérence et représente la vie, laquelle est elle-même ridicule. Volonté de dresser un tableau de la condition humaine prise dans son absurdité. L’absurdité est que la vie mène à la mort, elle est aussi présente dans la guerre. l’absurde n’y est pas démontré, mais simplement mis en scène ; c’est au spectateur qu’il revient de comprendre, grâce aux gestes. par ses essais, le nouveau théâtre s’adresse aux intellectuels :

l’absurde fait rire au premier abord, ce n’est qu’après réflexion que l’on se rend compte du malaise qui y est dénoncé. par certains aspects, le nouveau théâtre renoue avec le théâtre antique ; le spectacle y est total et non seulement visuel ou axé sur les dialogues.

Caractéristiques

  • Refus du réalisme, des personnages et de l’intrigue. Souvent on ne trouve pas de personnalités marquées ni d’intrigue dans le sens « narratif » du terme.
  • Le lieu où se déroule l’action n’est pas souvent cité avec précision (dans « en attendant Godot », on sait que l’action se déroule dans une lande, sans plus de précision).
  • Le temps est lui-même tourné à l’absurde par certains moyens (pendule sonnant un nombre improbable de fois ).
  • Volonté de créer un spectacle total: utilisation de mime, de clown, d’un maximum d’éléments visuels, soucis du détail dans la mise en scène, jeux de lumières, de sons.
  • La toile de fond de l’action est souvent la satire de la bourgeoisie, de son langage figé et de son petit esprit.
  • La scène se déroule souvent dans un climat de catastrophe mais le comique s’y mêle pour dépasser l’absurde.
  • Le langage mis en scène n’est plus un moyen de communication mais exprime le vide, l’incohérence et représente la vie, laquelle est elle-même ridicule.
  • Volonté de dresser un tableau de la condition humaine prise dans son absurdité. L’absurdité est que la vie mène à la mort, elle est aussi présente dans la guerre.
  • L’absurde n’y est pas démontré, mais simplement mis en scène ; c’est au spectateur qu’il revient de comprendre, grâce aux gestes.
  • Par ses essais, le nouveau théâtre s’adresse aux intellectuels : l’absurde fait rire au premier abord, ce n’est qu’après réflexion que l’on se rend compte du malaise qui y est dénoncé.
  • Par certains aspects, le nouveau théâtre renoue avec le théâtre antique ; le spectacle y est total et non seulement visuel ou axé sur les dialogues.