Macbeth

Lecture cursive n°3

Shakespeare, Macbeth, 1606

 

Edition utilisée : Editions  THEATRALES, Théâtre du Soleil, 2014 (Trad.A.Mnouchkine)

 

L’auteur :

William Shakespeare (A vous de compléter)

 


 

La genèse de la pièce :

  • Le vrai Macbeth a régné sur l’Ecosse au XIème siècle. Il serait mort en 1056, dix ans avant la conquête de l’Angleterre par les Normands. Les anciens auteurs mentionnent la haine de Lady Macbeth pour la famille du roi Duncan. Ils disent que Macbeth fut tué par Macduff, mais ils ignorent le personnage de Banquo. En revanche, selon les sources historiques, Macbeth fut un très grand roi, qui réprima la noblesse, protégea le peuple et enrichit l’Ecosse.Mais Shakespeare n’a pas consulté les historiens du Moyen Age. Il a trouvé l’histoire de Macbeth dans une chronique parue en 1586. Au cours des siècles, la légende avait transformé Macbeth en roi défiant et cruel. Pour noircir Macbeth, Shakespeare lui a prêté des crimes qui les historiens attribuent à d’autres rois d’Ecosse et il a délibérément embelli le caractère de Duncan. De même, en introduisant le personnage de Banquo, il décide de faire référence à une histoire qui lui est plus proche. Car Banquo serait historiquement un ancêtre plus ou moins légendaire de la dynastie des Stuart qui régna sur l’Angleterre et l’Ecosse à l’époque de Shakespeare.N’oublions pas que ce dernier est contemporain de la terrible Marie Stuart, un temps reine d’Ecosse et prétendante au trône d’Angleterre, soupçonnée d’avoir fait assassiné son mari, - elle s’est remariée chassée d’Ecosse. Finalement, Elisabeth d’Angleterre la fait emprisonner et exécuter le 8 février 1587. La légende dit que son fils – qui deviendra le futur Jacques VI d’Ecosse – et qui régnera sous la protection de l’Angleterre- avait lui-même conseillé à la reine de faire tuer sa propre mère...

 


 

Structure :

  • Composition en cinq actes.

 

Résumé :

Macbeth et Banquo, chefs de l’armée écossaise, remportent la bataille contre les armées coalisées de Norvège, et du traître Caudor, ancien seigneur d’Ecosse, rallié aux étrangers.

Le soir même, ils rencontrent des sorcières qui prédisent à Macbeth qu’il sera roi et à Banquo que ses enfants seront roi. Macbeth, pour accéder plus rapidement au trône, conçoit le projet d’assassiner Duncan, le roi d’Ecosse, homme noble et droit, qui cultivait une confiance absolue dans ses vassaux. Le bon roi Duncan, après avoir abdiqué le trône en faveur de son fils aîné, Malcolm, donne le titre et la terre de Caudor à Macbeth et décide de se rendre à Inverness, dans le château de Macbeth, pour lui rendre hommage.

Sur les conseils de Lady Macbeth, Macbeth tue le roi Duncan, et assassine les deux témoins, les chambellans qui gardaient la chambre. Lady Macbeth leur fait porter la responsabilité du crime par un subterfuge. Lorsque le meurtre est découvert, Malcolm, le fils de Duncan, décide de s’enfuir en Angleterre parce qu’il pressent un danger. Macduff, un autre seigneur, lui apporte son soutien, et s’enfuit à son tour, laissant sa famille sans défense. Macbeth est couronné roi par les seigneurs qui sont restés auprès de lui. Mais la présence de Banquo lui crée une nouvelle crainte ; devenu plus cruel encore, Macbeth organise son élimination par l’intermédiaire d’assassins recrutés spécialement. Mais le spectre de Banquo vient tourmenter Macbeth pendant le banquet qu’il donne pour toute la noblesse d’Ecosse. Macbeth, par cette folie, trahit quasiment le secret de ses crimes, provoquant la fuite de la plupart de ses barons.

Après la mort de Banquo, Macbeth redoute Macduff, qui ne s’est pas présenté au banquet. Il consulte à nouveau les sorcières qui le confirment dans cette crainte. Macduff a, en effet, rejoint à la cour d’Angleterre Malcolm, le fils de feu Duncan, qui a obtenu du roi d’Angleterre, la levée d’une armée pour reconquérir le pouvoir en Ecosse. Les sorcières lui prédisent aussi qu’il restera invincible tant que « la forêt de Birnam ne marchera pas sur les tours de Dunsinane », qui est le château de Macbeth où il s’est réfugié. Et qu’il ne sera jamais tué par un homme « né d’une femme » ; Macbeth, qui se croit immortel, fait assassiner la femme et les enfants de Macduff. A la fin de la pièce Macbeth et Lady Macbeth se réfugient dans leur château de Dunsinane, assiégé par les armées anglaises. Ils sont seuls, tous les barons les ont trahis...

 


 

Le genre

MACBETH, UN SPECTACLE BAROQUE

• Le baroque, définition

Le terme « baroque » traduit le mot portugais barroco, qui désigne une perle de forme irrégulière. En littérature, on a qualifié de « baroque », a posteriori, « le goût de la liberté [...] : le dédain des règles, de la mesure, des bienséances, de la séparation des genres. Est baroque ce qui est irrationnel : [...] le goût des charmes de la nature, celui du mystère et du surnaturel et enfin, l’élan émotif et passionnel1 ». Macbeth répond parfaitement à cette définition.

 

Un théâtre spectaculaire

Compte tenu des conditions de représentation (voir hist theatre elisabethain), il faut capter l’attention fuyante des spectateurs. Le théâtre baroque se caractérise donc par le mouvement, le dynamisme scénique et la quête du spectaculaire.

Nombreux sont les changements de décor dans Macbeth : l’acte I s’ouvre sur une lande déserte (scène 1), se poursuit dans un camp militaire (scène 2) et s’achève au château de Macbeth (scène 7). Les personnages sont tout aussi variés : parmi la trentaine de pro- tagonistes, on trouve des guerriers (Macduff, Ross, Angus, etc.), des sorcières (les Sœurs Fatales, Hécate), des enfants (le fils de Macduff), un médecin, des femmes de haut rang (Lady Macbeth, Lady Macduff)... Ces personnages sont « libres de leurs mouvements » : leurs entrées et leurs sorties n’engendrent pas de changements de scène. À la scène 1 de l’acte IV, « les sorcières dansent et disparaissent », dans le même temps « entre Lennox ». À ce foisonnement de personnages et de décors, s’ajoutent des images impressionnantes : ainsi, des sorcières hideuses (« doigt gercé », « lèvres séchées », « barbes », I, 3) évoluent sur une lande inquiétante et hostile (« la terre fait des bulles », I, 3) ; de même, Macbeth assiste à une succession d’apparitions suscitées par les sorcières (« Deuxième Apparition, un enfant sanglant », IV, 1) ; enfin, tout aussi spectaculaire est la tête de Macbeth exhibée au bout d’une pique (« entre Macduff, avec la tête de Macbeth », V, 9). Le spectateur devient ainsi le témoin direct des événements sanglants qui rythment l’intrigue.

 

 

Tragédie 

Comédie 

Macbeth 

Personnages nobles 

X

 

X

Personnages bas 

 

X

X

Dénouement heureux 

 

X

 

Dénouement malheureux 

X

 

X

Vocabulaire soutenu 

X

 

X

Vocabulaire familier 

 

X

X

 

 

 

Contrairement à nos dramaturges classiques, Shakespeare n’hésite pas à mêler les genres – le tableau peut alors clairement manifester cette notion: les personnages nobles côtoient des personnages d’extraction sociale modeste, dont le comportement révèle cette dimension: c’est  le portier dans Macbeth.

 

Le corps exhibé

Une des caractéristiques du théâtre baroque est l’ostentation (l’exhibition) des corps, qui sont mis à nu et violentés sur scène sans retenue. Ainsi le jeune héritier de Macduff est-il assassiné sur scène (« il m’a tué », IV, 2) ; le cadavre de Duncan est dépeint sans pudeur : des « plaies béantes », d’« obscènes caillots » souillent le corps inanimé du roi. Par ailleurs, l’évocation de l’amour charnel n’est pas bannie : le portier décrit ainsi les effets de l’alcool sur la performance sexuelle (« trop boire, on peut dire que c’est double-joueur avec luxure ; ça le fait, et ça le fait rater ; [...] ça fait brandir et pas brandir », II, 3). Ni la mort ni le sexe ne sont tabous dans le théâtre baroque.

• Inconstance et instabilité

Dans ses thèmes, comme dans sa forme, le théâtre baroque dessine un monde en mouvement. Les frontières entre rêve et réalité ne sont pas clairement définies : Banquo s’interroge sur la nature des sorcières (« Êtes-vous un fantasme, ou en réalité/Ce que vous montrez au-dehors », I, 3). De même, on passe insensiblement de la raison à la folie : Macbeth voit son esprit vaciller (« Mon cerveau fatigué/Était occupé de choses que j’oublie », I, 3) ; dans la scène du banquet, il est saisi d’une « crise [...] passagère » durant laquelle son imagination lui peint un « poignard sorti de l’air », des « charniers » et des « tombes » (III, 4). Enfin, l’ordre naturel est bouleversé et les polarités sexuelles sont brouillées : des événements « contre nature » se produisent (« Un faucon culminant au faîte de son vol/Par une chouette-à-souris fut frappé et tué », II, 4). Lady Macbeth aspire à la virilité (« faites-moi/Sans mon sexe », « Venez à mes seins de femme/Prendre mon lait comme fiel », I, 5). Ainsi l’univers mis en scène dans Macbeth est-il innommable (« La langue, ni le cœur/Ne peuvent [l]e penser ni [l]e nommer », II, 3).

En conclusionla liberté est le maître mot de l’esthétique baroque, qu’elle s’exprime dans le dynamisme scénique, l’ostentation des corps ou le désordre cosmique.

 

 


 

Les personnages :

Les trois sorcières

représentant la force destructrice du Mal. S'en donnent à coeur joie tandis qu'elles créent le chaos dans le royaume d'Ecosse.

Macbeth

noble écossais, marié à Lady Macbeth. Il porte au début le titre de « sire de Glamis », puis « sire de Cawdor » et enfin « roi d'Ecosse » après avoir tué Duncan. 

Lady Macbeth

épouse de Macbeth. N'a pas d'enfant, du moins pas d'enfant vivant. Pousse son mari au meurtre de Duncan et y participe même de façon indirecte, par ses idées. Elle connaît ensuite des remords tandis que son époux s'obstine dans le crime. Toutefois elle ne les exprime que la nuit, lors de crises de somnambulisme au cours desquelles elle tente de frotter ses mains pour en ôter les taches de sang. Elle finit par se donner la mort au dernier acte.

Duncan

roi d'Ecosse au début de la pièce. Il est un roi juste et généreux, sachant punir les traîtres et récompenser ses capitaines. Il a deux fils : Malcolm et Donalbain.

Malcolm

fils aîné de Duncan. A la mort de son père, il craint pour sa vie. Il a peur également d'être accusé du meurtre de son père. Il se réfugie alors en Angleterre.

Banquo

général. Compagnon de Macbeth, il a droit lui aussi à une prédiction de la part des sorcières qui lui assurent que sa descendance montera sur le trône d'Ecosse. C'est pourquoi il meurt assassiné par des hommes envoyés par Macbeth. Le jour même, quelques heures après son trépas, il revient hanter le banquet donné par Macbeth à l'occasion de son couronnement. Son spectre n'est vu que de Macbeth et non des invités.

Fléance

fils de Banquo. Il parvient à s'échapper lors de l'embuscade tendue par les hommes de Macbeth. Il fuit ainsi le danger afin de pouvoir un jour venger son père qui meurt sous ses yeux.

Macduff

noble écossais, marié à Lady Macduff et père de nombreux enfants avec elle. Il refuse l'autorité du tyran Macbeth et n'assiste pas à son couronnement. Il part au contraire en Angleterre pour apporter son soutien à Malcolm et même l'encourager à se battre afin de récupérer le trône. Pour cela, il n'hésite pas à sacrifier la protection de sa propre famille. C'est lui qui réussira à tuer Macbeth à la fin de la pièce.

Lady Macduff

épouse de Macduff. Quand elle apprend que son mari est parti en Angleterre rejoindre Malcolm, elle manifeste sa colère. Elle s'insurge contre la trahison de son mari qui l'a ainsi abandonnée en Ecosse avec ses enfants. Elle meurt d'ailleurs assassinée par des hommes envoyés par Macbeth.

fils de Macduff

Doté du tempérament de son père, il tente malgré son très jeune âge de résister aux assauts des hommes envoyés par Macbeth mais meurt lui aussi assassiné.


 

Le couple Macbeth/Lady Macbeth

Bien que le titre de la tragédie ne renvoie qu’au personnage masculin, c’est plus le couple Macbeth/Lady Macbeth que Macbeth seul qui orchestre les événements. Ainsi le général écossais et son épouse incarnent-ils deux facettes du mal.

 

• L’alliance dans le mal

À l’origine, un couple vertueux

À l’ouverture de la pièce, Macbeth et sa femme forment un couple vertueux. Le général écossais allie « bravoure » et «cœur», et met son «courage» (I, 2) au service de sa « loyauté » (I, 4). Les batailles qu’il vient de remporter au nom de son roi en font un parfait vassal (« Macbeth le brave [...] / Comme un mignon de la Valeur s’est taillé passage/ Jusqu’à l’esclave [...] / Auquel il ne serra la main [...] / Tant qu’il [...] / [...] n’eût planté sa tête sur le haut [des] rem- parts », I, 2). Lady Macbeth, quant à elle, est une épouse modèle chez qui le roi se réjouit de se rendre (« Notre hôtesse honorée ! », I, 6). Mais l’ambition corrompt très vite cette vertu.

 

  • La tentation du mal

La perversité gagne les époux. Pour Macbeth, les frontières entre bien et mal se brouillent (« La sollicitation surnaturelle/ Ne peut être le mal, ni le bien », I, 3).

Si le désir de prendre le pouvoir s’empare rapidement de lui, Macbeth hésite encore à agir (« Si me veut roi Fortune,/Sans que je bouge, peut me couronner Fortune », I, 3). C’est Lady Macbeth qui décide son conjoint à passer à l’acte (« Tu voudrais/Avoir ce que tu crois ornement de la vie,/Et comme un couard vivre devant ta conscience/Laissant “je n’ose pas” veiller sur “je voudrais” », I, 7). À Macbeth le rôle de spectateur, à son épouse celui d’actrice.

 

  • L’engrenage du mal

En femme forte, Lady Macbeth pousse son mari à l’action.Après le meurtre inaugural de Duncan (II, 2), le couple ne répugne à aucun crime : les deux chambellans (II, 2), Banquo (III, 4), l’héritier de Macduff (IV, 2) sont tués et le cortège. Bien que le titre de la tragédie ne renvoie qu’au personnage masculin, c’est plus le couple Macbeth/Lady Macbeth que Macbeth seul qui orchestre les événements. Ainsi le général écossais et son épouse incarnent-ils deux facettes du mal.

 

• L’inversion sexuelle

Dans le couple Macbeth/Lady Macbeth, virilité et féminité se confondent. Dès sa première apparition, dans la scène 5 de l’acte I, Lady Macbeth aspire à se dépouiller de son costume de femme (« Faites-moi/Sans mon sexe ») et elle reproche à Macbeth de ne pas agir en « homme » (« Être plus que ce que vous étiez, ce serait/Être homme d’autant plus », I, 7 ; « Êtes- vous un homme ? », I, 7). Ainsi, pour Lady Macbeth, son époux hésitant devient un « bébé » (I, 7) ; Macbeth lui-même craint de n’être qu’une « fille bébé » (III, 4), faible et vulné rable. Pourtant, au fil de la pièce, il affirme sa virilité et « Tout ce que l’homme ose, [il] l’ose » (III, 4).

 

• Une trajectoire entre force et faiblesse

Macbeth et Lady Macbeth connaissent une évolution contraire.

D’abord hésitant et incertain, le général écossais s’adonne rapidement corps et âme au mal. Volonté et action coïncident parfaitement (« Et à l’instant/Couronnant pensée en action,/Que soit pensé et soit fait », IV, 1). Macbeth manie impératifs (« Ne me donnez plus de nouvelles », V, 3), verbes d’action (« je prends le château de Macduff », IV, 1) et injures (« Idiot à la face de crème ! », V, 3) qui magnifient sa puissance.

À l’inverse, Lady Macbeth glisse de la force à la faiblesse : alors que, au début de la pièce, c’est elle qui exhorte son mari à agir, elle sombre finalement dans le remords et la démence (« C’est un acte habituel chez elle, avoir l’air de se laver les mains. Je l’ai vue continuer de faire ça pendant un quart d’heure », V, 1). Toutefois, au terme de ces deux trajectoires, la seule issue est la mort.

 


 

Les thèmes :

  • Le Mal évidemment
  • la figure du roi, l'hérédité, le pouvoir, la tyrannie, la vengeance, les relations de couple, le remords
  • Le Surnaturel et le Destin

 


 

LA QUESTION DU DESTIN

Le mot « destin » reçoit deux définitions. Il peut renvoyer à une puissance surnaturelle réglant le cours des événements ; il est alors synonyme de « fatalité ». Il peut également désigner le cours de l’existence que l’homme se construit. Macbeth est-il donc le jouet du destin ou choisit-il consciemment la voie du mal ?

• Fantasme ou réalité ?

Lors de la première apparition des sorcières, Banquo s’interroge sur leur nature : « Êtes-vous un fantasme, ou en réalité/Ce que vous montrez au-dehors ? » (I, 3). En effet, une double interprétation est possible : soit les sorcières existent – ce sont des êtres surnaturels qui décident des destins humains (c’est ce que tendent à prouver trois faits : les deux généraux les voient, I, 3, elles apparaissent aux spectateurs avant les deux protagonistes, I, 1, et surtout chacune de leur prophétie se réalise – « tu as maintenant tout,/Comme ont promis les fatales femmes », III, 1) ; soit les sorcières ne sont que la matérialisation visible des désirs de Macbeth et de Banquo (« Que la clarté ne puisse voir mes désirs profonds et noirs », I, 4).

Par conséquent, si les sorcières existent réellement, Macbeth, héros tragique, est la victime innocente et impuissante de son destin si elles incarnent ses désirs, Macbeth décide librement de faire le mal.  Leur statut est donc ambigu, mais leur efficacité dramaturgique certaine.

 

Dramaturgie du destin

Finalement le rôle premier des sorcières est un rôle dramaturgique. Elles captent l’attention du spectateur au lever du rideau (I, 1). Dans la scène 1 de l’acte IV, la succession des apparitions spectaculaires vient rompre l’aridité des discussions politiques qui fermaient l’acte III. Les images sont d’autant plus fortes que chaque apparition s’accompagne d’un folklore magique (« filtre », « chaudron », « tonnerre », « musique et chant »). Ainsi les pensées de Macbeth prennent-elles une dimension concrète, plus séduisante qu’un monologue délibératif. Les apparitions récurrentes des sorcières ne cessent de poser la question centrale de la tragédie : Macbeth est-il libre ou enchaîné ? Loin d’un discours métaphysique abstrait sur l’existence humaine, Shakespeare, en dramaturge baroque, recourt à tous les moyens scéniques dont il dispose pour susciter la réflexion du spectateur.


 

Macbeth : le mal et l’absurde

 Pièce la plus courte de Shakespeare (2016  vers et 146 lignes en prose) habituel dans le théâtre élisabéthain qui mélange les deux préservant les vers pour les personnages nobles et la prose pour les gens du commun …
 
 
Erreur de Macbeth et de penser que le crime de Duncan pouvait rester une simple parenthèse dans son existence. Son acte sera à l’origine d’une décomposition politique qui aboutira à l'instauration d'un régime tyrannique et paranoïaque.
 
Toute la personnalité de Macbeth va se trouver altérée par le crime. Il sombre petit à petit dans un isolement croissant, dans une rage de détruire provoquée par l’impossibilité de jouir des fruits de l'assassinat
C’est Macbeth lui-même qui interprète ce que disent les sorcières. Elle ne lui demande pas de tuer   Duncan ; c'est lui qui interprète la prophétie comme une « invitation naturelle » à commettre le crime pour réaliser plus rapidement la prophétie alors que normalement une prophétie s'accomplit d'elle-même
Si la première scène est placée sous le signe du message : « le beau est affreux et l’affreux est   le beau » C’est que ce renversement des valeurs physiques et morales (fair et foul désigne en anglais à la fois le  beau et le laid et le bien et le mal) est au cœur du projet diabolique de Macbeth
Les sorcières ont pour projet de répandre de l'extérieur, et par l'intermédiaire d'une victime extérieure le mal sur la terre : Il s'agit de retourner l'ordre naturel du monde pour imposer le chaos et la mort
Donc : la pièce s'ouvre sur une scène ambivalente qui pose avec acuité la question de l'origine du mal. Si Macbeth est bien tenté par une force extérieure, n'est-ce pas lui qui décide d'accélérer la réalisation de la prophétie en tuant le roi ?
La prédiction des sorcières ne contient pas d'allusion au meurtre. C’est Macbeth qui interprète leurs propos comme une invitation à en accélérer la réalisation.
 
 
 
L’absurde dans Macbeth
 
Le dernier monologue de   Macbeth dessine la figure d'un personnage hanté par le mal  mais qui a désormais la pleine conscience que le mal qu'il avait entrepris pour l'aider à réaliser ses propres buts s'est en réalité retourner contre lui-même : obligé de commettre des actions de plus en plus extrêmes pour tenter de renverser la course du destin, Macbeth comprend enfin qu'en se faisant serviteur  du mal, il n'a pas pour autant garanti sa propre sécurité mais  il a contribué à répandre sur terre un désordre dont il se retrouve lui-même victime
On assiste donc au monologue (final) d'un personnage désabusé, moins torturé par le remords de ses crimes que par la révélation de l'absurdité de toutes les entreprises humaines
 
En cherchant à obtenir par le mal le pouvoir absolu, Macbeth s'est isolé du reste de l'humanité, il s’est renié lui-même et le « noble gentilhomme » du début est devenu à la fin le « boucher » qui court désormais à sa perte.
C'est donc l'image d'un héros que le mal a profondément transformé et détruit. C'est ce qui fait l'originalité de Macbeth 
Macbeth, c'est le trajet d'un individu ordinaire confronté au mal, tenté par le crime et détruit par le chaos qu'il a lui-même semé.
 
Le mal originel commis par Macbeth engendre toujours davantage de mal. Il semble durci progressivement au point que rien ne semble plus le toucher,  même la mort de sa femme
Macbeth c'est un homme ordinaire tenté par le mal et qui doit faire un choix qui engage son existence entière. 
 
Une philosophie de l'action ?
Macbeth pensait qu'en commettant le premier meurtre, il obéissait à la doctrine du « un mal pour un bien » puisque cela lui permettait d'accéder au trône ; mais toute jouissance de son statut de roi lui échappe perpétuellement menacé dans sa sécurité matérielle et psychologique.
Macbeth s’aperçoit que le mal est irréductible à toute tentative humaine de l'apprivoiser : le but des sorcières et de répandre le chaos le plus efficacement possible sur la terre et il a été choisi comme simple instrument de cette volonté destructrice à laquelle il doit lui aussi succomber. Macbeth comprend désormais l'absence de maîtrise des hommes sur leur propre destinée.
 
Une nouvelle philosophie de l'absurde trouve à s'exprimer chez lui à travers un tableau apocalyptique de la vanité des aspirations humaines : l'homme est comparé à un idiot qui raconte une histoire chaotique ou un pauvre comédien dont le temps sur la scène de l'existence est cruellement borné. Toutes les activités humaines se trouvent ainsi privées de sens et réduites à des simulacres ridicules et la vie humaine apparaît comme une succession absurde d'unités de temps sans aucun lien entre elles.
L'expérience du mal a donc profondément affecté la vision de la vie de Macbeth : d'abord persuadé qu'il pourrait se servir du mal pour affirmer sa propre existence et réaliser ses ambitions, il se rend désormais compte que sa soumission à la logique du mal le poussait à commettre une série de crimes étrangers à l'homme qu'il était vraiment. Prisonnier d'un engrenage maléfique qui le force à accumuler les horreurs, privé de toute capacité d'agir sur le cours des événements, incapable de rétablir la maîtrise de sa propre destinée, Macbeth en vient à douter du sens de l'existence elle-même.
 
La découverte de l'absurdité de l'existence, de l'absence de sens de toute chose se vérifie immédiatement avec le message de Seyton qui lui annonce que la forêt marche sur le camp.
Macbeth qui voit la preuve que toutes les espérances sont trompées et que tout ce qu'il croyait était en réalité une illusion. Il pensait pouvoir faire confiance   au mal auquel il s'est voué, mais le mal ne semble pas récompenser ceux qui le servent .
Et ce sont les interprétations erronées du personnage devant des paroles qui lui paraissaient favorables qui le conduisent à sa perte.
L'absence de sens fixe des mots qui semblaient vouloir dire quelque chose et qui désignait en réalité le contraire, c’est une preuve de plus de l'absence de sens de l'existence. Il ne reste plus à Macbeth qu'à se jeter dans l'action avec une violence paroxystique
 
Shakespeare entraîne le lecteur au plus profond de la psychologie d'un homme ordinaire confronté au mal et trompé par lui. C'est la crise psychologique d'un sujet complexe, qui comprend que sa volonté de maîtriser sa destinée l’a conduit  à la ruine qui intéresse Shakespeare.  
 

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