Maurizio Cattelan

Him1
Him 2

Maurizio Cattelan, Him, 2002

 

Him : la banalité du mal/ La naissance du mal : Britannicus / Caligula/ Macbeth/Ubu

Maurizio Cattelan,  est un artiste  italien contemporain provocateur. Him est une statue en cire d’A. Hitler que le visiteur de l’exposition découvre d’abord de dos et qu’il lui faut contourner pour reconnaitre le dictateur. L’oeuvre donne une impression de très forte réalité. Mais Hitler est représenté avec un corps d’enfant et il est à genoux, en prière. 

 

Etude  

    Impressions premières.

  • Position /Attitude

      Agenouillé, le regard vers le ciel, les mains jointes

  • Tenue

      Costume gris d’écolier. On l’imaginerait presque en culotte courte.

  •  Impression qui s’en dégage

       Malaise du spectateur qui se trouve face à un monstre vulnérable, trop humain pour ne pas     déranger.

     

Hitler apparait comme un homme, de surcroit avec un corps d’enfant. Il parait presque vulnérable alors qu’il est la figure la plus monstrueuse de l’Histoire.

De plus, il est à genoux ce qui place le spectateur dans une position dominante inhabituelle.

 L’effet de surprise est double : choc de se retrouver face à ce visage symbolisant le Mal ; incompréhension de voir l’un des symboles du mal en train de prier.

Cet effet de surprise est encore renforcé par les moyens plastiques mis en œuvre ici : sculpture en cire hyperréaliste (c.f : Duane Hanson), qui reproduit avec une grande exactitude la peau humaine, les cheveux, les sourcils...

Avec cette œuvre, M. Cattelan semble mettre le spectateur en garde contre toutes les idéologies susceptibles d’asservir l’être humain (ici, la politique et le religieux sont mêlés, non pas pour critiquer bêtement la politique et la religion, mais pour montrer que, lorsqu’ils sont instrumentalisés, ces deux moyens qu’a l’être humain de s’élever et de mieux vivre avec lui- même et les autres peuvent devenir des outils de propagande).

En réduisant Hitler à l’image d’un homme comme les autres, Catellan nous renvoie à cette évidence qu’on oublie parfois, c’est qu’avant d’être le monstre sanguinaire du XXème siècle, Hitler est simplement un homme.

Nous sommes donc renvoyés du même coup à notre propre aptitude au mal, à la folie humaine toujours d’actualité…

Enfin la position « en prière » ouvre aussi un questionnement sur le sentiment de culpabilité, l’idée de rédemption, l’idée de Dieu et du diable à travers la question du Mal.

Cette œuvre nous rappelle que la figure du mal n’est pas forcément reconnaissable, et qu’elle peut se cacher en chacun de nous.

 

****

Parallèle avec F. Goya, Cronos (ou Saturne) dévorant ses enfants (entre 1819 et1823)

 

Entre 1821 et 1823, le peintre Goya, 70 ans, sourd et isolé, réalise un ensemble d’une quinzaine de fresques qui rentreront dans l’histoire sous le nom de «peintures noires». Parmi elles, Saturne.

Cette œuvre de F. Goya s’inspire de la mythologie. Cronos (Saturne)  a  été averti que l'un de ses propres enfants le détrônerait de la même façon qu'il avait, lui-même, détrôné et tué son père. Pour échapper à cette malédiction, Cronos    avalait donc ses enfants au fur et à mesure qu'ils naissaient. Sauf un, le futur Zeus sauvé par sa mère. Ce qui fait que (comme pour Œdipe), la prophétie s’accomplira.

  

  • Couleurs

Couleurs sombres, des noirs, des rouges et un peu d’ocre , bouche noire grande ouverte

  • Expression de Cronos

Regard fou, exorbité, halluciné, traversé par l'effroi

 

  • Corps de l’enfant

      En fait c’est un corps d’homme « en modèle réduit »

  • Impression qui s’en dégage

        Terrifiant, vision de l’ogre  

Cronos est un personnage mythologique, Hitler un personnage de l’Histoire Cronos est représenté comme un vieillard hirsute au regard exorbité. Fou ou terrorisé par son propre acte ?

Il dévore ses propres enfants pour ne pas perdre son pouvoir.

Mais curieusement cet enfant à un corps d’homme. Et Cronos le dévore  avec furie, violence. Cronos incarne ici le mal absolu. Son acte est dépourvu de toute humanité. Or, si les dieux sont capables du pire, pourquoi pas les hommes ? Il accomplit son crime parce qu’il est convaincu de sa nécessité… (Macbeth)

   

Goya, Saturne dévorant ses enfants

Goya