Histoire de la Poésie

Petit rappel d'histoire de la poésie

 

Poésie vient de “poien” = créer , fabriquer en grec. Le poète est celui qui crée à partir des mots, celui qui va donner forme au langage.

OrpheLe mythe d’Orphée illustre le pouvoir du chant et de la poésie. Ce personnage à la fois poète et musicien a servi de référence à de nombreux auteurs contemporains comme Apollinaire.

  Orphée est à l’origine du lyrisme, (expression personnelle des sentiments) 

Le lyrisme doit   son nom à la lyre d’Orphée qui accompagnait ses chants. Capable de charmer les profondeurs des enfers, il devient le modèle des poètes par son talent et son courage.
Orphée illustre non seulement le pouvoir du chant et de la poésie, mais aussi le devoir du poète. Car Orphée  prit le risque de descendre aux Enfers pour retrouver son amour Eurydice. Et telle est la situation du poète : trouver le lieu de l'origine, prendre le risque de regarder le monde à rebours en le nommant dans une langue qui défie la parole commune, délivrée de tout projet de communication ou d'idéologie.

Si le sujet vous intéresse :

Pourquoi la poésie ? L’Héritage d’Orphée de Fabrice Midal. Pocket, 248 p., 8,90 €.

 


 

Moyen âge :

D’une forme orale héritée de l’Antiquité, la poésie sous des formes écrites se développe : Chanson, ballade, rondeau…

 


 

XVI°

Avec le XIX°, le XVI° est le grand siècle de la poésie.

A la Renaissance, et avec l’Humanisme la poésie connaît au XVI° un essor considérable.

Louise Labé est une poétesse au ton original qui utilise sa propre expérience amoureuse pour décrire dans ses Sonnets, les peines et les joies de l’amour.,

Quant aux poètes de La Pléiade ( Ronsard, Du Bellay…), ils ont une très haute opinion de leur rôle. Pour eux l’inspiration du poète est quasi-divine.. Ces jeunes poètes se battent pour une poésie en langue française. Ils mettent à la mode le sonnet (hérité des italiens et notamment de Pétrarque) en  alexandrins et en font la forme la plus noble.

    

Pierre de RONSARD   (1524-1585)Mignonne, allons voir si la rose… Joachim DU BELLAY   (1522-1560)Heureux qui, comme Ulysse… 
A Cassandre

(…)Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesseFera ternir vostre beauté Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !


 

 


 

Au XVII°

3 courants :

a) La poésie baroque : les thèmes sont liés à l’instabilité du monde, à la mort, à l’eau…Tout ce qui est mouvant, changeant…

b) La poésie précieuse : elle cherche le raffinement…

c) La poésie classique : exigence de clarté et de mesure. Elle obéit à des règles strictes comme le théâtre à la même époque. Boileau et Malherbe en théorisent les règles. L’écriture poétique se place sous le pouvoir de la technique et de la raison.

 

La Fontaine, dans ses Fables , utilise la poésie classique pour porter un regard satirique sur l’homme et le monde.

Le texte théâtral classique (tragédie et comédie) est alors écrit en vers et Corneille, Molière ou Racine  en sont les plus brillants représentants.

 


 

XVIII°

La poésie est peu présente au XVIII°. Théâtre, conte philosophique, roman, essai seront les genres favoris du XVIII° sans doute parce que ce siècle privilégie la réflexion philosophique et laisse un peu de côté le lyrisme.

 


 

Le XIX°

C’est le siècle des révolutions poétiques. Et le genre revient en force.

 

Le romantisme :

Amorcé avec J.J Rousseau, le romantisme marque la 1ère rupture en réaction contre la Raison (XVIII°), le progrès, la science. L’intérêt revient sur l’individu, ses sentiments, ses questionnements face au temps, à l’amour, à la mort… C’est par excellence une poésie lyrique qui chante « le mal du siècle », la solitude, la mélancolie… Hugo disloque l’alexandrin qu’il juge trop rigide. Et les poètes romantiques se libèrent des règles classiques héritées du XVII°. Lamartine, Hugo, Vigny, Musset…(Voir fiche romantisme)

Voir la fiche sur le Romantisme

 

b) Le Parnasse (c’était dans l’Antiquité, le séjour des Muses)

Ils rejettent certains aspects du romantisme (Lyrisme et engagement politique notamment). Ils préfèrent : le gout du pittoresque, le travail descriptif, la « couleur locale »… Ce qu’ils prônent avant tout, c’est « l’Art pour l’Art »…Pour eux, l’art n’a d’autre fonction que lui-même. La poésie n’a pas à s’engager, elle n’existe que par le travail sur la forme. Ils utilisent le rondeau, le dizain, le sonnet…

Représentants célèbres : Théophile Gautier, Leconte de Lisle, Hérédia…

 

 c) Baudelaire La forme poétique se modernise.

 Baudelaire est une figure incontournable de la poésie du XIX°
Il renouvelle la poésie par les  thèmes qu’il choisit qui tout en gardant souvent la forme classique du sonnet.
Et par   des images inattendues comme le suggère le titre de son recueil Les Fleurs du mal (1857)
Chez lui, la recherche du Beau ne tue pas l’émotion…
 Il introduit aussi (après Aloysius Bertrand), le poème en prose.  Ce sont de petits « tableaux » qui peignent les misères et l’insolite de la vie urbaine. (Cf. Les Fenêtres ou Le Jouet)
 
Baudelaire, L’Idéal
Ce ne seront jamais ces beautés de vignettes,
Produits avariés, nés d'un siècle vaurien,
Ces pieds à brodequins, ces doigts à castagnettes,
Qui sauront satisfaire un coeur comme le mien.

 

d) Le symbolisme :

Les symbolistes  cherchent à prouver que la poésie est une langue particulière qui peut dire le monde autrement. Il faut redonner du sens au motles débarrasser des clichés. Il veulent inventer une nouvelle musique poétique : « de la musique avant toute chose… » écrit Verlaine.. C’est pourquoi il préfère les vers courts et impairs. Il est influencé par le mouvement pictural de l’impressionnisme.

Paul VERLAINE   (1844-1896), Art poétique

De la musique avant toute chose,

Et pour cela préfère l'Impair

Plus vague et plus soluble dans l'air,

Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

 

e) Avec Rimbaud, la poésie prend une nouvelle force.

Rimbaud exprime sa révolte contre l’ordre social dans Poésies (1870-1871) : cf. Le Dormeur du val

A 17 ans, il expose dans une lettre à son ancien professeur, sa vision révolutionnaire de ce que doit être la poésie :

Pour Rimbaud, Hugo et Baudelaire sont déjà des voyants.  Rimbaud   avec une oeuvre   brève et fulgurante, regroupe ces expérimentations tout en ouvrant des voies explorées encore aujourd’hui.    Son recueil Illuminations se caractérise par la liberté de la forme. Rimbaud utilise la prose. Et la réalité est souvent métamorphosée.  

Rimbaud, Illuminations, 1886

Départ

     Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.
     Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.
     Assez connu. Les arrêts de la vie. — Ô Rumeurs et Visions !



 

XX°s : la poésie en liberté.


Au vingtième, toute contrainte formelle disparaît. Chaque poète peut imposer ses propres règles.

Apollinaire

Il est le représentant de ce qu'on a appelé « l'esprit nouveau ». Son recueil Alcools (1913) est placé sous le signe de la modernité :

  •  suppression  de la ponctuation 
  • choix du premier poème intitulé « Zone » et qui commence par ces vers :

« A la fin tu es las de ce monde ancien…
Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin.
Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine

  •  Ville de Paris présentée comme un espace urbain source d'une esthétique nouvelle
  •  Il crée le « poème-conversation »
  •  Les calligrammes
  •  Compose un poème Chantre, en un seul vers : «  Et l’unique cordeau des trompettes marines »
  •  Apollinaire à pour devise « j’émerveille ». Son but est de surprendre le lecteur et de donner les moyens à la poésie d’accéder à la modernité.

 


 

 Les surréalistes (années 1920)

Le surréalisme est né de la révolte de jeunes gens horrifiés par les horreurs de la première guerre mondiale. André Breton, médecin militaire, découvre Freud et la méthode des associations  libres en soignant les traumatismes des soldats revenus du front. Il s'en inspire et propose l'écriture automatique, sorte de dictée de l'inconscient qui ne se préoccupe d'aucune contrainte.

Robert Desnos publiera des récits de rêves écrits sous hypnose.

Le but : faire émerger l'imaginaire enfoui dans la conscience.


En 1924 parait le Manifeste surréaliste de Breton. Le mouvement est ainsi défini :

SURREALISME, n. m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. »

L'image surréaliste y est décrite  comme le choc de deux réalités tout à fait éloignées l'une de l'autre. Et « plus les rapports des deux réalités rapprochées seront lointains et juste, plus l'image sera forte – plus elle aura de puissance émotive et de réalité  poétique »

Paul Eluard

La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas

Ils ne vous donnent plus à chanter

Au tour des baisers de s’entendre

Les fous et les amours

Elle sa bouche d’alliance

Tous les secrets tous les sourires

Et quels vêtements d’indulgence

À la croire toute nue.

 

Les surréalistes privilégient des thèmes comme le rêve, l'amour, deux domaines ou le rationnel n’est pas très présent mais où  l'inconscient joue un rôle essentiel.

Aragon, Éluard sont de grandes figures de la poésie surréaliste notamment illustrés par leur thématique amoureuse

En 1926, paraît  Capitale de la douleur d'Éluard. La Courbe de tes yeux est un poème qui fait l'éloge de sa femme Gala dont la lumineuse beauté gagne tout l'univers. Élargissement de la fin du poème est caractéristique : « comme le jour dépend de l'innocence/le monde entier dépend de tes yeux purs/et tout mon sang coule dans leurs regards. »

Quant à Aragon, il rend hommage à sa compagne Elsa Triolet dont il fait sa muse dans de nombreux poèmes. Les titres de ses oeuvres sont révélateurs de cette source d'inspiration : Les Yeux d'Elsa (1942), Elsa (1959), Le Fou d’Elsa (1963)… 

Le poème de forme libre travaille surtout l’image.  On peut ainsi avoir des successions d’images contrastées. On a aussi  une attention spécifique portée aux clichés, aux mots de tous les jours réinventés  . Ainsi  Breton écrit : « Qu’est-ce qui me retient de brouiller l’ordre des mots, d’attenter de cette manière à l’existence toute apparente des choses. Le langage peut et doit être arraché à son servage ».

Des formes brèves et closes, voire classiques apparaissent chez Éluard pour exprimer l’amour comblé ou intense tandis que l’expérience de l’amour malheureux ou instable s’exprimera en rassemblement de phrases isolées, en strophes de nombre impair.

 

Sur le plan formel, les principes surréalistes ont les conséquences suivantes (pas systématiques)

  • déstructuration du vers ;
  • absence de rimes ;
  • recours au vers libre ;
  • images sans apparente logique ;
  • thèmes du rêve et de l’inconscient ;
  • éclatement des formes fixes ;
  • écriture à quatre mains (voire davantage) ;

Les apports de la poésie surréaliste sont considérables. En libérant le vers et l’inspiration de siècles de contraintes formelles et morales, les poètes surréalistes ont révolutionné l’écriture poétique. Leurs idées influent sur les grands poètes de la seconde moitié du XXe siècle : Yves Bonnefoy, André du Bouchet ou Eugène Guillevic.

Pour en savoir plus :  http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-surrealisme/ENS-surrealisme.htm

 

 


 

Poètes résistants- Poètes engagés

Liberté de Paul Eluard en 1942 devient un poème phare de la littérature engagée.(traduit en 10 langues et parachuté par Les Anglais sur les pays occupés)

Aragon publie en 1943 un poème clandestin : "Je vous salue ma France » Et dans La Rose et le réséda, il rend hommage en 1944, à 4 résistants morts pour la France.


Desnos aussi participe à la résistance. Arrêté et déporté il meurt en 1945 au camp de Térézin  

René Char avec Feuillet d’hypnos rapporte son expérience de résistant. (1946). Texte en prose, discontinu. Char revendique refus et révolte. 

 A tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s’asseoir. La place demeure vide mais le couvert reste mis. » R. Char, Feuillets d’Hypnos

 

Pour en savoir plus sur la poésie engagée : http://www.cndp.fr/poetes-en-resistance/poetes/rene-char/