Baudelaire, Les Fleurs du Mal

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal

Interview biographie de Charles Baudelaire alias Jean Pierre Jorris - Archive INA


Eléments biographiques

 

 

Modernité de Baudelaire

Français 1ère L : Baudelaire et la modernite poetique


 

 Influences

  • Platon et le monde intelligible (Réminiscence)
  • Le XVI° et la Pléiade (Blasons de Marot)
  • ·Le romantisme (Baudelaire admire Hugo, Lamartine, Vigny...)
  • Le satanisme. Baudelaire remercie le romantisme d'avoir "révélé "le Lucifer latent qui est installé dans tout coeur humain"" (Voir Pessoa)
  • Le romantisme noir (gothique) inspire aussi Baudelaire très marqué par T.Gautier
  • Le Parnasse : L'idée d'un art pour l'art, d'un unique souci de la forme a  influencé aussi Baudelaire. Ainsi il écrit "La poésie n'a pas d'autre but qu'elle-même"" Mais il se détachera de cette influence pour aller vers modernité et une certaine forme de réalisme

Baudelaire modernité

 

 Baudelaire  invente la modernité, autrement dit une "solution", une "troisième voie" entre émotion romantique et souci parnassien de la forme.   Cette modernité, il la reconnaît dans les oeuvres d'artistes tels que Delacroix, Daumier, Manet, Cézanne et Wagner, dont il est un des premiers à percevoir la nouveauté et le  génie.

Dans "Le Peintre de la vie moderne", Baudelaire formule ainsi son ambition : "dégager de la mode ce qu'elle peut contenir de poétique dans l’historique, [...] tirer l'éternel du       transitoire."

La forme : Baudelaire se place du côté d'un certain classicisme formel. L'usage de l'alexandrin et du sonnet reste majoritaire chez lui.   Rimbaud reprochera à Baudelaire de n'avoir pas  vu que "les inventions d'inconnu réclament des formes nouvelles."

 



 

Les Fleurs du Mal, une oeuvre qui fait scandale...

Le procès des Fleurs du Mal


Sous le 2° empire la censure est active. Le pouvoir veut faire régner un "ordre moral". Les réalistes sont accusés de vouloir démoraliser la population en montrant la misère/ Flaubert est poursuivi pour immoralité pour Mme Bovary..

Dés la parution des Fleurs du Mal, un critique écrit : "l'odieux y coudoie l'ignoble'. Un certain nombre de poèmes sont considérés comme "offense à la morale religieuse" et "offense à la morale publique et aux bonnes moeurs"(voir les pièces condamnées)

Pièces condamnées qui doivent être retirées du recueil : Les Bijoux, le Léthé, A celle qui est trop gai, Lesbos, Femmes damnées, Les Métamorphoses du vampire

 


 


 

Le recueil des Fleurs du Mal 1857 et 1861

F42 highres

Le recueil Les Fleurs du Mal  paraît dans un contexte littéraire où se côtoient   la poésie romantique, la poésie parnassienne et le roman réaliste.

Baudelaire est inclassable…Romantique par le satanisme, la complaisance dans le mal et dans ce que Hugo appelait « le rayon macabre ». Mais plutôt parnassien par sa prosodie ( la forme de ses poèmes)

Et il est le premier qui se soit appliqué à une poésie à l’état pur, construite sur le langage, sur un langage spécifique. Baudelaire, comme Flaubert avec le roman, fait de la littérature sa propre mise en question.

 

Dans les Fleurs du Mal,  pas de poèmes historiques, de légendes, de poèmes politiques, peu de description…Mais tout y est charme, musique, sensualité abstraite.

Le titre est fondé sur un oxymore: Fleurs : connote l’idée de beauté Mal : idée de souffrance, de douleur, de pêché. Mais préposition « de » indique lien de dépendance entre ces deux termes : Les fleurs sortent du mal : fleurs = la beauté que l’on extrait du mal. L’opération poétique permet de transfigurer le mal et la laideur en beauté. Processus alchimique (métaux en or) "j'ai pris ta boue et j'en ai fait de l'or" lié à la capacité du poète à accéder au symbole, à être un "traducteur" du monde. En définitive le recueil manifeste la tentative de s’extraire du spleen pour trouver le beau ou l’Idéal. L'art, (la poésie) représente cette possibilité alchimique

 

 

 

 

 

 

Structure du recueil

C’est la recherche de l’Idéal, qui seul permettra d’échapper au Spleen.

Car tout être porte en lui le désir de bonheur absolu. Mais c'est toujours l'angoisse qui gagne.Et la structure même du recueil montre ce combat  .  

En effet, le recueil est formé de 6 parties :

 

  • Idéal et Spleen : grandeur et misère de l’homme
Après le sombre poème « Bénédiction » qui ouvre le recueil, Baudelaire découvre les lumières : l’art et l’amour.
D’abord c’est le cycle de l’art De Bénédiction à Hymne à la Beauté. C’est la grandeur du poète au sein de sa misère, incompris de la société.
Vision de la nature selon les correspondances, retour à un paradis qui est celui de l’homme avant la chute et de l’enfant auprès de sa mère…
Puis vient le cycle de l’amour de Parfum exotique à Sonnet d’automne .
L’art se mêle à l’amour mais le salut du poète est plus assuré par l’art que par l’amour. Car l’amour ne peut vaincre la mort sans la force de l’art. C’est le thème d’Une Charogne : la beauté mourra et le poète gardera la forme et l’essence divines de ses amours décomposées…
Sur une route, le poète et sa belle découvre un cadavre  en putréfaction…

(…)

Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !
 
Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.
 
Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !
 
Enfin le cycle du Spleen :

Etouffement humain, horreur d’être soi-même ; complaisance de l’homme envers son propre malheur, évasion impossible…

 

  • Tableaux parisiens

http://commentairecompose.fr/baudelaire/tableaux-parisiens-baudelaire/

Le spectacle de la ville n’apaise pas le poète. Mais au contraire lui renvoie l'image de sa détresse à travers la rencontre de tous les laissés-pour-compte, aveugles, infirmes, êtres déchus. La ville est une vaste allégorie du malheur d'être homme :

« Paris change ! Mais rien dans ma mélancolie
N'a bougé : palais neufs, échafaudages, blocs,
Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie,
Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs ».
 

Le poète va alors chercher des évasions véritables…

  •  Le Vin

 C'est la tentation des paradis artificiels, la volonté de retrouver « cette belle saison, ces heureuses journées, ces délicieuses minutes » qui disent parfois la possibilité du bonheur. Mais après l'ivresse et le songe, il y a le réveil…

C'est alors le cycle du vice. Le plus sombre du livre.

 

  • Les Fleurs du Mal

C’est la plus vaine des tentatives puisque le vice   conduit à un sentiment de culpabilité. À ce stade du recueil nous avons quitté les lumières pour les ténèbres du Mal. Mais ce moment décisif donne justement son titre au recueil car c'est à partir du vice que nous ne pouvons plus nous mentir. La condition humaine apparaît sans voile. On ne peut que l'assumer. Et c'est par la révolte que le poète   choisit de le faire.

 

  • Révolte

Blasphème, religion travestie, option pour Satan contre Dieu… Tels sont les thèmes de cette partie. Mais la révolte c'est l'exaspération du mal et non sa rémission. Où trouver alors le repos ? Dans la mort…

 

  • La Mort

La mort n'est plus ici symbole de notre malheur mais plutôt l'espoir de la vie. Elle apparaît comme un plaisir et non plus comme une peur, comme une hantise. Au fond c'est la vie même qui n'a pas de sens non pas parce que nous ne sommes pas éternels mais parce que nous sommes captifs et que nous ne pouvons assouvir notre soif d’infini.  . La mort pour Baudelaire, c'est l'inconnu et c'est la seule terre vers laquelle le voyageur revenu de tous les voyages peut encore s'embarquer car il est du moins assurer qu'elle sera autre que les terres de son ennui. Ainsi écrit-il à la fin du poème Le Voyage qui clôt le recueil :

« Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe   ?

Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau ! »

 

Mais en même temps, un poème comme Le Voyage n’efface un poème comme La Chevelure ou L’Invitation au voyage. Car tous les moments du recueil sont vécus comme des absolus. Et ce qui ressort de ce livre c’est davantage le conflit incessant entre l’Idéal et le Spleen. Il y a chez Baudelaire et il le dit lui-même « …dans tout homme, à toute heuredeux postulations simultanées, l'une vers Dieu, l'autre vers Satan. L'invocation à Dieu, ou spiritualitéest un désir de monter en grade;celle de Satan, ou animalitéestunejoie de descendre.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

 

De même, il y a chez Baudelaire extase de la vie et haine de la vie. Il faut donc lire Les Fleurs du Mal comme un cercle fermé sur lui-même. Après Le Voyage, il faut relire Le Balcon

  

Entre Spleen et Idéal...

 Entre Spleen et Idéal

 

http://commentairecompose.fr/les-fleurs-du-mal/spleen-et-ideal/

 

Le poète des fleurs du mal est tiraillé entre Spleen et Idéal.

Le Spleen, c'est l'Ennui. Un Ennui métaphysique. Celui qui est personnifié dans le poème « Au lecteur » qui sert de préface.

(…)Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,
 
Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !
Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde ;
 
C'est l'Ennui ! - l'oeil chargé d'un pleur involontaire,
Il rêve d'échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
- Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère !
 

 

Le spleen c'est l'angoisse face à cet Ennui, au temps, à la solitude, l’impossibilité à trouver un sens…. Baudelaire dans une lettre à sa mère de 1857, définit ainsi le spleen : « ce que je sens, c'est un immense découragement, une sensation d'isolement insupportable, une peur perpétuelle d'un malheur vrai, une défiance complète de mes forces, une absence totale de désir, une impossibilité de trouver un amusement quelconque… Je me demande sans cesse à quoi bon ceci ? À quoi bon cela ? C'est là le véritable esprit de spleen… »

L'Idéal c'est la capacité à sentir la Beauté et comprendre le monde invisible des choses spirituelles dont le monde visible n'est que le reflet (caverne de Platon). On retrouve ici la vision platonicienne et l'opposition au monde sensible/monde intelligible.

   Baudelaire reprend en cela les idées du philosophe grec Platon : (cf. le mythe de la caverne), les apparences du monde sensible, autrement dit la réalité qui nous entoure, ne seraient que le reflet, la pâle copie d’un monde invisible qui nous est inaccessible, une sorte d’au-delà idéal, où tout atteindrait sa perfection, sa parfaite essence : beauté, amour... 

Le terme d’Idéal désigne donc ce monde invisible, inaccessible certes, mais que le poète est parfois capable d’entrevoir, dans les méandres de sa mémoire, dans son imagination, dans un ailleurs exotique, dans une femme, dans un parfum, une chevelure… 

Baudelaire redéfinit la poésie  et pour lui « l’imagination seule contient la poésie » ; elle est « la reine des facultés ».

Mais pour lui, l’imagination n’est pas instinctive, sauvage. Elle est une conscience, le travail de toutes les forces de l’esprit. Elle consiste à composer cet univers qui nous parvient comme incohérent, elle consiste à …ordonner la nature. 

Avec Baudelaire, ce n’est pas le cœur qui recompose, c’est l’esprit. (ce qui le différencie notamment des romantiques). « je veux illuminer les choses avec mon esprit et en projeter le reflet sur les autres esprits » ;

L’imagination ordonne la nature selon des règles, des liaisons que seul le poète est capable de voir. Il est un « traducteur », un « déchiffreur de l’universelle analogie ».Il est l’inventeur des métaphores mais les métaphores sont « exactes » ; elles rapprochent ce qui doit être rapproché, elles ont des révélations. Et ce sont les Correspondances

« La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers »
 

Les   correspondances jouent sur deux plans :

-       Les correspondances horizontales (synesthésiques) : analogie entre les sensations

 C’est l’idée que le monde qui nous entoure, malgré son apparent désordre et son chaos, possèderait une profonde unité. Ces correspondances horizontales se traduisent concrètement chez Baudelaire par le mélange des sensations qui semblent se fondre, fusionner entre elles.  cf. le poème Correspondance

« les parfums, les couleurs et les sons se répondent… »

Mais cela est possible parce qu'il y a correspondance du sensible au spirituel. Les correspondances révèlent le monde comme unité.

http://www.youtube.com/watch?v=OsoxIdnowAc

 

- Les correspondances verticales : pour Baudelaire, la réalité qui l’entoure est composée de« symboles » que seul le poète peut déchiffrer et qui lui permettent d’entrevoir le monde invisible et immatériel de l’Idéal. Il existerait ainsi une communication secrète entre le monde matériel visible et le monde invisible de L’idéal, ce sont les correspondances verticales. (en quelque sorte vers le monde intelligible)

  

Ce qui n'empêche pas Baudelaire d'être le poète de la modernité : « celui-là seul sera le peintre, le vrai peintre, qui saura arracher à la vie actuelle son côté épique ». La poésie de Baudelaire ne se sépare jamais de l'expérience vécue. Il est avant tout un être de sensualité et la vie seule donne la sensation. S'il cherche un ailleurs, donc l'évasion ce n'est pas parce que la vie n'a pour lui aucune couleur, aucun son, c’est qu’elle le déçoit parce qu'il en espère énormément. C'est le monde de l'ici et maintenant qui le passionne, qui fait battre son cœur avec violence. Et c'est sans doute pour cela qu’il nous bouleverse encore. Les Fleurs du Mal sont avant tout le livre d'une confession, d'un cœur mis à nu. Et il le dit lui-même : « faut-il vous dire, à vous  qui ne l'avait pas   plus deviné que les autres, que dans ce livre atroce, j'ai mis tout mon cœur, toute ma tendresse, toute ma religion (travestie), toute ma haine ? Il est vrai que j'écrirais le contraire, que je jurerais les grands dieux que c'est un livre d'art pur, de singeries, de jonglerie et je mentirais comme un arracheur de dents… »

 podcast France inter : Baudelaire et Les Fleurs du Mal

Et...Un été avec Baudelaire

Lecture analytique n°2 : Invitation au voyage