Rodin, Monument à Balzac

"Honoré de Balzac" Rodin - d'Art d'Art

Auguste rodin 1431863Auguste Rodin (1840-­‐1917) 

François-Auguste-René Rodin est né le 14 novembre 1840, à Paris. En 1854, il forme le vœu de devenir artiste. C’est dans ce but qu’Auguste Rodin entre quelques temps plus tard à l’École spéciale de dessin et de mathématiques, également appelée la " Petite École " (future École Nationale des Arts décoratifs).  il se décide ensuite à quitter la " Petite École " afin d’entrer à l’École des Beaux Arts. L’artiste   en   herbe   échoue   cependant   par   trois   fois   au   concours   d’entrée. (comme   quoi…Il   ne   faut   jamais désespérer !) Auguste Rodin interrompt alors ses études. A partir de 1858, il trouve à s’employer chez divers décorateurs et autres ornemanistes.

En 1864, il loue par commodité un atelier près des Gobelins. La même année, l’artiste fait bientôt la rencontre d’une jeune femme, Rose Beuret, qui fréquente le quartier. De leur union naîtra un fils deux années plus tard. En 1875, Auguste Rodin effectue un voyage d’études en Italie. De retour à Bruxelles, il expose en 1877 L’Age d’Airain, un nu masculin, au Cercle artistique et littéraire de Bruxelles, puis à Paris au Salon des Artistes français. On l’accuse de l’avoir moulé sur nature. Malgré une défense énergique du sculpteur, la calomnie prend le dessus aux yeux du public.

L’État français, ayant récemment fait l’acquisition de L’Age d’Airain, lui commande en 1879 une porte monumentale à réaliser pour le futur Musée des Arts Décoratifs. Rodin, qui choisit pour thème décoratif La Divine Comédie de Dante, y travaillera jusqu’à la fin de ses jours, sans jamais l’achever.

Auguste Rodin, qui accède à la notoriété artistique, est à présent un personnage en vue. L’artiste s’entoure de collaborateurs au talent prometteur comme Camille Claudel, qu’il a rencontrée en 1883, Aristide Maillol ou Antoine Bourdelle à partir de 1893. Son atelier s’organise comme une véritable entreprise dont l’État est le premier client. Auguste Rodin accède aux honneurs.

En 1887, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur. Poursuivant son œuvre, Auguste Rodin exécute les figures d’Adam et Ève ainsi que le célèbre Penseur en 1882, puis celle du Baiser en 1886. En 1895, le sculpteur honore une commande passée par la municipalité de Calais, celle d’un Monument aux Bourgeois de Calais. 

A cette époque, Auguste Rodin et Camille Claudel cachent  leur  amour  dans  l’atelier  du  maître. L’année  suivante,  Auguste  Rodin  doit  à  présent faire  face  au  scandale  du  Monument  à  Balzac exposé   au   Salon   de   la   Société   nationale   des Beaux-Arts, commandé et refusé par la Société des Gens de lettres. L’écrivain est représen60dans une robe de chambre, les bras croisés par Rodin.  En 1898, a lieu la rupture d’avec Camille Claudel.

Au tournant du siècle, l’œuvre de l’artiste connaît maintenant un retentissement international. Se multiplient dans l’ensemble de l’Europe, puis au Japon et bientôt aux États-Unis, les expositions qui lui sont consacrées. Le 29 janvier 1917, Auguste Rodin épouse néanmoins Rose Beuret, sa compagne de toujours.

 Malade et affaibli, Auguste Rodin, qui vient de recevoir une commande pour un monument à la mémoire des combattants de Verdun, décède le 16 février 1917, à Meudon où il est enterré.

 



 

Rodin, Le Baiser

Rodin baiser

Rodin, Danaides

Rodin pp

Rodin, La Main de Dieu

Rodin main de dieu

Le Monument à Balzac

En 1891, Zola, devenu président de la Société des gens de lettres, fait désigner Rodin pour la réalisation du monument à Balzac, près d'un demi-siècle après la mort de l'écrivain. Le sculpteur se lance à corps perdu dans une quête documentaire   Partout il cherche les traits de Balzac. Commencent alors quatre longues années de gestation. Rodin hésite sur le vêtement, pour finalement étudier diverses positions de nus.

Il trouve enfin la structure de la figure en 1895, passe aux études de drapés. Selon le témoignage du sculpteur Pompon,  Rodin  "trempa  sa  robe  de  chambre  dans  une grande bassine de plâtre et habilla ainsi son étude". Le vêtement est de plus en plus simplifié. L'étoffe s'élargit, s'amplifie : Rodin cherche une figure  que  son  élan  porte vers le ciel, il conçoit un symbole presque abstrait de la puissance du romancier. On ne voit plus que la tête, dominant un corps renversé en arc. C'est à la chevelure qu'il imprime le mouvement. "De sa statue dominatrice, le corps frémissant dans les plis de sa robe aux manches vides, Balzac, debout, rejetant en arrière sa vaste tête de fauve aux aguets, buvait, des yeux, des narines, des lèvres, humait la rumeur tourbillonnante, l'odeur, la fièvre de la comédie humaine" (André Fontainas).

Lorsque le plâtre est exposé au Salon de 1898, les critiques se déchaînent : on raille le bloc informe. Il est comparé à un crapaud dans un sac, une statue encore emballée, un bloc de sel qui a subit une averse. On le surnomme le menhir, le bonhomme de neige. La Société refuse cette oeuvre en rupture totale avec les codes en vigueur pour le monument commémoratif, et notamment avec l'exigence réaliste du portrait. Rodin reprend alors la statue, rend l'argent, et refuse toutes les propositions d'achat. Ce n'est qu'en  1939 qu'un bronze est inauguré à Paris, boulevard Raspail.

Source : Musée d’Orsay ; http://www.musee- orsay.fr/fr/collections/oeuvres-commentees/recherche/commentaire_id/balzac- 7084.html?no_cache=1&cHash=34b711a6eb

Monument balzac

Etude tete balzac

Cette statue que le sculpteur considérait comme la résultante de toute sa vie, fut conspuée par une grande partie de la critique et du public et refusée par son commanditaire, la Société des gens de lettres. Si  l'œuvre  a  tant  choqué,  c’est  qu’elle  ébranlait  la  tradition  de  représentation  monumentale  des  grands hommes. Après une fine recherche documentaire et iconographique, après des dizaines d’études de corps nus ou habillés, de têtes et de drapés, Rodin abandonna le projet d’un portrait ressemblant, élimina tout accessoire, tout attribut ou figure allégorique, pour mettre la vigueur de son modelé et le jeu des ombres et des lumières au seul service d’une représentation de la force créatrice de l’écrivain visionnaire. Inspirée du « non finito » de Michel-Ange, elle résume parfaitement le penchant plus expressionniste et torturé de l'œuvre de Rodin. Dépourvu des attributs clichés de l'écrivain (plume, papier, encre...) ce Balzac aux traits imprécis et aux yeux creusés paraît comme décharné, écorché, son corps presque dissolu dans la robe de chambre dans laquelle il avait l'habitude d'écrire.

Le véritable sujet du monument

Basculé en arrière, détournant sa tête altière, drapé dans son ample robe de chambre, ce colosse semble par la puissance de son seul regard pénétrer les mystères d’un monde dont il se tient à distance. En découvrant le monument à Balzac, le polémiste Henri Rochefort avait déclaré en mai 1898 : “ Jamais on n'a eu l’idée d’extraire ainsi la cervelle d’un homme et de la lui appliquer sur la figure ! ” Ce commentaire provocateur avait le mérite de mettre en valeur la recherche du sculpteur, qui voulait réaliser un portrait moral plus que physique de l’écrivain. 

Au sommet de ce “ menhir ”, la tête léonine sur laquelle s’arrêtent les yeux du spectateur n’est plus véritablement humaine : “ c’est le visage de celui qui a vu toute la comédie humaine ”, écrira  Georges Rodenbach. “ C’était la création elle-même, qui se servait de la forme de Balzac pour se manifester ; c’était la création dans son arrogance, son orgueil, sa griserie, son ivresse (Rilke). ” Le monument est devenu la personnification d’une abstraction.

Tete balzac

En opérant cette révolution esthétique, Rodin reçoit le soutien de nombreux intellectuels et artistes progressistes, engagés à ce moment aux côtés de Dreyfus et Zola, comme Clemenceau, Monet, Courteline, Anatole France, Charles Péguy, Emile Gallé, André Gide… Ceux-ci avaient déjà réuni assez de signatures et d’argent pour envisager d’édifier le monument en bronze dans Paris, quand Rodin refusa leur soutien. Avant tout soucieux de son œuvre, l’artiste demeurait indifférent à l’affaire Dreyfus, et craignait  de  voir  sa sculpture  associée  au  combat  politique  majeur  de l’époque Inquiet de cette rencontre des deux  “ affaires ”, il préféra retirer son plâtre à Meudon (où Steichen réalisa ses prises de vue nocturnes) et renoncer à l’installation du monument dans Paris. Il fallut attendre juillet 1939 pour voir le grand bronze de Rodin être érigé dans la capitale, au carrefour des boulevards Raspail et du Montparnasse.

«Cette œuvre, c'est la résultante  de  toute ma vie, le pivot de mon esthétique» dira Rodin, en 1908, à propos de son Balzac, chef-d'œuvre non pas inconnu mais trop longtemps méconnu, refusé, moqué, bafoué avant que justice  lui soit enfin rendue.

 

«La mission de l'art n'est pas de copier la nature mais de l'exprimer», déclarait Frenhofer, le héros du Chef-d'œuvre inconnu. Rodin cherchant «à matérialiser son rêve» est fidèle à cet idéal tout au long de cette douloureuse gestation à laquelle nous assistons.

Pas   de   salut   donc   du   côté   d'une    illusoire ressemblance, abandonnée     ici au profit de «l'énergie».  Énergie toute   balzacienne en accord, au sens quasi musical du terme, en écho, avec celle    qui émane de     toute   La Comédie humaine. Énergie de la tête avec le profound relief de l'arcade sourcilière, dont nous pouvons apprécier les multiples variantes. Fécondité d'un  corps don’t le sculpteur  ne  cherche  pas  à atténuer  la  corpulence, au contraire,      car au terme des nombreuses études de nus, ce qui  apparaît c'est bien  le ventre  fécond du  «plus fécond de nos romanciers»  :  formule-cliché  ici  revivifiée. Ventre  porteur  d'un  monde,  orgueilleusement drapé  au  final dans sa toge d'airain, l'œuvre étant  «comme  enveloppée"  dans  son  auteur .

 

Profondément touché mais invinciblement résolu, Rodin, «grand poëte de la douleur» - ainsi le qua- lifie son ami Eugène Carrière -,  se voudra seul possesseur de la statue de Balzac désormais vouée au silence ombreux de ratelier de Meudon. Blanc fantôme miracu- leusement capté dix ans plus tard dans la chambre noire du photographe américain Eduard Steichen, fasciné, lui aussi, dès sa prime jeunesse, par le Balzac dont il a vu une reproduction - «On aurait dit une montagne prenant vie» - et dont il rêve de«saisir» l'original... Rêve réalisé en  1908, l'année où Rodin, l'affaire Dreyfus assoupie, se décide à lancer une campagne photographique du monument.

Alors l'imposante statue sort enfin de l'atelier et Steichen la photographie «à la lumière de la lune» après deux nuits entières de veille «du coucher au lever du  soleil».  Le  résultat  est  sai- sissant.  «Il semblait le double astral rendu perceptible aux yeux des profanes de l'im- mortel  écrivain,  tel un être venu du monde de l'occulte et qui va  y  retourner» écrit Judith Cladel, biographe de Rodin. «C'est le Christ marchant dans le désert» constate Rodin, très ému, et prédisant : «vos photographies  feront comprendre  au  monde  mon Balzac».

Balzac désormais en marche. Selon le vœu exprimé par le sculpteur avant sa mort, c'est à Paris que la statue sera enfin coulée en bronze (en ... 1936!).

Sources : Catalogue de l’exposition sur le site Persée/ Site histoire image.org Frédérique LESEUR http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/roman_0048- 8593_1999_num_29_104_3413

http://www.histoire-image.org/site/oeuvre/analyse.php?i=338

Rodin relit Balzac, voyage en touraine pour s'inspirer du milieu ou vécut l'écrivain et pour trouver le type facial tourangeau typique (Balzac est pourtant d'origine méridionnale... ). Il  amasse  photographies, lithographies, spécimen d'écriture de Balzac dans le but de mieux connaître l'homme avant de commencer sa statue. Il correspond avec Julien Lemer qui a écrit une biographie, Balzac, sa vie, son oeuvre et qui connaît bien l'écrivain. Il fait refaire par le tailleur de Balzac un manteau aux dimension surprenantes du maître : tour de taille et tour de poitrine identiques : 104 cm, hauteur du pantalon de la taille au revers : 92 cm.

Il se met alors à travailler le personnage sous tous ses angles et il fera dans les années qui suivent une cinquantaine d'études, 15 maquettes de têtes sans corps, riantes, souriantes, dramatiques,  7  nus  dans  des attitudes différentes, etc. Mais  le  travail  n'avance  pas,  il  est  toujours  insatisfait,  de  même  que  la  Société  des  gens  de  lettres  qui multiplie ses pressions. Automne 1891 : toujours rien. Noël passe, toujours rien.

En janvier,une première maquette, incomplète. Un peu plus tard en 1892, une ébauche, qui choque : Balzac tout nu, modelé à coups de pouce, « indécent et hideux  ».  Rodin  invoque  des  problèmes  de  santé  pour excuser son retard. « J'ai voulu, explique Rodin, montrer le grand travailleur hanté la nuit par une idée et se levant pour la fixer sur sa table de travail » Rodin promet de présenter son Balzac au salon du Champ-de-Mars de 1898. On s'attend à un triomphe. Il a exposé son Balzac à côté du Baiser pour faire démonstration de sa démarche. La réaction ne se fait pas attendre : « C'est Balzac? allons-donc, c'est un bonhomme de neige. Il va tomber, il a trop bu. C'est Balzac dans un sac. On dirait du veau. Un dolmen déséquilibré. Monstruosité obèse. Foetus colossal. Monstrueux avortement. Michel-Ange du goître. Colossal guignol. Voyez à quelle aberration mentale  l'époque  est arrivée. On ne montre  pas une  ébauche. » Stoïque, debout  devant son oeuvre,  Rodin a les  yeux tournés ailleurs.

Dans la rue, on vend des figurines en forme de pingouins en criant : « demandez votre Balzac de Rodin ! » Source  :  http://www.richardstemarie.net/rodin/balzac2.html

Emission France inter sur l’œuvre : http://www.franceinter.fr/emission-vous-voyez-le-tableau-balzac-par-rodin

 


 

Auguste Rodin (1840 -­‐1917), Balzac, Etude de robe de chambre, 1897

Plâtre et tissu enduit de plâtre ; H. 148 cm ; L. 57,5 cm ; P. 42 cm

 À toutes les étapes de sa création, Rodin étudiait le drapé qui devait couvrir ses figures nues. Balzac était célèbre pour la robe de chambre dont il aimait se vêtir lorsqu'il travaillait chez lui, et c’est sous cet aspect que la Société des Gens de Lettres souhaitait le voir représenté.

Rodin posa une véritable robe de chambre sur son étude de corps, puis il donna au tissu la forme voulue et le rigidifia afin  de  le mouler. Du moule fut  tiré un étrange fantôme de  plâtre, un habit vide qui révèle la position du corps qu’il recouvrait. Cette  étude permit au sculpteur de créer le drapé très subtil du  Monument  à Balzac : l’ambition de Rodin était que cette partie de l’œuvre vibre dans l’atmosphère environnante, que la lumière s’écoule sur la surface sans créer de contraste excessif.

Ainsi, la robe de chambre matérialise l’esthétique élaborée par Rodin au tournant du XXe siècle, la douceur et la fluidité rompent avec le souci de puissance encore exprimé par la tête du Balzac.


Balzac pl tre de rodin mus e meudon 1

Edward Steichen et le Monument à Balzac

En 1908, le photographe américain Edward Steichen,  fasciné  par cette sculpture, la saisit dans une série de prises de vue nocturnes, réalisées au clair de lune (dont celle-ci, prise à 23h). Ténébreuse et solennelle, la silhouette de Balzac y prend une ampleur monstrueuse, évocatrice du charisme et du courage de l'écrivain de 'La Comédie humaine'. « Vos photographies feront comprendre au monde mon Balzac » confiait Rodin à Steichen, en découvrant ses clichés. Plus d'un siècle plus tard, le voilà bel et bien inscrit parmi les  chefs- d'œuvre du XIXe : Balzac trône dans les jardins du musée Rodin, sur le boulevard Raspail et dans les collections du MoMA, à New York

Musée Rodin http://www.musee-­‐rodin.fr/fr/collections/sculptures/balzac-­‐ etude-­‐de-­‐robe-­‐de-­‐chambre

 

 

 

Steichen balzac monument

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