Corpus Tragédie XVII°

Groupement de textes : La Tragédie au XVII°

 

Corpus :

*     Racine, Phèdre, Acte I, sc1(exposition)

*     Racine, Bérénice, acte IV, sc5

*     Corneille, Le Cid, acte 


Textes complémentaires et prolongements

*     Anouilh, Antigone, Prologue

*     Mise en scène de Phèdre de Racine  par  Chéreau


Lectures cursives

*     Sophocle, Antigone

*     Ou une tragédie classique au choix : Andromaque de Racine /

 


Histoire des arts : XVII° : entre baroque et classicisme

Peinture, sculpture, architecture et musique.

 

 

Texte 1 : Racine, Phèdre, Acte I , sc. 1 


 
Phèdre est une tragédie de Racine   datant de 1677. Il s'agit d'une pièce parfaitement représentative du théâtre classique du dix-septième siècle. L’héroïne donne son titre à la pièce ‘(Titre éponyme)
Phèdre, l’épouse du héros Thésée, tombe amoureuse du premier fils de celui-ci : Hippolyte. Cette passion, considérée comme incestueuse, va provoquer le malheur de Phèdre et de son entourage.

 

Racine, Phèdre - Résumé analyse de l'oeuvre complète

La première scène de Phèdre, est, bien sûr, une scène d'exposition. Comme toutes les scènes d'exposition, elle est destinée à donner au spectateur les informations dont il a besoin pour comprendre la pièce. Mais elle est aussi une scène d'aveu. 

 

Hippolyte   
Cher Théramène, arrête, et respecte Thésée.
De ses jeunes erreurs désormais revenu, 
Par un indigne obstacle il n'est point retenu; 
Et fixant de ses vœux l'inconstance fatale,
Phèdre depuis longtemps ne craint plus de rivale. 
Enfin en le cherchant je suivrai mon devoir,
Et je fuirai ces lieux que je n'ose plus voir.

Théramène
Hé ! depuis quand, Seigneur, craignez-vous la présence
De ces paisibles lieux, si chers à votre enfance,
Et dont je vous ai vu préférer le séjour
Au tumulte pompeux d'Athènes et de la cour ? 
Quel péril, ou plutôt quel chagrin vous en chasse ?

Hippolyte
Cet heureux temps n'est plus. 
Tout a changé de face
Depuis que sur ces bords les dieux ont envoyé 
La fille de Minos et de Pasiphaé.

Théramène
J'entends. De vos douleurs la cause m'est connue,
Phèdre ici vous chagrine, et blesse votre vue. 
Dangereuse marâtre, à peine elle vous vit,
Que votre exil d'abord signala son crédit.
Mais sa haine sur vous autrefois attachée, 
Ou s'est évanouie, ou s'est bien relâchée.
Et d'ailleurs, quels périls vous peut faire courir
Une femme mourante et qui cherche à mourir ?
Phèdre atteinte d'un mal qu'elle s'obstine à taire,
Lasse enfin d'elle-même et du jour qui l'éclaire,
Peut-elle contre vous former quelques desseins ?

Hippolyte
Sa vaine inimitié n'est pas ce que je crains.
Hippolyte  en partant fuit une autre ennemie. 
Je fuis, je l'avouerai, cette jeune Aricie ,
Reste d'un sang fatal conjuré contre nous.

Théramène
Quoi ! vous-même, Seigneur, la persécutez-vous ? 
Jamais l'aimable sœur des cruels Pallantides
Trempa-t-elle aux complots de ses frères perfides ?
Et devez-vous haïr ses innocents appas ?

Hippolyte 
Si je la haïssais, je ne la fuirais pas.
 

Phèdre, acte I, scène 1, vers 1-56


 

 

Phèdre, titre éponyme de la pièce de Racine. « Phaedra », la lumineuse.  sa mère, Pasiphaé,   s’était unie avec un taureau et donna   le jour au   Minotaure.  Son père, Minos,  descend de Jupiter, ce qu’elle rappelle elle-même : « J’ai pour aïeul le père et le maître des dieux [...] » (vers 1275). Mais ce père est devenu  juge suprême aux Enfers : « Minos juge aux Enfers tous les pâles humains. » (vers 1280). De lui, elle hérite à la fois la rigueur de sa propre conscience qui la juge, mais aussi les ténèbres qu’elle porte en elle, les sombres pulsions et les désirs coupables qui l’agitent.  

 

 


 

Phèdre de Jean Racine - Patrice Chéreau Acte 1

Racine, Phèdre - Commentaire de texte en français

TEXTE 2 : Racine, Berenice, 1677 – ActeIV, Sc.5

Titus, l’empereur  de Rome doit se séparer de la reine Bérénice (reine de Palestine qu’il  a emmenée à Rome après la conquête de la Judée) car les Romains refusent une reine étrangère. Titus, bien qu’il aime Bérénice et qu’il lui ait promis de l’épouser, lui annonce  qu’il la renvoie de Rome car, dit-il, « il ne s'agit plus de vivre, il faut régner ».


Bérénice
Eh bien ! Régnez, cruel ; contentez votre gloire :
Je ne discute plus. J'attendais, pour vous croire,
Que cette même bouche, après mille serments
D’un amour qui devait unir tous nos moments, 
Cette bouche, à mes yeux s’avouant infidèle,
M’ordonnât elle-même une absence éternelle.
Moi-même j'ai voulu vous entendre en ce lieu.
Je n'écoute plus rien : et pour  jamais, adieu.
Pour jamais ! Ah ! Seigneur, songez-vous en vous-même
Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?
Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence et que le jour finisse,
Sans que jamais Titus puisse voir Berenice,
Sans que de tout le jour je puisse voir Titus !
Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus !
L'ingrat, de mon départ consolé par avance,
Daignera-t-il compter les jours de mon absence ?
Ces jours si longs pour moi lui sembleront trop courts.

Titus
Je n'aurai pas, Madame, à compter tant de jours.
J'espère que bientôt la triste renommée
Vous fera confesser que vous étiez aimée.
Vous verrez que Titus n'a pu sans expirer…

Bérénice
Ah ! Seigneur, s'il est vrai, pourquoi nous séparer ?

Dans sa célèbre Préface , Racine se félicite de la simplicité du sujet de la pièce, qu’il traduit ainsi de Sénèque : « Titus, qui aimait passionnément Bérénice, et qui même, à ce qu’on croyait, lui avait promis de l’épouser, la renvoya de Rome, malgré lui et malgré elle, dès les premiers jours de son empire. » L’histoire lui semble convenir au théâtre « par la violence des passions qu’elle y pouvait exciter ». Cette violence de l’émotion est au coeur de ce nouveau tragique que Racine définit dans sa Préface : « Ce n’est point une nécessité qu’il y ait du sang et des morts dans une tragédie : il suffit que l’action en soit grande, que les acteurs en soient héroïques, que les passions y soient excitées et que tout s’y ressente de cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie. »                                                                             


Texte 3 : Corneille, Le Cid, 1637-1660

Les origines de la pièce

Le Cid Campeador (1043 - 1099) : De la réalité à la légende (Adapté du site Herodote.net)

On est au XI° siècle. A cette époque, une partie de l'Espagne est sous la domination arabo-musulmane Les Maures ont débarqué trois siècles plus tôt dans la péninsule ibérique et, depuis lors, semblent se plaire sur les terres d'Al-Andalus, où ils ont développé une culture originale, construisant mosquées aux mille colonnes et palais aux jardins légendaires. (Alhambra de Grenade par exemple) 

Pour écrire sa pièce, Corneille s'est inspiré d'un personnage réel : Rodrigo Diaz de Vivar , Espagnol   mieux connu sous son surnom : le Cid Campeador !

Rodrigo Diaz de Vivar est né dans le village de Vivar, à côté de Burgos, vers 1043, dans une famille de petite noblesse castillane. 

Un de ses compagnons de jeux est Sanche, fils aîné du comte de Castille Ferdinand Ier qui tente de libérer son pays des «Maures».   Les seigneurs chrétiens repliés dans les montagnes du nord ne cessent d'éprouver l'amertume de la défaite et aspirent à reconquérir leurs terres. C'est la «Reconquista» (Reconquête en langue castillane ou espagnole).

À la suite de son père, Rodrigo Diaz (Rodrigue en français) s'engage sur les champs de bataille, tant contre les rivaux chrétiens de son roi que ses ennemis musulmans . À peine âgé d'une vingtaine d'années, le voilà maniant l'épée lors du siège de Graus (Aragon) où il participe à la victoire de Ferdinand Le Grand sur Ramire 1er d'Aragon, un autre roi chrétien.

Devenu roi de Castille, Sanche II offre le poste de chef des armées à son ami, dont les faits d'armes sont déjà légendaires. Un combat singulier contre Martin Garcés, champion du roi de Navarre   lui vaut son premier surnom : Campeador ( maître d'armes ou maître du champ de bataille). Mais notre guerrier a d'autres talents : il sait lire et écrire mais aussi s'exprime en arabe, la langue des envahisseurs.

Le vent tourne avec la mort de Sanche, assassiné devant Zamora (Castille-et-León) en 1072, certainement sur ordre de son frère, Alphonse.

Devenu à son tour roi de Castille sous le nom d'Alphonse VI, celui-ci ne se montre pas ingrat envers Rodrigo et lui donne la main d'une de ses parentes, Jimena (Chimène en français). Mais il ne tarde pas à prendre ombrage de son ambition, de sa brutalité et de son absence de scrupules.

Contraint à l'exil en 1081, Rodrigo propose ses services aux roitelets tant chrétiens que musulmans qui se disputent la péninsule en cette période troublée.

Si aujourd'hui vous voulez lui rendre visite, il faut vous rendre à la cathédrale de Burgos. Vous l'y verrez aux côtés de Chimène et, bien sûr, d'une reproduction de son épée Tizona, jamais très loin.

Si la suite vous intéresse… http://www.herodote.net/Le_Cid_Campeador_1043_1099_-synthese-623.php

 Résumé de la pièce

Acte I : L'amour est un tyran qui n'épargne personne.

Pauvre Chimène ! Son père, le comte de Gormas, s'apprête à lui choisir un époux. Don Sanche ou don Rodrigue ? Elle préfèrerait sans aucun doute le second, un jeune homme tout simplement parfait.

Mais les affaires de cœur et les affaires d'État ne font pas toujours bon ménage au XIe siècle, à Séville. Voici ce qu'auraient dû se dire le père de Chimène et celui de Rodrigue avant d'en venir aux mains.

Comme deux chenapans, ils n'ont rien trouvé de mieux que de s'envoyer des soufflets pour régler leur crise de jalousie.

Peut-être un peu plus sage ou un peu plus vieux, don Diègue a préféré se retirer, vaincu par l'âge : «O rage ! O désespoir ! O vieillesse ennemie !». Il préfère s'en remettre à la fougue de son fils : «Rodrigue, as-tu du cœur ? [...] Va, cours, vole et nous venge».

 

Acte II : À moi, Comte, deux mots !

Rodrigue se retrouve donc face au fameux dilemme cornélien : faut-il mieux perdre Chimène ou son honneur ? Ce sera Chimène : il part provoquer en duel le comte et le tue. Son amoureuse, folle de douleur, se précipite pour demander justice au roi, lui-même furibond de voir ses meilleurs guerriers s'entre-tuer : « Son sang sur la poussière écrivait mon devoir ».

 

Acte III : Mon juge est mon amour, mon juge est ma Chimène

Pendant ce temps Rodrigue, conscient qu'il a commis un acte que n'appréciera guère sa promise, se rend chez elle pour mourir de ses mains. Mais la jeune fille refuse de se faire elle-même justice et le repousse : «Va, je ne te hais point».(Litote)

 

Acte IV : Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort / Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port.

Les Maures   approchent de la ville : il est temps de partir au combat. Rodrigue décide de prendre la tête des chevaliers pour revenir couvert de gloire et ainsi reconquérir à la fois le royaume et le cœur de Chimène.

La bataille fait rage toute la nuit, sous «cette obscure clarté qui tombe des étoiles». Finalement, «le combat cessa faute de combattants» : devant le courage des Espagnols, les Maures ont fui.

Chimène, elle aussi, est repartie au combat : puisque Rodrigue s'obstine à ne pas être tué par les Mores, elle demande au roi de lui imposer un duel contre le jeune don Sanche. Elle épousera bien sûr le vainqueur.

 

Acte V : Laisse faire le temps, ta vaillance et ton roi

Dans un dernier entretien, Chimène réussit à convaincre Rodrigue de ne pas se laisser sottement tuer par don Sanche. Mais du coup, c'est à son tour de subir le dilemme cher à Corneille : vaut-il mieux qu'elle épouse l'assassin de son père ou celui de son aimé ?

Voyant peu après revenir don Sanche, elle s'écroule, ignorant que Rodrigue a envoyé le jeune homme se déclarer vaincu. Finalement elle accepte, devant le roi, la main de Rodrigue, à une condition : qu'il s'éloigne pendant toute une année, le temps de chasser les Maures... et de devenir le Cid.


 


Le Cid au centre d'une bataille de plumes

En 1637, Pierre Corneille n'est déjà plus un inconnu lorsque tout Paris applaudit la fougue de Rodrigue. Un personnage, cependant, fait grise mine : le cardinal de Richelieu, ministre de Louis XIII, en veut en effet à mort au jeune dramaturge.

Deux ans plus tôt, le Cardinal, passionné de théâtre avait rassemblé la fine fleur des auteurs pour mettre en vers les intrigues que lui-même inventait. Et voilà que ce Corneille a osé quitter le groupe, sous prétexte qu'il ne supportait pas d'être dirigé! Et comment peut-il avoir l'audace de faire l'éloge d'un héros espagnol, alors même que la France est en guerre contre ce royaume ? Pour qui se prend-il ? On va donc se venger sur son Cid.

Première attaque : le dramaturge, rebaptisé pour l'occasion «la corneille déplumée», se serait contenté de traduire un texte espagnol.

Seconde attaque, plus subtile: cette pièce qui met en scène une «fille dénaturée» présente le défaut impardonnable de «choquer les principales règles du poème dramatique».

La querelle du Cid est lancée...

Pendant des mois, on va se défier et s'invectiver au nom de contraintes d'écriture strictes héritées de l'Antiquité. 

*     L'unité de lieu ? On passe son temps à naviguer de la maison de Chimène au palais du roi !

*     L'unité d'action ? que vient faire l'Infante dans cette histoire ?

*     L'unité de temps ? Invraisemblable avec l'enchaînement de disputes et de batailles. 

*     Mais c'est surtout la règle de bienséance qui apporte des cartouches aux adversaires de Corneille :

Comment Rodrigue peut-il se précipiter chez Chimène alors même qu'il vient de tuer son père ? Ne peut-elle le repousser plus sèchement ? 

Dans l’examen de la conformité du Cid  au principe de convenance, un personnage est plus controversé qu’un autre : Chimène. Comment Chimène peut-elle continuer d’aimer celui qui est devenu le meurtrier de son père, à moins d’être une fille dénaturée  – un monstre  ? Pour les critiques, c’était signifier sans ambiguïté que la pièce ne pouvait avoir pour le public aucune valeur exemplaire : on n’y trouvera seulement l’image de mauvaises moeurs que l’intrigue, par surcroît, récompense à la fin au lieu d’en présenter le châtiment ! 

Ce blâme de la pièce au nom de l’immoralité de la conduite de Chimène se cristallise sur quelques scènes qui semblent aux critiques particulièrement scandaleuses; et ce sont bien sûr les plus touchantes, les plus captivantes, celles qui ont emporté sans réserve l’adhésion du public : les deux entrevues entre Rodrigue et Chimène à l’acte III et à l’acte V.

Que l’amour puisse conduire ces deux amants, que tout devrait séparer à jamais, à se revoir à se parler malgré tout, voilà qui scandalise les censeurs de Corneille, d’autant plus que les protestations de soumission au devoir des deux héros ne peuvent dissimuler des mouvements de tendresse passionnée.

Finalement, Richelieu fait appel à sa toute nouvelle Académie française qui s'empresse de relever de nombreuses irrégularités dans la pièce. Puis, après un an de controverse, il choisit l'apaisement. Peut-il faire autrement, alors que la pièce ne cesse de triompher ? «Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue»...

 

 

Pour les académiciens l’essentiel de l’intrigue est parfaitement invraisemblable .
Pour eux, il faut faire primer l’exigence de vraisemblance sur celle de vérité et donc réformer le sujet du Cid . Les solutions plus « vraisemblables », selon eux, ont de quoi faire rire :une « fausse mort » du Comte, qui eût permis de faire réapparaître DonGormas au dénouement, pour autoriser le mariage de sa fille avec Rodrigue ; ou bien une reconnaissance romanesque dévoilant à la fin que Chimène n’est pas la fille duComte – et dès lors quel obstacle au mariage ?
Finalement, ce qui dans le sujet, aux yeux de l’Académie, choque la vraisemblanceautant que la morale, c’est que le mariage de Chimène et Rodrigue est, au fond, un mariage d’amour.

 

 

Le coin Culture G.

Le 29 janvier 1635, le cardinal de Richelieu fonde l'Académie française.

Son nom vient du jardin Akademos, à Athènes, où Platon enseignait la philosophie. 

La nouvelle Académie se voue à la langue française. L'article 24 de ses statuts énonce : «La principale fonction de l'Académie sera de travailler avec tout le soin et toute la diligence possibles à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et la science...»

En 1638, Richelieu, soucieux de faire taire les railleries autour de la jeune Académie, l'engage à donner son sentiment sur la tragédie du «Cid», qu'a donnée Corneille un an plus tôt. C'est l'unique fois où l'Académie s'érige en arbitre littéraire.

L’académie compte aujourd’hui 40 membres…Les membres qu’on appelle « les immortels » et qui portent un joli costume vert…

 
Définition de la tragédie : Œuvre dramatique en vers, dont la composition est soumise à des règles strictes (les trois unités), qui met en scène des personnages illustres, tirés de l'Antiquité grecque ou romaine, qui fait reposer l'action sur des conflits passionnels dans lesquels les personnages sont déchirés et implacablement entraînés vers une catastrophe ou un destin désastreux.

 

 

Définition de la tragi-comédie : « action souvent complexe, volontiers spectaculaire, parfois détendue par des intermèdes plaisants, où des personnages de rang princier voient leur amour ou leur raison de vivre mis en péril par des obstacles qui disparaîtront heureusement au dénouement1 » Guichemerre

La forme libre et débridée de la tragi-comédie répond aux critères de l'esthétique baroque.

 

 

 


Les deux versions du Cid : Etude comparée Acte V, scene 7

Acte V Scène 7
DON FERNAND, DON DIÈGUE, DON ARIAS, DON RODRIGUE, DON ALONSE, DON SANCHE, L’INFANTE, CHIMÈNE, LÉONOR, ELVIRE.
L’INFANTE
Sèche tes pleurs, Chimène, et reçois sans tristesse
Ce généreux60 vainqueur des mains de ta princesse.

DON RODRIGUE
Ne vous offensez point, Sire, si devant vous
Un respect amoureux me jette à ses genoux.
Je ne viens point ici demander ma conquête :
Je viens tout de nouveau vous apporter ma tête,
Madame ; mon amour n’emploiera point pour moi
Ni la loi du combat, ni le vouloir du Roi.
Si tout ce qui s’est fait est trop peu pour un père61,
Dites par quels moyens il vous faut satisfaire.
Faut-il combattre encor mille et mille rivaux,
Aux deux bouts de la terre étendre mes travaux62,
Forcer63 moi seul un camp, mettre en fuite une armée,
Des héros fabuleux64 passer65 la renommée ?
Si mon crime par là se peut enfin laver,
J’ose tout entreprendre, et puis tout achever ;
Mais si ce fier honneur, toujours inexorable,
Ne se peut apaiser sans la mort du coupable,
N’armez plus contre moi le pouvoir des humains :
Ma tête est à vos pieds, vengez-vous par vos mains ;
Vos mains seules ont droit de vaincre un invincible ;
Prenez une vengeance à tout autre impossible.
Mais du moins que ma mort suffise à me punir :
Ne me bannissez point de votre souvenir ;
Et puisque mon trépas conserve votre gloire,
Pour vous en revancher66 conservez ma mémoire,
Et dites quelquefois, en déplorant mon sort :
« S’il ne m’avait aimée, il ne serait pas mort. »

CHIMÈNE
Relève-toi, Rodrigue. Il faut l’avouer Sire, 
Je vous en ai trop dit pour m’en pouvoir dédire.
Rodrigue a des vertus que je ne puis haïr.
Et quand un roi commande, on lui doit obéir.
Mais à quoi que déjà vous m’ayez condamnée,
Pourrez-vous à vos yeux souffrir cet hyménée ?
Et quand de mon devoir vous voulez cet effort,
Toute votre justice en est-elle d’accord ?
Si Rodrigue à l’État devient si nécessaire,
De ce qu’il fait pour vous dois-je être le salaire,
Et me livrer moi-même au reproche éternel
D’avoir trempé mes mains dans le sang paternel ?

 

DON FERNAND
Le temps assez souvent a rendu légitime
Ce qui semblait d’abord ne se pouvoir sans crime :
Rodrigue t’a gagnée, et tu dois être à lui.
Mais quoique sa valeur t’ait conquise aujourd’hui,
Il faudrait que je fusse ennemi de ta gloire,
Pour lui donner sitôt le prix de sa victoire.
Cet hymen différé ne rompt point une loi
Qui sans marquer de temps lui destine ta foi67.
Prends un an, si tu veux, pour essuyer tes larmes.
Rodrigue, cependant68 il faut prendre les armes.
Après avoir vaincu les Mores sur nos bords,
Renversé leurs desseins, repoussé leurs efforts,
Va jusqu’en leur pays leur reporter la guerre,
Commander mon armée, et ravager leur terre :
À ce nom seul de Cid ils trembleront d’effroi ;
Ils t’ont nommé seigneur, et te voudront pour roi.
Mais parmi tes hauts faits sois-lui toujours fidèle :
Reviens-en, s’il se peut, encor plus digne d’elle ;
Et par tes grands exploits fais-toi si bien priser69
Qu’il lui soit glorieux alors de t’épouser.

DON RODRIGUE
Pour posséder Chimène, et pour votre service,
Que peut-on m’ordonner que mon bras n’accomplisse ?
Quoi qu’absent de ses yeux il me faille endurer,
Sire, ce m’est trop d’heur de pouvoir espérer.

DON FERNAND
Espère en ton courage, espère en ma promesse ;
Et possédant déjà le cœur de ta maîtresse,
Pour vaincre un point d’honneur qui combat contre toi,
Laisse faire le temps, ta vaillance et ton roi.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chimène (1637)
Mais à quoi que déjà vous m’ayez condamnée,
Sire, quelle apparence à ce triste hyménée,
Qu’un même jour commence et finisse mon deuil,
Mette en mon lit Rodrigue, et mon père au cercueil ?
C’est trop d’intelligence avec son homicide,
Vers ses Mânes sacrés c’est me rendre perfide,
Et souiller mon honneur d’un reproche éternel,
D’avoir trempé mes mains dans le sang paternel. » (v. 1831-1838)

 

Un vrai dilemme cornélien !


Le coin de la Culture G.

Le Cid…Et Gérard Philippe

Parmi les interprètes qui ont prêté leur visage au Cid au théâtre, un nom domine tous les autres, celui de Gérard Philipe (ou  Philippe).Malgré une blessure à la jambe qui limite ses déplacements sur scène, le jeune comédien obtient un triomphe à Avignon en 1951 dans la mise en scène de Jean Vilar, qui n'hésite pas à déclarer : «Personne n'osera plus monter Le Cid avant trente ans»...Victime, à trente-sept ans, d'un cancer du foie, Gérard Philipe reste toujours fidèle à ce rôle qui a marqué sa carrière et l'histoire du théâtre français : à sa demande, il est enterré dans son costume de scène avec une simple orchidée posée sur son habit de velours de Grand d'Espagne.