Molière, son temps, ses oeuvres

Molière : son temps, ses oeuvres...

 

 

Contexte historique

3 ordresLe XVIIe siècle voit se développer et se renforcer le système de la monarchie absolue de droit divin. Cette forme de gouvernement triomphe particulièrement sous le règne de Louis XIV. Le monarque n’est contrôlé par aucun autre. Il centralise tous les pouvoirs et ne partage aucune responsabilité .

La société est très contrôlée, et une forte censure est exercée par le Parlement qui contrôle la production des livres.

Des efforts permanents sont fournis pour glorifier l’image du roi, que ce soit à travers des gravures, des peintures ou encore des médailles. Les Palais du Louvre, puis de Versailles, contribuent à l’expression de la grandeur royale. De même, le XVIIe siècle voit se développer la tradition des panégyriques, discours élogieux sur le roi.

Pour maintenir sous son autorité la noblesse, Louis XIV s’entoure et de courtisans auxquels il distribue pensions et titres…. Il établit un système de privilèges qui incite ceux qui en bénéficient à lui rester fidèles. Accordant une importance particulière au cérémonial, il est très attaché à l’étiquette et organise la vie de la Cour selon des règles précises. Il existe des frontières invisibles entre le roi et ses sujets.

Tout le cérémonial est hiérarchisé. Le « lever du roi » en est une illustration frappante, avec ses diverses entrées : l’« entrée familière » des fils et petits-fils du roi, appelés aussi les « enfants de France », la «grande entrée » des grands officiers de la chambre et de quelques nobles privilégiés, la « première entrée » des lecteurs du roi et des intendants des plaisirs et des festivités, puis l’ « entrée de la chambre » avec tous les autres officiers de la chambre, l’aumônier, les ministres et secrétaires d’État et, seulement après, l’entrée des nobles.

 

Emission secrets d'Histoire: Louis XIV, le roi et l'homme


Le statut des comédiens dans une société chrétienne

Dans la société française du XVIIe siècle, la foi religieuse n’est pas une affaire de libre conscience individuelle. Tout principe d’autorité, et d’abord celle du souverain, dérive de la puissance divine, l’athéisme relevant des plus sévères condamnations. La vie quotidienne est rythmée par l’Église à travers les sacrements et le calendrier liturgique. Les curés sont invités à dresser un état des âmes de leurs paroissiens. Dans cette société chrétienne, les comédiens forment une communauté à part. On ne leur accorde un véritable statut social qu’en décembre 1789, en même temps que les juifs et les protestants.

Au XVIIe siècle, ils sont frappés d’excommunication. Cette pratique qui consiste à priver les comédiens de tous les sacrements religieux est ancienne. Les Pères de l’Église avaient condamné dès l’Antiquité la grossièreté des pièces latines. La règle voulait que les comédiens renoncent à leur art s’ils voulaient recevoir les sacrements religieux.

En 1641, Louis XIII proclame qu’il n’y a pas de blâme à exercer la comédie dans les limites de la décence. Avec la présence de Molière dans l’entourage immédiat du roi Louis XIV, il semble que l’art théâtral gagne ses lettres de noblesse. L’austérité religieuse qui marque la fin du siècle freine cette évolution et provoque un retour à l’ordre moral. La création de la Comédie-Française en 1680 n’est qu’une étape de la réglementation croissante de l’activité théâtrale.

Durant tout le XVIIe siècle, face à cette mesure d’excommunication, et afin que les comédiens puissent tout de même être enterrés religieusement, un compromis est établi avec le pouvoir royal et l’Église : lorsque les comédiens sentent la mort approcher, ils prononcent, auprès d’un prélat, une renonciation officielle à leur profession, et peuvent alors être enterrés religieusement. Ce compromis leur permet d’échapper à la fosse commune.


Contexte littéraire et artistique

Les deux grands mouvements sont le Baroque et le Classicisme.

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Jardin lenotre                                                                                   Louisxiv galerie glaces2 f


BIOGRAPHIE MOLIERE 1622-1673

Naissance, au 93 de la rue St Honoré, le 15 janvier 1622, de Jean Baptiste Poquelin, futur Molière.

Il a 10 ans quand sa mère meurt ( Marie Cressé ), et, à 14 ans, il a déjà vu mourir trois de ses frères et soeurs. Son père est "Tapissier ordinaire du roi ", son grand-père l'était aussi, et ce dernier emmène parfois le petit Jean-Baptiste au Théâtre ou devant les Tréteaux du Pont- Neuf, voir les pitreries des saltimbanques, contre l'avis de son père.

Son père lui espère lui transmettre sa charge de tapissier royal (1637). Il rentre au Collège des Jésuites de la rue St Jacques, où les Pères utilisaient beaucoup le théâtre comme moyen pédagogique. Les élèves jouaient les pièces des Auteurs Antiques en latin et en grecque.

C'est dans ces spectacles qu'il prit goût à la Tragédie, et qu’il est devenu Comédien. Il réclamât longtemps de jouer, non les personnages comiques, mais les héros de Tragédie. Comme les jeunes gens de son époque, Molière considérait que la Tragédie était le plus haut des Arts Dramatiques. Mais il était plutôt mauvais tragédien… 

Il fait des études de droit puis rencontre une jeune femme, Madeleine Béjart, actrice dans une troupe de théâtre .

Molière se joint à elle le 16 Juin 1643 . Elle deviendra son "initiatrice Théâtrale" et sa maîtresse. Ensemble, avec quelques Compagnons, ils fondent L'Illustre Théâtre ; mais, après deux années d'insuccès et un séjour à la prison du Châtelet (du 2 au 5 août 1645) pour factures de chandelle non payés, ils partiront de Paris et entameront un voyage à partir de novembre 1645 pendant 13 ans en Province. Ils font du théâtre itinérant.

De retour à Paris en 1658, le jeune Louis XIV, séduit par Molière, lui accorde la scène du Petit Bourbon qu'il partage avec Scaramouche (illustration), chef de file des comédiens Italiens.(Comedia dell arte). Il y jouera ses premières Farces et Comédies écrites en Province ("L'Etourdi" et le "Dépit Amoureux").  Une compétition acharnée opposera les autres Troupes de la Capitale à celle de Molière.

En 1659, il présente Les Précieuses Ridicules  , pièce qui sera un véritable triomphe parisien. Il obtient du roi la salle du Palais Royal où il jouera, en alternance avec les comédiens Italiens, jusqu'à sa mort.

Molière a réussi à élever la comédie au niveau humain de la tragédie : il ne pouvait triompher sans s'attirer des ennemis.

Toute sa vie, Molière, à travers l'ensemble de ses pièces, va lutter contre la médiocrité, l’hypocrisie, l'inculture, la prétention de l'ensemble de ces personnages du siècle, qui, par le hasard de leur naissance, se conduisaient en despote et en tyran.  Pourtant, Molière allait enfin connaître sa revanche. L'écrasement des jansénistes, la mort de la reine mère, le soutien du roi lui permirent de représenter au Palais- Royal  Tartuffe ou l'Imposteur  (5 février 1669) avec un très vif succès consacré par une cinquantaine de représentations dans l'année.

Molière est alors le pourvoyeur des divertissements royaux.

Film Molière, Ariane Mnouchkine, Divertissements royaux...

Ses dernières pièces seront influencées par le goût de Louis XIV pour les ballets, la musique, les spectacles délassants. Face aux pouvoirs, l'attitude de Molière n'est pas ce qu'on pourrait appeler une opposition politique. Mais il a toujours combattu avec une passion souvent féroce les imposteurs et les trahisons de ceux qu'il considérait comme les ennemis les plus dangereux de la société de son temps.

Face aux attaques de toute part qui l'accablèrent durant toute sa vie, venant aussi bien de l'Église, de l'Aristocratie, mais aussi d'écrivains de son temps, il ne brandit qu'une arme : le rire de ses Comédies.

"L'affaire de la Comédie est de représenter en général tous les défauts des hommes et principalement des hommes de notre siècle"

Le 17 février 1673, lors de la quatrième représentation du Malade Imaginaire, Molière est pris en scène de convulsions. On le transporte rue de Richelieu où il meurt d'hémorragie, ce même jour à 10 h du soir.

Film Molière, Ariane Mnouchkine, La mort de Molière

Grâce aux démarches et aux supplications d'Armande Béjart, sa deuxième femme, auprès du Roi, celui ci demandera à l'Archevêque de Paris, Monseigneur de Harlay, de délivrer une autorisation d'inhumer le corps de Molière. Mais malgré "l'autorisation restrictive" du permis d'inhumer, et contrairement à la Légende, un cortège funèbre imposant accompagna Molière au cimetière St Joseph.

 

Quelques unes de ses oeuvres :

o Le Médecin volant, 1645

o Le Dépit amoureux ,1656

o Les Précieuses Ridicules, 1659

o L' École des femmes, 1662

o La Critique de l’Ecole des femmes

o Le Tartuffe,1664 

o Dom Juan, 1665

o L'Amour médecin, 1665 ***

o Le Misanthrope, 1666

o Le Médecin malgré lui, 1666

o L'Avare, 1668

o Le Bourgeois gentilhomme, 1670

o Les Fourberies de Scapin, 1671

o Le Malade imaginaire, 1673

http://www.purepeople.com/article/fabrice-luchini-slamme-du-moliere-devant-nikos_a88097/1

http://www.ina.fr/video/CPF86648901


MOLIÈRE ET LOUIS XIV

Getty louis xivcpcr2Le roi a tout d’abord apprécié, soutenu voire honoré Molière. De son mariage avec Armande Béjart, l’auteur a un fils, prénommé Louis, dont le roi accepte d’être le parrain, le 28 février 1664.

Le roi, danseur lui-même, affectionne tout particulièrement le genre nouveau de la comédie-ballet, dont Molière est l’un des inventeurs avec Lully, et qui contribue grandement à l’éclat des fêtes royales. Les Plaisirs de l’île enchantée, donnés du 7 au 13 mai 1664 à Versailles, représentent à ce titre une consécration pour Molière. À cette occasion, sa troupe joue La Princesse d’Élide, Les Fâcheux, la première version du Tartuffe et Le Mariage forcé. En1665, elle reçoit le nom de « Troupe du Roi » et bénéficie d’une pension substantielle.

 Durant les querelles qui opposent Molière à l’Église, il bénéficie du soutien du jeune roi, même si plusieurs années sont nécessaires pour obtenir l’autorisation de jouer Le Tartuffe.

Mais avec l’influence croissante de la religion sur l’esprit de Louis XIV, ce dernier se détourne progressivement du théâtre et de Molière, accordant toutes ses faveurs à Lully.

Après 1671, Molière n’est plus invité que deux fois à la Cour. Il meurt dans la disgrâce royale.

 

La postérité de Molière

Son oeuvre qui comporte quinze comédies en vers, quinze comédies en prose, une comédie héroïque en vers et deux farces en prose, est aujourd’hui encore la plus représentée, à la Comédie-Française et ailleurs. Régulièrement à l’affiche de théâtres du monde entier, ce rayonnement est exceptionnel et fascinant. Comme l’écrit Jacques Copeau en 1922, « la plus belle éternité, c’est celle d’une voix qui, trois cents ans passés, ne cesse pas de s’adresser directement aux hommes ».

Aujourd’hui considéré comme un « classique » au même titre que Corneille ou Racine, Molière a longtemps souffert d’un certain mépris. Au lendemain de sa mort, durant trente ans, les lettrés se désintéressent de son oeuvre.

 Sitographie :

http://www.toutmoliere.net

 

Emission Secrets d'Histoire sur Molière

 

MOLIERE,LE MARIAGE ET LES PERES…

Etre fille à l’époque de Molière, c’est passer de l’autorité toute puissante du père à celle du mari, qui parfois a l’âge du père ! La fille à marier est monnaie d’échange qui permet de faire une bonne affaire ou de passer dans un statut social supérieur. Le mariage est avant tout une affaire d’argent.

Les filles et le mariage

En 1666, Antoine Furetière établit un “ tarif ” de la dot que doit rapporter une fille selon le niveau social de son mari. Beaucoup souhaitent pourtant ce mariage qui est une alternative moins sévère que le couvent. Une fois mariée, la femme doit obéissance à son mari. Les conséquences en sont souvent l’adultère et les histoires en cours sont donc d’une grande banalité.

 

Louis XIV encore jeune, a remis à l’honneur une sorte de libertinage amoureux qui devient vite une mode. En même temps, il se fait le protecteur des sciences. Grâce à lui, 3 idées se rejoignent :

*     On revendique une certaine liberté de moeurs

*     La jeunesse est en soi une valeur

*     L’instruction est un chemin vers l’émancipation et des femmes brillantes mettent en pratique ces idées nouvelles en ouvrant des salons littéraires. Ces précieuses refusent le mariage pour prôner des relations plus riches et plus subtiles. Elles s’intéressent à tous les aspects de la vie culturelle et refusent la domination masculine.

  Molière dans toutes ses pièces prend le parti des filles (ou des fils). C’est presque toujours un stratagème à peine crédible qui dénoue les liens contractés contre la volonté des enfants.

En plaidant pour la jeunesse et le bonheur, Molière plaide aussi pour le droit de chacun à disposer de soi-même.


 

Dans les Femmes savantes, vici le propos d'Orgon à Agnès...  

"Le mariage, Agnès, n'est pas un badinage:
A d'austères devoirs le rang de femme engage;
Et vous n'y montez pas, à ce que je prétends,
Pour être libertine et prendre du bon temps.
Votre sexe n'est là que pour la dépendance:
Du côté de la barbe est la toute-puissance.
Bien qu'on soit deux moitiés de la société,
Ces deux moitiés pourtant n'ont point d'égalité;
L'une est moitié suprême, et l'autre subalterne;
L'une en tout est soumise à l'autre, qui gouverne;
Et ce que le soldat, dans son devoir instruit,
Montre d'obéissance au chef qui le conduit,
Le valet à son maître, un enfant à son père,
A son supérieur le moindre petit frère,
N'approche point encor de la docilité,
Et de l'obéissance, et de l'humilité,
Et du profond respect où la femme doit être
Pour son mari, son chef, son seigneur et son maître."

 

Dans le Malade imaginaire:

Le Malade Imaginaire, 

  • Acte II, scène 6 : ARGAN.- Écoute, il n’y a point de milieu à cela. Choisis d’épouser dans quatre jours, ou Monsieur, ou un couvent. Ne vous mettez pas en peine, je la rangerai bien.
  • Acte III, scène 3 BÉRALDE.- D’où vient, mon frère, qu’ayant le bien que vous avez, et n’ayant d’enfants qu’une fille ; car je ne compte pas la petite : d’où vient, dis-je, que vous parlez de la mettre dans un couvent ?
    ARGAN.- D’où vient, mon frère, que je suis maître dans ma famille, pour faire ce que bon me semble ?

MOLIERE ET LES MEDECINS : MALADES , MEDECINS et MEDECINE

Daumiermaladeimaginaire 1

"Avez-vous la fièvre quartaine

Des cors aux pieds ou la migraine

Mal à l'esprit ou mal au corps

Mal au dedans mal au dehors

Purgé saigné prenez force clisteres

Vous creverez ou bien vous sortirez d'affaires"

La littérature du XVIIème confirme que l’opinion de Molière sur la médecine était assez communément répandue.

Molière s’intéresse aux découvertes de son siècle. Les attaques ridiculisent plus la suffisance des médecins que la médecine ; leur attachement maladif aux principes des Anciens.

Molière dispose d'une solide culture médicale. Il a pu observer les moeurs et les usages médicaux du temps durant des années, et enfin, consulter un livre souvent édité au XVIIe siècle à l'usage des étudiants en médecine, Les OEuvres de La Framboisière (OEuvres complètes de Molière, Bib. de Pléiade, t. II, p. 1076). De sorte que son approche comique de la médecine est fondée sur une information riche et dominée.

 LES THEORIES MEDICALES au XVII° :

C’est la fameuse théorie des quatre humeurs cardinales héritées d’Hippocrate reprises et augmentées par les conceptions de Galien.  Ce sont les déséquilibres humoraux qui provoquent la maladie : excès ou défaut de l’une ou l’autre humeur. L’homme est un microcosme calqué sur le macrocosme ou monde sublunaire.

Humeurs

Il a en lui:

4 matières :

- terre, eau, feu et air, avec leurs 4 qualités premières : sec, froid, chaud et humide.

4 organes principaux :

le foie, le cerveau, la rate et le coeur

 4 humeurs :

  • Sang
  • Flegme (ou pituite)
  • Bile
  • Bile noire ou atrabile ou mélancolie

L’harmonie parfaite de ces divers éléments constitue la bonne santé.

La prédominance de l’une ou l’autre de ces humeurs détermine le tempérament qui peut être :

  • Sanguin
  • Flegmatique
  • Bilieux (colérique)
  • Atrabilaire ou mélancolique

 

Le diagnostic du médecin se fonde sur 4 observations :

  • le pouls,
  • les urines,
  • les selles  
  • le sang.

Une conception abstraite de la pathologie alliée à une observation peu scientifique aboutissent à des sanctions thérapeutiques toujours identiques : « Clysterium donare, postea seignare, ensuita purgare ». (Purger et saigner)

 

Pour voir l’état des humeurs : humer, voire goûter les excréments et l’urine. Qqfois, si le médecin était loin, on envoyait tout ça par la poste !

Louis XIV a souffert d'une fistule anale. Voici les instruments avec lesquels on l'a opéré...

Les instruments de la médecine...

ClysteresLes clystères reposent sur le principe de l’introduction de substances dans les intestins . Leur administration, par voie anale, permet l’évacuation des matières fécales et engendre, selon la substance ainsi introduite, des effets locaux ou généraux. Les substances utilisées possèdent parfois des propriétés qui leur sont propres : ainsi, on peut utiliser des purgatifs, émétiques, toniques, excitants, diffusibles, émollients, vermifuges…

Louis XIV se faisait administrer le clystère (sorte de lavement) jusqu’à 8 fois de suite (seul moyen pour le soulager des énormes quantités de nourriture qu’il avalait sans mâcher ! !)

 

La saignée : Les médecins pensent que le corps humain contient douze litres de sang et que plus on retire de “ mauvais ” sang plus il en revient de meilleur.

La saignée était déjà largement répandue à l’époque d’Hippocrate. Elle bénéficie d’un regain d’intérêt au XVIIème siècle et devient  la panacée de la médecine « moderne ».   On saigne alors à tort et à travers, pour un oui ou pour un non, et même parfois de façon « préventive ».   Sitôt qu’un adulte est « tourmenté par le sang qui porte fortement à la tête », ou qu’un autre se prépare à voyager, « les médecins les assaillent à coup de lancettes », et les « affublent d’un essaim de sangsues ».En fait, l’usage de la saignée est inspiré par le suprême espoir d’enrayer les terribles effets des maladies. Au XVIIIème siècle, la maladie relève de la pathologie humorale ou « déséquilibre des humeurs ».  Hormis la purgation, la saignée est seule capable de soulager le malade, d’apaiser ce conflit humoral.

La médication du XVIIème siècle se réduit à la saignée, aux purgations , aux clystères et aux remèdes :  « Les rhumes sont ici plus dangereux qu’en Allemagne. Ils sont généralement accompagnés de fièvre, et comme Messieurs les médecins aiment pratiquer les saignées, ils envoient ainsi plus d’un patient dans l’éternité. »  

La thérapeutique propose des traitements par les substances végétales prônées par les galénistes, ou par les minéraux prescrits par les chimistes.

A ces remèdes il faut ajouter les drogues exotiques, la polypharmacie (thériaque et mithridate), les remèdes secrets et tous les produits du charlatanisme.

 

DES “ REMEDES ” A LA MODE

 C’est au milieu du 17ème  que se répand la mode du café, du chocolat et du thé .

1. CacaoLe cacao  est introduit à la Cour de France par les mariages royaux d’Anne d’Autriche, infante d’Espagne avec Louis XIII et celui de Marie-Thérèse d’Autriche avec Louis XIV.

Produit de luxe réservé aux privilégiés, le chocolat est un plaisir des sens qui possède des vertus thérapeutiques. Si la Faculté reconnaît que le cacaoyer est un arbre exceptionnel, elle doute de ses vertus thérapeutiques. Pourtant, Nicolas de Blégny recommande le cacao contre les affections des voies respiratoires, la diarrhée et l’insomnie. Il est soutenu par l’apothicaire, Nicolas Lémery, qui écrit dans son “ Traité des drogues simples ” : “ …que le cacao fortifie l’estomac et la poitrine, provoque l’urine, calme la toux… ” , le beurre de cacao est “ …une huile fortifiante et résolutive ; on en applique sur la région de l’estomac quand il est trop débile… ”  et que le chocolat “ …en quelque manière qu’il soit pris, est un bon restaurateur propre pour rappeler les forces abattues et pour exciter la vigueur… ” .

 

2. CafeierLe café  est une panacée, “ …il calme les fièvres, amaigrit les gens qui sont gras et fait engraisser ceux qui sont maigres…” . La faculté de médecine n’est pas de cet avis et hésite entre les effets salutaires et les dangers du café. La Marquise de Sévigné considère un temps que le café est dangereux et essaie de dissuader sa fille d’en consommer. De disgrâce en retours en grâce, le café connaît un triomphe à la Cour sous forme de lait cafeté du docteur Alliot, et la Marquise est soudain prise d’engouement“ …faire bien écrémer de ce bon lait, et de le mêler avec du sucre et de bon café ; ma chère enfant, c’est une très jolie chose, et dont je recevrai une grande consolation ce carême. Dubois l’approuve pour la poitrine, le rhume …

 

3. QuinquinaLe quinquina :

 C’est aussi la mode du quinquina , que toute la cour boit, avant le repas pour imiter le roi. C’est Louis XIV qui a inventé l’apéro ! ! !

“ Poudre des Jésuites ”, “ Poudre de la Comtesse ”, “ Remède anglais ”  le quinquina arrive en France par l’intermédiaire de l’Anglais, Robert Talbot, quelque peu “ charlatan ”. Poudre miraculeuse qui séduit toute la cour.

A la suite du roi, toute la cour en prend en apéritif et La Fontaine  écrit même un “ Poème du Quinquina ”, 1682.

 

 “ …Tout mal à son remède au sein de la nature.

Nous n’avons qu’à chercher : de là nous sont venus

L’antimoine et le mercure,

Trésors autrefois inconnus.

Le Quin règne aujourd’hui : nos habiles s’en servent

C’est une fameuse écorce, que l’on trouve sur un arbre… ”

 

Louis XIV achète le remède et divulgue sa composition : écorce de quinquina infusée dans du vin rouge ou rosé, à différentes concentrations, avec quelques gouttes de citron, de persil et de plantain. Il fait imprimer, le 17 février 1683, une circulaire de quatre pages, “ L’usage du Quinquina ou remède contre toute sorte de fièvre, imprimé par ordre du Roy ”, pour en recommander l’usage et en faire connaître la composition. 

Très vite c’est la mode du quinquina qui rend les médecins méprisables avec leurs saignées.

Les vraies vertus d’un grand médicament resteront en sommeil pendant deux siècles et attendront 1820 , que deux pharmaciens Joseph Pelletier et Bienaimé Caventou isolent, à partir du quinquina jaune, la quinine qui sauvera des millions de vies humaines atteintes de paludisme.

 

Les autres plantes

 Louis XIV crée le jardin des Plantes pour permettre l’étude de plantes médicinales. Chez les apothicaires, on trouve de tout :

  • Gui, verveine, sauge : vieux remèdes gaulois
  • Rhubarbe, anis, camphre : venus d’Orient
  • Rhubarbe, casse, séné : trois purgatifs plus ou moins violents sont la base de toute bonne médecine.
  • Et pour les lavements, on a aussi les roses rouges de Provins.

 

La guerre de l’antimoine :

 AntimoineL’antimoine est un métal qui a la propriété de s’allier très facilement aux autres métaux en particulier l’arsenic. C’est le khol oriental.  Depuis longtemps on lui attribue des vertus chimiques voire alchimiques.

 

 

Les animaux :

 On utilise les cantharides , cloportes, vermisseaux, lézards, fourmis, vipères, scorpions, grenouilles, écrevisses, sangsues... et on mange des hirondelles pour améliorer la vue.

Cantharideofficinale hammstefanie2007dp     Sangsues    Hirondelle1 pomet036

 

Contre la phtisie : le poumon de renard, le sexe de bouc, les boyaux de loup, les testicules de castor, le pied postérieur gauche de l’élan (celui avec lequel il se gratte l’oreille) et qui serait très efficace contre l’épilepsie.

 

Beurk

Remèdes “ humains ”

 On prête des vertus

  • au crâne humain (le plus souvent de pendu)
  • à la graisse humaine (parfois vendue en gros par les bourrreaux)
  • à l’urine et à la fiente humaine
  • à la mumie, sorte de jus de cadavre réputé anticoagulant.

 

Bien sûr, plus un remède est cher, plus il est efficace...

 

Les minéraux

 Dans les préparations, on utilise des pierres précieuses :

  • Lapis-lazuli, améthyste, agate, saphir...
  • Corail, perles et métaux (or, nitrate d’argent, mercure)
  • En onguent contre la syphilis : arsenic et antimoine

 

OrvietanParmi tous ces remèdes secrets, l’orviétan est le plus ancien et le plus célèbre.   Inventé à la fin du XVIe siècle par Lupi, D’Orvieto en Toscane, il est importé à Paris au début du XVIIe siècle par un charlatan nommé Hieronymo Ferranti ou Fioranti, qui dressait ses tréteaux dans la cour du Palais.

Molière les connaît forcément ces opérateurs, bateleurs et pseudo empiriques et le célèbre Tabarin lui servira de modèle pour le personnage de Scapin.

 

 Voici un extrait du Malade imaginaire 


VALETS ET SERVANTES CHEZ MOLIERE

Molière leur donne à tous la parole.

Les valets : ils étaient souvent représentés sous l’angle de leur couardise, leurs vices et leur bêtise. Dès le théâtre italien, c’est leur roublardise qui triomphe. ils deviennent raisonneurs (comme Sganarelle dans Don Juan) . Ils sont capables d’ourdir des plans complexes comme Scapin, valet de Léandre

Les suivantes : la tradition en faisait souvent des potiches.

C’est à elles que Molière donne vraiment un rôle nouveau :

• Insolence à la limite du supportable

• Elles sont le contrepoint des manies de leur maître

• Elles soulignent le ridicule de leur maître

• Elles expriment le bon sens populaire sagesse. Elles sont en quelque sorte l’expression du discours social. Molière enrichit leur fonction de faire-valoir et les points de vue qu’elles défendent sont souvent plein de Dans le Malade imaginaire, Toinette ne se gêne pas pour dire à Argan en parlant de Fleurant et Purgon : “ ils ont en vous une bonne vache à lait ”

Les valets et servantes de Molière assument une responsabilité plus grande : quand il leur est donné de participer à l’action de la pièce, c’est toujours pour défendre le parti de la jeunesse contre les lubies des pères abusifs ou maniaques ou d’adultes vicieux ou intéressés, de vieillards lubriques... C’est ainsi sans doute qu’ils illustrent le mieux la pensée de Molière.

Se développe, avec Molière, une domesticité plus familière aux spectateurs, comme la suivante ou le laquais, signes extérieurs de prestige. Les valets et les servantes ont une proximité et une intimité avec les maîtres plus vraisemblables que vraies, et indispensables à l'action. Loin de toute tendance "naturaliste", ces emplois* demeurent donc des emplois de convention dans des intrigues de convention. Ils se répartissent à des degrés divers en deux grandes catégories :

1. d'une part le serviteur un peu balourd ou simple: Sganarelle de Dom Juan*,par exemple

2. d'autre part le serviteur rusé et vif d'esprit: Scapin des Fourberies*, Lisette, Toinette

 

C'est Molière qui va donner au fourbe ses rôles prestigieux de protagoniste (qu'il tenait lui-même) et qui va l'étendre aux servantes, en particulier avec Toinette du Malade imaginaire*. Dès lors, les ruses, pur plaisir dramatique et clou de la comédie, se succèdent sur un rythme frénétique et enjoué.

La vérité humaine se mêle à la plus folle fantaisie. Molière, surtout grâce à ses servantes qui jouent un peu le rôle de mères (étrangement absentes de ses comédies), a su doter son personnel domestique d'une lucidité morale pittoresque et rude, dans une langue savoureuse et chaleureuse qu'on ne trouvait pas avant lui, et qui frappe le public. En même temps, sous ces couleurs réalistes, Molière a su faire des valets et des servantes, doubles dégradés (et enviés) des jeunes maîtres, une des plus belles illustrations dramatiques et comique du "monde inversé", cher à Ch. Mauron. Leur gloutonnerie et leur ivrognerie (discrètes), leur franc parler, l'absence de bienséances, de scrupules et de honte, provoquent un sentiment de liberté et d'euphorie. Le serviteur immoral mais désintéressé, qui oeuvre toujours pour le bonheur des jeunes maîtres, donne libre cours à ses instincts, domine allègrement le supérieur, le juge sans ménagements, le raille, le ridiculise.

C'est lui, non les amoureux, qui berne les personnages d'autorité. Cette fête de l'inconvenance peut se rattacher à la fantaisie du carnaval où tout est permis, revanche magique sur les répressions morales et sociales. Elle prend, surtout avec les comédies-ballets, les allures rassurantes, ludiques et poétiques, d'une récréation, d'une fête de la liberté.

Aucun domestique ne pouvait se permettre dans la société du XVlIe siècle les audaces et les écarts qu'il se permet sur scène.Alors que le confident de tragédie, respectueux des bienséances, sobre représentant du bon sens face aux égarements de la passion, n'a qu'un rôle effacé et passif, la puissance du serviteur de comédie dans la course au bonheur des amoureux constitue une médiation nécessaire.

Les fils et les filles ne peuvent se permettre eux-mêmes, sous peine de tensions graves, de malaise et de remords, d'affronter ouvertement les pères. La révolte, les paroles et les actes d'opposition sont donc délégués à des serviteurs "hors-jeu", en marge des valeurs établies.

Molière a ainsi considérablement renouvelé, enrichi, diversifié une fonction, il a dotées les domestiques à la fois de vérité et d'irréalité, de finesse et de burlesque, de naturel et de fantaisie. Cette alliance rare et inégalable ne se rencontrait pas dans les farces ni chez les écrivains de comédie qui ont précédé.


LIRE UN EXTRAIT DU MALADE IMAGINAIRE

Le Malade imaginaire, Molière, 1673. Acte I, sc 5

Argan veut donner sa fille en mariage à un jeune médecin stupide alors que sa fille Angélique est amoureuse d’un autre. Toinette, la servante prend le parti de le jeune fille contre son père.

 (…)

Toinette

Ma foi! Monsieur, voulez-vous qu'en amie je vous donne un conseil?

Argan

Quel est-il ce conseil?

Toinette

De ne point songer à ce mariage-là.

Argan

Hé la raison? 1

Toinette

La raison? C'est que votre fille n'y consentira point.

Argan

Elle n'y consentira point?

Toinette

Non.

Argan

Ma fille?

Toinette

Votre fille. Elle vous dira qu'elle n'a que faire de Monsieur Diafoirus, ni de son fils Thomas Diafoirus, ni de tous les Diafoirus du monde.

Argan

J'en ai affaire, moi, outre que le parti est plus avantageux qu'on ne pense. Monsieur Diafoirus n'a que ce fils-là pour tout héritier; et, de plus, Monsieur Purgon, qui n'a ni femme, ni enfants, lui donne tout son bien, en faveur de ce mariage; et Monsieur Purgon est un homme qui a huit mille bonnes livres de rente.

Toinette

Il faut qu'il ait tué bien des gens, pour s'être fait si riche.

Argan

Huit mille livres de rente sont quelque chose, sans compter le bien du père.

Toinette

Monsieur, tout cela est bel et bon; mais j'en reviens toujours là: je vous conseille, entre nous, de lui choisir un autre mari, et elle n'est point faite pour être Madame Diafoirus.

Argan

Et je veux, moi, que cela soit.

Toinette

Eh fi! ne dites pas cela.

Argan

Comment, que je ne dise pas cela?

Toinette

Hé non!

(...)

Argan

Je lui commande absolument de se préparer à prendre le mari que je dis.

Toinette

Et moi, je lui défends absolument d'en faire rien.

Argan

Où est-ce donc que nous sommes? et quelle audace est-ce là à une coquine de servante de parler de la sorte devant son maître?

Toinette

Quand un maître ne songe pas à ce qu'il fait, une servante bien sensée est en droit de le redresser.

Argan court après Toinette.

Ah! insolente, il faut que je t'assomme.

Toinette se sauve de lui.

Il est de mon devoir de m'opposer aux choses qui vous peuvent déshonorer.

Argan, en colère, court après elle autour de sa chaise, son bâton à la main.

Viens, viens, que je t'apprenne à parler.

Toinette, courant, et se sauvant du côté de la chaise où n'est pas Argan.

Je m'intéresse, comme je dois, à ne vous point laisser faire de folie.

Argan

Chienne!

Toinette

Non, je ne consentirai jamais à ce mariage.

Argan

Pendarde!

Toinette

Je ne veux point qu'elle épouse votre Thomas Diafoirus.

Argan

Carogne!

Toinette

Et elle m'obéira plutôt qu'à vous.

Argan

Angélique, tu ne veux pas m'arrêter cette coquine-là?

Angélique

Eh! mon père, ne vous faites point malade.

Argan

Si tu ne me l'arrêtes, je te donnerai ma malédiction.

Toinette

Et moi, je la déshériterai, si elle vous obéit.

Argan se jette dans sa chaise, étant las de courir après elle.

Ah! ah! je n'en puis plus: Voilà pour me faire mourir


 

Le Malade imaginaire


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