XIX°

Nietzsche

 

La pensée de Nietzsche...  (Un peu amputée toutefois!)

Friedrich Wilhelm Nietzsche (allemand) Philosophe , 1844 -  1900  .

Ami (un temps) de Wagner, professeur de philologie[1] . Ayant contracté la syphilis, il doit interrompre son activité professionnel dès 1879.Il va alors mener une vie  assez misérable faite d’errance et de solitude. Il vit aussi   un amour malheureux avec Lou Andréas- Salomé. En 1889, il est victime d’une « crise de folie » qui le laissera mutique et inconscient pendant les onze dernières années de sa vie.

 

Oeuvres de Nietzsche en ligne :



[1] Etude d’une civilisation et d’une langue par l’analyse de ses textes

 

Luchini parle de Nietzsche...et d'autres

FABRICE LUCHINI : NIETZSCHE et les déglingués de la littérature

 

Nietzsche et la mort des idoles

Luc Ferry 1: Nietzsche, nihiliste?

 

Il est le philosophe qui inaugure « la philosophie au marteau » : détruire les idoles de la métaphysique et de la religion pour faire advenir un nouveau monde et un nouvel homme. Mais sans promettre une solution magique. Nietzsche écrit dans Ecce Homo « Améliorer l’humanité ? Voilà bien la dernière chose, que moi, j’irais promettre. N’attendez pas de moi que j’érige de nouvelles idoles. Que les anciennes apprennent plutôt ce qu’il en coute d’avoir des pieds d’argile. Renverser les idoles, et c’est ainsi que j’appelle tous les idéaux, voilà plutôt mon vrai métier ».Ce que Nietzsche propose de « casser au marteau », ce sont tous les idéaux qui privilégient l’idéal par rapport au réel.

Ce que Nietzsche reproche à ses prédécesseurs, depuis Platon, c’est d’avoir déprécier la vie « sensible » au profit de vérités supérieures. Rappelons que pour Platon, le vrai ne pouvait être atteint qu’en se détournant du sensible et en se tournant vers la contemplation des Idées (Monde sensible/Monde intelligible). Le christianisme reprendra en partie cette idée en séparant le monde terrestre, monde de la chair et du pêché et en l’opposant au monde absolu du divin. C’est ce qu’il appelle le nihilisme –C’est à dire l’invention de toute forme d’idéal au nom duquel on va prétendre juger la réalité, juger la vie et la plupart du temps la condamner puisque l’idéal est toujours vu comme supérieur au réel. (vient de nihil : rien, néant).  Au nom de ces idéaux (communisme, anarchisme, religion)…on condamne donc le réel. On cherche à le réformer, le changer… Le nihilisme que représentent pour lui le platonisme ou le christianisme, est pour Nietzsche le triomphe des forces réactives. Nietzsche nomme « les hallucinés des arrière-mondes »,   ceux qui préfèrent l’au-delà à l’ici et maintenant,   au corps, l’âme, aux désirs, la raison.. Pour Nietzsche, cette attitude est « l’expression d’un profond malaise avec le réel » :« Tout ce monde de fiction s’enracine dans la haine du naturel, de la réalité, il est l’expression d’un profond malaise avec le réel. Mais voilà que tout s’éclaircit. Qui donc aurait quelque raison de s’évader par le mensonge de la réalité ? Quiconque en pâtit. Mais pâtir veut dire qu’on est une réalité naufragée…La prédominance des sentiments de déplaisir sur les sentiments de plaisir est la cause d’une religion et d’une morale fictives ; or une pareille prédominance est la formule de la décadence »Antéchrist, Ch. 15

C’est pour cela qu’il faut casser « les pieds d’argile » des idoles. D’où le terme dedéconstruction qui va représenter une grande partie de la philosophie moderne.

La mort de Dieu

Nietzsche annonce la mort de Dieu. Si Dieu est mort, c’est que nous l’avons tué  et l’horizon de nos pensées et de nos pratiques est vide.« Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c'est nous qui l'avons tué ! Comment nous consoler, nous, les meurtriers des meurtriers ? Ce que le monde a possédé jusqu'à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous notre couteau. – Qui nous lavera de ce sang ? Avec quelle eau pourrions-nous nous purifier ? Quelles expiations, quels jeux sacrés serons-nous forcés d’inventer ? La grandeur de cet acte n'est-elle pas trop grande pour nous ? »  écrit Friedrich Nietzsche.

Mais que veut-il dire au juste : Que la disparition de Dieu (comme idole) est un évènement qui modifie totalement notre condition d’homme. Si Dieu est mort, les valeurs qui lui étaient associés le sont aussi : le Bien, le Mal, le Juste. Cette mort de Dieu, c’est d’abord la mort de Jésus-Christ, crucifié pour expier le péché du monde. La croix   témoigne que notre nature est corrompue par le mal   ( le péché originel). C’est pour nous racheter que Dieu sacrifie son fils….Et nous voilà condamner à   payer cette faute par la souffrance. Pour Nietzsche, cette croix  condamne l’amour de la vie. Mais la mort de Dieu est aussi un changement radical du rapport de l’homme au monde.  

 Car avec la mort de Dieu,   toutes les valeurs dont Dieu était le support s’effondrent. Ce qui entraine le désenchantement du monde. (fin de l’enchantement, au sens de perte des croyances religieuses- magiques pour expliquer le monde)

Et cette mort de Dieu laisse l’homme seul  inconsolable, abandonné face à un ciel vide (voir tableau de Munch, La croix vide)  sans réponses à son angoisse.

La mort de Dieu n’amène pas à un oui joyeux à la vie et au réel mais à l’angoisse existentielle et au sentiment de vide et de non sens. 

munch-croixvide-1.jpg

Nietzsche et Munch

Edvard MUNCH
Det tomme kors [La Croix vide], 1899-1901, 
43,1 x 62,7 cm, Munch Museum, Oslo

Au premier plan, l’artiste, vêtu en moine – allusion à son nom –, égaré entre la morale d’une religion disparue et l'attirance, jusque-là coupable, pour les plaisirs. Sa silhouette divise la scène, entre des malheureux qui se noient, appelant en vain un secours qui ne viendra pas, et des couples débauchés qui auraient dû attirer un châtiment qui ne viendra plus.
L'auteur en fit le commentaire : «Puis vint le temps des bohèmes et de l'amour libre. Dieu fut détrôné ainsi que tout le reste. Tout le monde court en tous sens en une folle danse de la vie. Dans le ciel, un soleil rouge sang, la crucifixion était expiée, mais je ne pouvais me débarrasser de l'angoisse de vivre et de l'obsession de la vie éternelle. » (source Beaubourg- Traces du sacré)

 

Ainsi parlait Zarathoustra et l'Eternel retour

« Vous avez fait le chemin du ver de terre à l'homme et il y a encore beaucoup du ver de terre en vous. Jadis vous étiez singe, et encore maintenant l'homme est plus singe que n'importe quel singe.
« Mais parmi vous le plus sage n'est qu'un conflit et un hybride de plante et de spectre. Mais vous ai-je ordonné de devenir spectre ou plante ?
« Voyez, je vous enseigne le surhomme !
« Le surhomme est le sens de la terre. Que votre volonté dise que le surhomme soit le sens de la terre !
« Je vous en conjure, mes frères, restez fidèles à la terre et ne croyez pas ceux qui vous parlent d'espérances supraterrestres! Ce sont des empoisonneurs, qu'ils le sachent ou non.
« Ce sont des gens qui méprisent la vie, ce sont des agonisants, eux-mêmes intoxiqués, dont la terre est lasse : qu'ils disparaissent donc !
« Jadis l'outrage envers Dieu était l'outrage le plus grand, mais Dieu est mort, et avec lui sont morts aussi ses outrageurs. Faire outrage à la terre est maintenant ce qu'il y a de plus redoutable, comme d'accorder plus d'attention aux entrailles de l'insondable qu'au sens de la terre !
« Jadis l'âme considérait le corps avec mépris : et en ce temps-là ce mépris était ce qu'il y avait de plus haut - elle le voulait maigre, affreux, affamé. Elle pensait ainsi lui échapper, ainsi qu'à la terre.
« Oh cette âme était elle-même encore maigre, affreuse et affamée : et la cruauté faisait toute sa volupté !
« Mais vous-mêmes, mes frères, dites-moi qu'est-ce que votre corps révèle sur votre âme ? Votre âme n'est-elle pas pauvreté, saleté et piteux bien-être ?
« En vérité, c'est un fleuve sale que l'homme. Il n'y a qu'une mer pour pouvoir absorber sans se souiller un fleuve sale.
« Voyez, je vous enseigne le surhomme c'est lui cette mer dans laquelle votre grand mépris peut se perdre.


F. Nietzsche. Le prologue de Zarathoustra.

35- Luc Ferry - Le pire des blasphèmes selon Nietzsche

L'Eternel retour

« Qu'arriverait-il si, de jour ou de nuit un démon te suivait une fois dans la plus solitaire de tes retraites, et te disait : "Cette vie, telle que tu l'as vécue, il faudra que tu la revives encore une fois, et une quantité innombrable de fois ; et il n'y aura en elle rien de nouveau, au contraire. Il faut que chaque douleur et chaque joie, chaque pensée et chaque soupir, tout l'infiniment grand et l'infiniment petit de ta vie, reviennent pour toi, et tout cela dans la même suite et le même ordre et aussi cette araignée et ce clair de lune entre les arbres, et aussi cet instant et moi-même. L'éternel sablier de l'existence sera toujours retourné de nouveau, - et toi avec lui, poussière des poussières ". Ne te jetterais-tu pas contre terre en grinçant des dents et ne maudirais-tu pas le démon qui parlerait ainsi ? Ou bien as-tu déjà vécu l'instant prodigieux où tu lui répondrais : " Tu es un dieu, et jamais je n'ai entendu parole plus divine. » (Le Gai Savoir, Livre IV, § 341).

« Si cette pensée prenait corps en toi, elle te transformerait peut-être, mais peut-être aussi t'anéantirait-elle ; la question " veux-tu cela encore une fois et une quantité innombrable de fois ", cette question, en tout et pour tout, pèserait sur toutes tes actions d'un poids formidable. Comme il te faudrait alors aimer la vie, comme il faudrait que tu t'aimes toi-même, pour ne plus désirer autre chose que cette suprême et éternelle confirmation ! » (Ainsi parlait Zarathoustra).

Luc Ferry 2: l'Eternel retour

 

 

Le chaos du monde et la volonté de puissance

28- Luc Ferry - Le monde est un chaos absolu

 

Pour Nietzsche, « Il n’y a pas de fait, il n’y a que des interprétations ». Il devient donc illusoire de vouloir trouver une vérité ultime, absolue. Pour lui, ce qui est le plus réel, c’est que le monde n’est pas un ordre harmonieux (différence avec les stoïciens), ni même dans lequel on peut par la raison introduire un ordre (Kant).Pour Nietzsche le monde est unchaos. Il écrit : «  Et savez-vous bien ce qu'est « le monde » pour moi ? Voulez-vous que je vous le montre dans mon miroir ? Ce monde : un monstre de force, sans commencement ni fin ; une somme fixe de force, dure comme l'airain, qui n'augmente ni ne diminue, qui ne s'use pas mais se transforme, ( …) enfermé dans le « néant » qui en est la limite, (…) une mer de forces en tempête et en flux perpétuel, éternellement en train de changer, éternellement en train de refluer, avec de gigantesques années au retour régulier(…)

— voulez-vous un nom pour cet univers ? Une solution pour toutes ses énigmes ? Une lumière même pour vous, les plus ténébreux, les plus secrets, les plus forts, les plus intrépides de tous les esprits ? — Ce monde, c'est le monde de la volonté de puissance — et nul autre ! Et vous-mêmes, vous êtes aussi cette volonté de puissance — et rien d'autre ! »

Le monde n’est donc pas un ordre mais un chaos absolu, un désordre total. C’est un tissu de forces. Et ce tissu, c’est la vie, la volonté de puissance.(Attention, cette volonté de puissance ne signifie pas un désir d’avoir un pouvoir, d’occuper une position dominante

Friedrich Nietzsche (1844-1900), Fragments Posthumes XI 38 [12] (  1885), tr. Michel Haar et Marc B. de Launay, © Paris Gallimard 1982, pages 343-344.

  

La pensée de Nietzsche (6)

Pour Nietzsche, le réel est un « foisonnement de forces ». Certaines sont affirmatives et agissent, (volonté de puissance affirmative) d’autres sont négatives et subissent (volonté de puissance négative).

C’est une opposition actif (libre, créatif, vigoureux)/réactif (contraint, maladif, sans force vitale). Or pour Nietzsche   tout ce qui a été précédemment pensé dans la culture occidentale depuis Socrate (et non avant Cf Héraclite) relève du triomphe des forces réactives sur les forces actives. Pour lui l’instinct est source   d’affirmation et de création.   

29- Luc Ferry - Deux grandes forces dans le chaos 1

La pensée de Nietzsche

 

30- Luc Ferry - Deux grandes forces dans le chaos 2

Dionysos, Nietzsche et l'amor fati

pour Nietzsche, il  y a deux formes de nihilisme

  • Un nihilisme réactif  incapable de réagir positivement et de concevoir un après la mort de Dieu positif .  
  • Ø Et un nihilisme actif capable de réagir positivement à la mort de Dieu, d’y voir « une bonne nouvelle ». L’absence de sens justifie paradoxalement cette vie parce qu’elle est quelque chose plutôt que rien. Elle constitue l’être et l’être vaut mieux que le néant. La souffrance, la cruauté, le mal, le mensonge ont une nécessité qui est celle du réel et comme tels il faut les vouloir. C’est le sentiment dionysiaque de la vie.  (voir Vidéo Ferry Dionysos et Nietzsche)

Ce que cherche  Nietzsche, ce qu’il nous enseigne, c’est l’amor fati, l’amour du réel, de la vie comme elle est,   sans fin ni justification.

Luc Ferry 3.mov

Sagesse de Nietzsche et amor fati

L'Amor Fati est l'amour du destin mais au sens de "aimer ce que l'on a", du présent telqu'il est.C'est accepter   le  monde tel qu'il est ; et c'est l'attitude du surhomme.

Le surhomme est capable de créer ses propres valeurs ; il prend lamort de Dieu commeune "bonne nouvelle" et accepte  la vie réelle, comme elle est, sans se réfugier dans le nihilisme, dansl'illusion d'un idéal qui serait "meilleur" que le réel.  Lesurhomme c'est celui quipossède une santé forte qui lui permet de   constamment renouveler sa force créatrice.. 

34- Luc Ferry - La sagesse de Nietzsche

Nietzsche et l'art

« Nous avons l’art afin de ne pas mourir de la vérité »

in  La Volonté de Puissance

Puisque il n’y a pas de faits mais seulement des interprétations, il n’y a pas non plus de vérité absolue. L’art est donc, pour Nietzsche, plus important que la vérité. Et principalement parce qu’il exerce « une fonction protectrice de la vie ».

Pourquoi ?

Comme nous l’avons vu, le monde est un chaos et la réalité n’est pas au service des désirs des hommes.  Nietzsche a rejeté à la fois le platonisme et ses avatars  (christianisme, communisme, anarchisme…Religions terrestres ou non). Il a rejeté également l’idée de Kant ou de Hegel qui fait de la raison un moyen d’ordonner le monde. Alors que reste-t-il ?  Il reste le tragique et pour lui, la philosophie ne peut être que tragique. Cela signifie pour Nietzsche que la philosophie doit  l’accepter le réel tel qu’il est : « la vie dans son entier, dont on ne renie rien, dont on ne retranche rien ».(La Volonté de puissance)

Mais s’il faut regarder le tragique en face, comment vivre ?Comment accepter et vivre ? Et c’est précisément l’art qui va nous protéger.

 

 

Comment peut-il le faire ?

Pour Nietzsche, chez les grecs, dans la tragédie, se rencontrent deux principes esthétiques, à travers deux figures divines : Apollon et Dionysos. Si l’un, Apollon est un dieu de l’harmonie, de la « belle forme », de la mesure, l’autre, dionysos, est en revanche le dieu de la démesure, de l’ivresse. Par la forme (Apollon), l’art rend supportable l’expression de la condition humaine , de sa démesure, de sa souffrance, de ses excès (Dionysos).

L’homme seulement dionysiaque, c’est celui qui « ne voit plus désormais partout que l’horreur et l’absurdité de l’être ». Et c’est alors « que surgit l’art, tel un magicien qui sauve et qui guérit ».(La Naissance de la Tragédie). Pourquoi ? « Car lui seul est à même de plier ce dégoût pour l’horreur et l’absurdité de l’existence à se transformer en représentations capables de rendre la vie possible : je veux parler du sublime, où l’art dompte et maitrise l’horreur rt du comique, où l’art permet au dégoût de l’absurde de se décharger. »(ibidem). L’admiration qu’aura Nietzsche un temps pour la musique de Wagner vient précisément de ce qu’il y voit la renaissance de la tragédie grecque, cette rencontre entre Apollon et Dionysos…

TRISTAN DEATH - TRISTAN ISOLDE WAGNER

 

C’est l’art en général qui est un « remède » :« L’art, rédemption de celui qui sait, de celui qui voit, qui veut voir, le caractère terrible et problématique de l’existence, de celui qui sait tragiquement » (Fragments posthumes)

L’art parvient, par la beauté de la forme, à voiler le fond tragique de l’existence réelle et c’est en cela qu’il a une fonction protectrice de la vie. Pour Nietzsche, l’art est « un consentement à l’apparence » qui nous guérit du  nihilisme de nos sociétés, de la science et du progrès.

Ce qui ne veut pas dire, et il est important de le souligner, que l’artiste cherche à nous faire « oublier » le tragique de l’existence. Si l’art nous protège, ce n’est pas par la fuite (c’est le cas des idéaux qui tentent de nous promettre un au-delà meilleur) , c’est par la sublimation.

Par l’art nous ne nous évadons pas de la réalité mais nous la magnifions, nous la glorifions. Et l’apparence ici n’est pas là pour tromper (Platon) mais pour nous la donner à voir par un angle qui nous permet d’adhérer à cette réalité.

 

« L’art et rien que l’art ! C’est lui seul qui rend possible la vie, c’est la grande tentation qui entraine à vivre, le grand stimulant qui pousse à vivre » (Fragments posthumes)

Vidéo en 5 parties pour découvrir Nietzsche

 

Nietzsche, Un Voyage Philosophique (1/5)

Nietzsche complet

 

Nietzsche, Un Voyage Philosophique (2/5)

 

Nietzsche, Un Voyage Philosophique (3/5)

Nietzsche, Un Voyage Philosophique (3/5)

 

Nietzsche, Un Voyage Philosophique (4/5)

 

Nietzsche, Un Voyage Philosophique (5/5)

 
 

Schopenhauer

Schopenhauer avant Nietzsche - Douleurs du monde 1-3

SCHOPENHAUER 2

 

Schopenhauer avant Nietzsche - Douleurs du monde 2-3

SCHOPENHAUER 3

 

Schopenhauer avant Nietzsche - Douleurs du monde 3-3

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Hegel

Hegel

 

 Hegel (1770-1831)- Allemand

Son ouvrage le plus célèbre est Phénoménologie de l'esprit (1807).C'est après sa publication qu'il est nommé directeur du lycée de Nuremberg. Professeur prestigieux, trés apprécié de ses étudiants, il mourra à Berlin en aidant les infirmiers à lutter contre une épidémie de choléra.

Hegel et l'art

 

 Pour Hegel, la position de Kant, pour qui le beau naturel prime sur le beau artistique, est intenable. En effet, Hegel considère que toute beauté est nécessairement une production de l'esprit.Bien sûr le beau naturel existe. mais la beauté artistique la dépasse en ce qu'elle est l'expression duspirituel.

Si l'homme a une activité artistique, c'est que celle-ci a un sens pour lui.Hegel différencie l'existence en soi et l'existence pour soi.

  • L'existence en soi, c'est l'existence des choses qui n'existent qu'en elles-mêmes (les choses de la nature).Elles sont.C'est une existence donnée,immédiate.
  • L'existence pour soi, est une existence consciente d'elle-même.C'est l'existence de l'homme qui "se contemple, se représente lui-même".Ce n'est donc pas une existence immédiate, mais un résultat. En effet, pour avoir "conscience de soi",l'homme doit 

- d'abord avoir la connaissance de soi.

- modifier les choses et le monde par son activité créatrice.

L'homme,qu'il soit artiste ou non,est celui qui se reconnait dans sa réalisation et prend conscience de lui-même. Il est  celui qui imprime sa marque sur le monde, tente de le faire sien. Hegel donne comme exemple l'enfant qui essaie de faire des ronds à la surface de l'eau en lançant un galet. Il s'agit pour Hegel d'un acte créatif qui offre à l'enfant "le spectacle de sa propre activité".Pour Hegel, il est en quelque sorte "un artiste en puissance". C'est le cas d'à peu près toutes les activités humaines. Mais c'est dans l'art qu'il atteint sa forme la plus haute. Que fait l'artiste ? Il transforme la réalité, la spiritualise. 

Et c'est parce que l'art est une opération qui transforme, qu'il ne peut-être une imitation.

Aussi Hegel critique-t-il la position de Platon qui condamne l'art en ce qu'il est producteur d'illusion et fait écran entre monde sensible et intelligible, entre essence et apparence, empêchant d'atteindre la Vérité car la beauté artistique "est la beauté engendrée et réengendrée par l'esprit".

Pour lui,une oeuvre ne tient donc pas sa beauté de son imitation de la nature.maisalors à quoi tient-elle ?

Tout d'abord, ce que l'oeuvre d'imitation représente,nous le connaissons déjà. Ce n'est donc pas son sujet qui nous fascine (Si nous étions sensible uniquement à la perfection de l'imitation, il ne s'agirait que d'une contrefaçon, inférieure au modèle original etPlaton aurait bien raison... Voir l'exemple des raisins de Zeuxis)

De surcroit cette imitation ne peut-être que partielle donc incomplète puisqu'ellene s'adresse qu'à l'un de nos sens là où la nature les sollicite tous.

Un art qui se contenterait d'imiter serait donc comme "un ver qui s'efforce en rampant d'imiter un éléphant"(Esthétique)et ne serait qu'"une caricature de la vie".

Aussi,la peinture de paysage n'a de sens que si elle exprime un état d'âme, une émotion "la sensibilité et l'intelligence à partir desquelles un paysage,par exemple, va être représenté en peinture, conféreront à cette oeuvre de l'esprit un plus grand pouvoir.

Quant au portrait, son but sera de représenter "le visage façonné par l'esprit" Et le peintre(...) représente alors le caractère original de l'individu, par cela même qu'il saisit et fait ressortir les traits, les parties qui l'expriment dans sa vitalité la plus claire et la plus saillante". (Esthétique)

  

 

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 Pour Hegel,l'art  tient sa beauté à ce qu'il parvient à donner une spiritualité aux apparences artistiques. C'est à cette capacité qu'il doit sa supériorité sur la nature : les apparences sensibles ne sont pas  porteuses de spiritualité, où du moins nous ne savons pas la voir. Pour l'atteindre,il faut l'art.

 L'artiste va parvenir à "la pure apparence", il va "idéaliser" le matériel, l'objet représenté.C'est parce que l'objet perd sa matérialité qu'ilpeut s'adresser à notre esprit.

Ce qui définit l'art pour Hegel c'est donc sa spiritualité. Ainsi écrit Hegel " dans l'art,le sensible est spiritualisé"(...)

 

  

 

Dans Esthétique, il écrit : " Grâce à cette idéalité, l'art imprime une valeur à des objets insignifiants en soi et que malgré leur insignifiance, il fixe pour lui en en faisant son but, et en attirant notre attention sur des choses qui,sans lui,nous échappaient complètement".Et faisant cela,l'art"arrache à l'existence perissable et evanescente,semontrant en cela encore supérieur à la nature."

L'art permet de donner aux instants fugitifs de notre existence éphémère, une durée, une consistance qu'ils ne peuvent conserver dans la réalité. L'art n'imite pas. Il capture, épure et fait durer.

Le Beau, c'est "la manifestation sensible de l'idée" que permet l'art.Mais ce n'est pas le vrai.L'oeuvre d'art se situe donc entre la pensée pure(qui n'est pas encore) et une réalité matérielle qu'elle n'est plus. En fait, pour Hegel l'art trouve sa vérité dans la philosophie. Et entre l'art et la philosophie,il y a la religion.Pour Hegel,ce que les grecs montrent dans leurs statues,c'est l'esprit prenant conscience de lui-même. La statue grecque n'a pas de regard parce qu'elle est l'Homme sans être aucun homme en particulier. En fait,il faut qu'il y ait une  "adéquation complète entre l'idée et sa forme".

Mais le Beau n'est qu'un pont, un chemin vers quelque chose de plus haut. Car l'art n'est pas la plus haute expression de l'esprit.Il ne manifeste pas (plus) l'Absolu. Nous questionnons l'art,nous l'interrogeons...Nous le "pensons":"L'art nous invite à la méditation philosophique, qui a pour but non pas de lui assurer un renouveau,mais de reconnaitre vigoureusement ce qu'il est dans son fond".     

 

Hegel

 

  La Phénoménologie de l'esprit, Hegel

La dialectique du Maitre et de l'esclave.

La dialectique du Maitre et de l'esclave

Extrait de Introduction à la lecture de Hegel,Alexandre Kojève - La dialectique du Maître et de l'Esclave

Le Maître force l’Esclave à travailler. Et en travaillant, l’Esclave devient maître de la Nature. Or, il n’est devenu l’Esclave du Maître que parce que, de prime abord, il était esclave de la Nature, en se solidarisant avec elle et en se subordonnant à ses lois par l’acceptation de l’instinct de conservation. En devenant par le travail maître de la Nature, l’Esclave se libère donc de sa propre nature, de son propre instinct qui le liait à la Nature et qui faisait de lui l’Esclave du Maître. En libérant l’Esclave de la Nature, le travail le libère donc aussi de lui-même, de sa nature d’Esclave : il le libère du Maître. Dans le Monde naturel, donné, brut, l’Esclave est esclave du Maître. Dans le Monde technique, transformé par son travail, il règne ou, du moins, règnera un jour, en Maître absolu. Et cette maîtrise qui naît du travail, de la transformation progressive du Monde donné et de l’homme donné dans ce Monde, sera tout autre chose que la maîtrise immédiate du Maître. L’Avenir et l’Histoire appartiennent donc non pas au Maître guerrier, qui ou bien meurt ou bien se maintient indéfiniment dans l’identité avec soi-même, mais à l’Esclave travailleur. Celui-ci, en transformant le Monde donné par son travail, transcende le donné et ce qui est déterminé en lui-même par ce donné ; il se dépasse donc, en dépassant aussi le Maître qui est lié au donné qu’il laisse - ne travaillant pas - intact. Si l’angoisse de la mort incarnée pour l’Esclave dans la personne du Maître guerrier est la condition sine qua non du progrès historique, c’est uniquement le travail de l’Esclave qui le réalise et le parfait.

La minute philosophique : Hegel